Trajectoire

 

Saint François ( Guadeloupe ). Novembre.

Un sac de ceinture trouvé sous un hibiscus et c’est la plongée dans une vie éclatée...

A l’intérieur de la pochette, une jupe de crépon noir bouchonnée, deux mouchoirs en papier, un sachet de protections périodiques quasi vide, un stylo, un peigne à forte denture, de petits élastiques multicolores et un protège passeport de plastique bordeaux.

Bien pliée dans ce dernier, une déclaration de perte de passeport et de permis de conduire, auprès de la mairie de Saint François, datée du cinq janvier quatre vingt quinze, faite par « Caroline Maïté H. née le quinze avril cinquante neuf à Paris, domiciliée habituellement dans le vingtième arrondissement de Paris, de passage à Saint François. » et une petite carte de vœux d’anniversaire comme les fleuristes en agrémentent les bouquets, représentant des chatons.

Dans la poche extérieure, un carton de format carte de crédit, imprimé du portrait d’un très jeune garçon, joint à un bon de PMI de la Direction des Actions de Solidarité Départementale de la Guadeloupe, délivré par le dispensaire de Saint François le douze novembre quatre vingt seize demandant à l’Institut Pasteur de réaliser « sur une jeune femme enceinte, Caroline H., un BHCG plasmatique et une recherche sérologique HIV. »

Dans la petite poche de la partie antérieure de la banane, une lettre en partie déchirée, écrite sur du papier d’écolier, adressée telle une supplique à une aïeule : « attends de revoir tes arrières petites filles avant de partir. Ne crois pas les horreurs que maman peut te raconter sur mon compte, tu sais bien, toi, que ta fille a toujours été contre moi....Attends moi, j’ai tellement besoin de toi... »

Au dos de ce courrier jamais posté, une adresse : « procureur de la République, TGI de Pointe 97110 » et les coordonnées téléphoniques de Pascal R.

J’ai remis cette pochette et son maigre contenu à la police municipale de Saint François. Le fonctionnaire qui m’a reçu connaissait bien Caroline H. pour lui avoir remis sa déclaration de perte de papiers d’identité. Après avoir fouillée la sacoche, il m’a fait remarqué avec un sourire entendu que «  dans la poche où se trouvait la lettre, il y avait de l’herbe, vous savez, de celle que l’on fume... »

 

Sur requête du procureur de la République, la police était à la recherche de Caroline H. depuis mars quatre vingt seize au sujet de la garde de fils. Elle était SDF.

 

Good Luck Caroline.

 

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