La toilette du mort

Il est décédé, à son domicile, un samedi de la mi décembre, dans les bras du fils qui l’aidait à regagner son lit après une brève station assise dans son fauteuil. Le crabe qui l’habitait  venait de parachever son oeuvre.

C’était un samedi donc. Les entreprises de pompes funèbres étaient fermées. Toutefois, une permanence était assurée pour la toilette du mort et la conservation de sa dépouille sur neige carbonique jusqu’à la mise en bière.

Toilette du mort ? En fait une opération de chirurgie esthétique et... d’écologie. Tout fut fait, par un étudiant en médecine, afin de préserver l’aspect visuel du défunt, sa façade, et d’éviter émanations et écoulements.

Coton hydrophile bourré dans le nez et dans la gorge, aux creux des joues; couture de la bouche par l’intérieur des lèvres; pose de demi sphères en plastique sous les paupières pour les tenir closes et  conserver le bombé de l’œil; lent , minutieux , pointilleux travail; puis rasage et habillage. Enfin couchage sur un oreiller de neige carbonique, qui serait dorénavant renouvelée quotidiennement.

Pendant  trois jours  il resta dans sa chambre à attendre la mise en bière, sa femme le veillait en répétant fréquemment : ''Il est beau n’est-ce pas ? Comme il fait reposé... après tout ce qu’il a souffert... ''

 

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