Planche contact

 

... Sur un sentier côtier, près un court virage, nous attaquons une pente douce qui devient escarpée après quelques dizaines de mètres. Le lieu est magnifique, le chemin sinue au milieu d’une large coulée d’ajoncs ras en pleine floraison qui dévale jusqu’à la mer. Une brève escalade nous amène au pied d’un chaos dont les fines lames de granit gris,  verticales, griffent un ciel bleu tout juste ponctué de quelques  boules de nuages. Là, le sentier plonge. Au détour du chemin une très jeune femme jaillit, en légère robe d’été à fines bretelles, à large décolleté. Elle avance tête basse du fait de la montée qu’elle aborde. Elle tient délicatement dans chacune de ses mains le bas de sa robe pour donner le plaisir du soleil à la naissance de ses cuisses. D’un seul coup, elle sent notre présence et laisse précipitamment retomber sa robe en même temps que ses joues rosissent; à ce moment ses deux copines de marche surgissent à leur tour. Echange de bonjours, l’accent est anglais, et la balade continue...

 

... A l’arrêt d’autobus, une fille en jean sombre et blouson. Le pantalon lui serre à tel point l’entrejambes que la couture médiane s’est profondément incrustée dans son sexe et le sépare en deux boursouflures nettes sous la toile de coton. Que peut-elle ressentir à ce serrement ferme ?

 

... A un feu rouge, attendant pour traverser, une femme en robe d’été très claire, longue. Le soleil du matin, encore rasant à cette heure, l’illumine en contre jour et donne à voir en ombres chinoises étonnamment précises ses hanches et ses jambes légèrement écartées. La transparence provoquée laisse même apparaître la couleur claire de son sous-vêtement aux larges échancrures à la brésiliennes, forme qui surprend vu l’allure de la femme. Jardin secret...

 

... Au restaurant. L’homme, la cinquantaine marquée, bronzé, lunettes à monture métallique, grisonnant, la coupe en brosse et de fortes bacchantes. Le style militaire à la retraite qui aurait mis cette touche d’humanité dans son allure. Sa voix, timbre et débit posés, presque paternels révèle le Pygmalion.

 Face à lui, la jeune femme au pull vert amande, est menue. Sa voix questionneuse est agréable et rapide. Ses cheveux auburn coupés courts ont ce reflet particulier des colorations à la mode. Ses lunettes de soleil à monture d’écaille, aux verres très sombres sont portées en diadème. Ses mains, petites, parlent en même temps que ses lèvres maquillées et y portent régulièrement de longues cigarettes dont la fumée est aussitôt longuement soufflée vers le haut dans un geste du cou qui tord et casse la nuque en arrière. Quand la main droite est libre de cigarettes et de paroles, elle retrousse doucement la chevelure dans un mouvement sensuel, dans un de ces réflexes que l’on a plus souvent au réveil. Aux doigts de ces mains expressives,  des bagues en or accrochent la lumière et poussent à l’investigation : bracelets multiples aux deux bras, chaîne autour du cou, boucles d’oreilles, tout cela du même précieux métal. On sent sinon l’opulence, du moins l’aisance matérielle. Un bijou visible de plus et l’on basculerait dans le chandelier, le sapin de Noël ou l’épouvantail à moineaux. Peut-être porte-t-elle aussi un délicat bracelet de cheville ou une chaîne de taille sur sa peau nue que l’on ne pourrait voir que lorsque qu’ayant posé ses autres bijoux elle s’apprête pour la nuit face à sa coiffeuse... Son visage est fin, presque étroit, maquillé pour montrer un teint mat et hâlé et faire éclater le regard. Ses yeux sont sombres, très mobiles, dévoreurs plus que scrutateurs de ce qui les entoure, sans se soucier de l’homme qui parle et à qui elle répond. Actuellement, leur cible est un autre homme, assis à quelques tables, un homme qui écrit de façon discontinue, observe, semble réfléchir et note encore...

Il décrit la femme, s’interroge sur ses regards qu’il a croisés et qui se sont fermement accrochés aux siens lors de ses brèves observations. Essaie-t-elle d’imaginer si elle est bien son sujet ou tente-t-elle la séduction ? Une chose est sûre, ce jeu semble laisser son mentor indifférent, serait-il complice ? ou la guiderait-il vers d’autres horizons ? ou... ou..

.Rideau !

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