L’Angelico

 

                                                                                                    photo jlmi

 

Florence est toujours endiablée, fiévreuse  de touriste de tous poils. Une agitation perpétuelle. En toutes saisons. Par milliers ils se pressent autour du Duomo, des Offices ou de l’Accademia. Des queues interminables. Une anarchie mercantile pitoyable…

Et puis, il y a un havre de paix et de fraîcheur. Un rien en retrait. Au bout de la rue de l’Accademia, l’une des quatre faces d’une petite place ombragée et quasi silencieuse : le couvent San Marco. C’est encore aujourd’hui le lieu de retraite de quelques moines. Pour y accéder, le temps est partagé entre leur recueillement et notre envie de voir.

Pas les voir eux, non ! Mais laisser couler ses yeux sur ce qu’a déposé là un de leurs très lointains prédécesseurs, célèbre et secret, ignoré et connu : l’Angelico, Fra Angelico…

Ici il a passé sa vie et développé son art, naïf, art d’avant la perspective mais art de la dévotion absolue, art purement mystique au cœur de cette ville portée aux plaisirs, aux dérèglements… à toutes les transgressions qu’autorisent le pouvoir, l’hégémonie culturelle dans un pays tout était remis en cause. Art d’un homme certain de sa foi au point de chercher à l’exprimer par sa peinture ingénue sur de traditionnels retables mais aussi et surtout, sur les murs de sa retraite.

Murs des lieux partagés ou des lieux de prière. Mais aussi lieux reclus des cellules. Même si ici aussi le rang social gardait place et orchestrait tout. Les Médicis n’avaient-ils pas  double cellule largement décorée par le Maître. D’autres, chanoines et prieurs profitaient aussi de la richesse des ors et des bleus. Les simples moines, dans leurs petites cellules, avaient aussi leurs images, plus simples dans la réalisation et les couleurs, beaucoup plus simples, le maître avait formé des élèves… mais l’expression, unique, gardait toute sa force.

Au vrai, comment ne pas être stoppé net, au haut de l’escalier conduisant aux cellules par cette Annonciation du Maître, si simplement grandiose ?

Marie, incrédule, écoute l’Ange.

Nous, charmés, ‘’écoutons’’ l’Angéelico de tous nos yeux !

Si vos pas vous mènent un jour à Florence, surtout, n’oubliez pas le couvent San Marco…