Le Hérisson

              

C’est une histoire toute simple, une histoire de jardin, une histoire en novembre.

Après plusieurs jours de pluie, le beau temps s’était installé. Le froid avec lui et son cortège de gelées blanches matinales. En plein midi, les chiennes profitaient des rayons du soleil pour se chauffer sur la terrasse.

Snowki vautrée sur le côté, Mogwhy roulée en boule. Pourquoi ou par quoi furent-elles sorties de leur torpeur ?

Elles se ruèrent soudain au pied du laurier et se pitèrent là, trépignant, sautant sur place. Les jappements de Snowki   se mêlèrent aux aboiements de Mog. J’allais voir. Une boule de piquants se tenait entre elles, calme. Un museau pointu en émergeait, avec deux petits yeux fouineurs.

Je fis remonter les chiennes pour que le hérisson retrouve le calme et aille se cacher ou disparaisse.

Le lendemain en fin de matinée, ma femme me cria, « il y a une bestiole dans le jardin, le lapin des enfants doit être sorti ». Force est de constater que le lapin était en fait un hérisson, le hérisson d’hier midi. Il furetait dans la pelouse. Passait d’un point à l'autre en trottinant, soulevait une feuille, regardait à droite à gauche, poursuivant sa route. Nous le laissâmes à sa balade...

Un peu plus tard, vers deux heures de l’après-midi, il arpentait toujours la pelouse. Nous cherchâmes à en savoir plus sur cet animal et ses habitudes. Nous nous plongeâmes dans la Vie des Animaux...

Un des enfants alla jusqu’à lui avec un morceau de pomme. Le hérisson d’abord surpris flaira longuement puis y planta les dents. Après trois bouchées, il repris sa route. Nous le laissâmes alors en paix.

Hier, il faisait encore beau et froid, j'étais seul à la maison, les deux chiennes avec moi. Je les avais laissées dans le jardin. A l’heure habituelle, en toute fin de matinée, je les retrouvai silencieuses et observatrices, couchées dans la pelouse, face à face à plus d’un mètre l’une de l’autre. Au milieu, allant son petit bonhomme de chemin, le hérisson.

Trois visites, en pleine journée, fait assez incroyable pour un animal réputé pour ses sorties nocturnes. Je le baptisai Arthur. Il allait et venait, avançait vers le potirons. Là, il se pris dans le filet censé  en saison protéger les grappes de raisin des attaques voraces des oiseaux. J'allai  le libérer, il se roula en boule et resta là, immobile. Il lui fallut moins de trente secondes pour ressortir de sa position défensive. Il était vraiment bien peu farouche. Je le regardai un moment trotter vers le laurier puis, je remontai avec les chiennes. De la fenêtre de la cuisine, je me mis à observer son cheminement. Depuis le laurier il  monta jusqu’aux abords de la terrasse puis, par un trajet en zigzag, d’un bord à l’autre de la pelouse, il rejoignit la rangée d’iris, la contourna, puis disparu sous les charmilles...

Aujourd’hui, le temps s’est réchauffé, l’air s’est chargé d’une brume légère. Les chiens vaquent çà et là. Vers onze heures, l’animation est forte. Je sors, Arthur est là, sous son laurier. Les chiens le regardent. Je m’approche. Son petit œil tout rond me regarde. Je repars avec les chiens à mes trousses. Lorsque je me retourne, Arthur a disparu. Vers une heure et demi, je le vois au milieu de la pelouse. Tranquille. Je prends un grain de raisin et vais lui proposer. Sa première réaction  est  négative. Il baisse la tête et me présente son front piquant. Je laisse le raisin devant lui et me recule. Une petite minute suffit avant qu’il relève la tête et se jette sur le cadeau. Il lui faut plusieurs minutes pour en venir à bout puis, il reprend son trottinement et part vers le laurier...

Depuis la mise en forme de ce récit, plus rien. Même les chiens ne le débusquent plus. Hivernage ?

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