Les Maîtres

Il s'agit ici d'une petite anthologie personnelle

 

Bashô

Entre chien et loup

incliné sur l’horizon

un mince croissant.

Je voudrais bien voir

sous les fleurs au point du jour

le divin visage.

La lune d’automne ;

j’ai erré toute la nuit

autour de l’étang.

Ce nuage-là, de qui

enveloppe-t-il les larmes.

La porte fermée

silencieux étendu

quel enchantement.

Une ombre noire

dans le petit matin

blême attise la flamme.

 

Etsujin

Car çà sentait la marée

sur la route des bateaux.   

Au pont suspendu

la vie tient à un sarment

de vigne vierge.   

La lune qui va

tout là haut dans le ciel

semble prête à s’éteindre.

Enseveli sous les fleurs

je voudrais soudain du rêve

passer à la mort.

L’homme s’en est allé

mais là où il s’est assis

son parfum subsiste.

 

 

Rakugo

Le vol d’un oiseau

suffit à mettre en péril

la fleur de pavot.    

 

Kakei

D’abord la clarté

et au bout de la lande

la brume basse.   

 

Kyokusui

Par un étroit conduit

amour s’est insinué.   

 

Chinseki

Rayon de soleil

et sur le tas d’immondices

perché un moineau.   

 

Jôsô

Il fait tout noir

à l’endroit où vers le large

s’en va l’averse.

 

Kikaku

Tombée à la mer

la grêle et sur les nuages

le bruit des vagues.

Etoile du matin,

images confuses,

fleurs du prunier

ou flocon de nuages ?

Il fait chaud.

Arrosez, arrosez, jusqu’à ce que soient mouillés les cigales et les oiseaux ?

Un grain de sable

dans un coquillage.

Une plage infinie.

Les cerisiers fleurissent dans ce bas monde,

et non sur les cimes qui touchent le ciel.

Mille et mille visites.

Les visiteurs s’en vont

et déjà les fleurs fanent.

 

Sanpû

Au bout de l’année

ce sera une fois de plus

la même chose.  

 

Senpo

La barque à fagots

d’entre les arbres en fleurs

soudain a surgi.

 

Hakuin

Dans un pot, les fleurs parfumées du discret prunus.

Un froid à étouffer le chant clair du rossignol.

Un rameau de prunus en fleur

disparaît sous la pluie.

 

Ikkyû

A midi sous le ciel bleu

je chante la pluie du soir.

Des fleurs tombent et des oiseaux chantent.

Je sens la montagne plus calme.

Atmosphère d’automne !

Lune au sommet d’un pin.

Comme tout est incertain !

Regardez la fumée nocturne

du cimetière montagnard.

 

 

 

Kerouac

Eau dans un trou

---contemple

Les cieux détrempés.

Idéales dans

les choses douces

….les femmes…..

Les poupées jaunes s’inclinent---

La pauvre dame

est morte.

Placez vos mains

les paumes vers le ciel

et acceptez des poignées de soleil-il bout les paumes.

 

 

 

Tokoku

Ce qui est là tout blanc est éparpillé serait ce ossements humains.

 

Chikutô

Sur la jeune feuille

chatoyant s’est reposé

le papillon.

 

Seirin

Couleur d’herbe sèche l’on n’aperçoit qu’un champ d’orge dans la lande estivale.

 

Ransa

Pendant mon sommeil

le foyer s’était éteint

elle était partie. 

 

Senna

La haute lanterne

en plein jour n’est qu’un piteux pilier de bois.

 

Ryokan

Le voleur a tout pris

sauf la lune à la fenêtre.

 

E.Ribas

Il regardait comment éclosent les nuages,

et comment cheminent les fourmis.

Aube d’été.

Larmes de rosée sur les joues des lotus.

 

L.Calaferte

Abeille endormie

dans la paume ouverte

du gros pavot de sang.

Odeur rousse du feu d’herbe.

Quelque part

dans le silence

tombe une pomme.

Le gros arbre solitaire sur la ligne nue de la colline.

Silence sous le poids du soleil.

petite brise.

Soudain le jardin danse.

L’air froissé d’un battement d’ailes.

On voudrait

que tout encore

soit à dire

De fleur en fleur

le papillon blanc.

Fine clarté dorée du matin suspendue aux arbres.

Sur la nappe bariolée de la table immobile

la mouche semble attendre et écouter.

Ici ou là dans le silence

une voix de femme qui dit : oui.

Pâle pelure de chaleur

sur les collines sombres.

Poudre de lumière tamisée

par la force noire du vieux pommier.