L’art pictural chinois 

&

sa résonance dans la peinture occidentale.  

 

‘’ où l’homme et la nature, 

inextricablement mêlés l’un à l’autre, 

fuient, changent et se dissipent, 

apparences mouvantes, flot qui bouge, 

jeu d’ombres promenées sur la toile éternelle…’’

( Marguerite Yourcenar  / En pèlerin et en étranger / XIV Carnets de notes 1942-1948 / La Pléiade tome 2 p 527 )

***   

Notes manuscrites prises lors des

Conférences de PENG Chang Ming / Sorbonne 2003 2004

   largement amendées par recherches bibliographique et photographique personnelles

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Table des Matières  

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Chapitres

Paragraphes

Peinture , calligraphie et Pensées chinoises

Introduction

Bref tour d’horizon

 

Confrontation des techniques et des genres

Le matériel

Les couleurs

Les techniques

L’unique trait de pinceau

Les genres

Conclusion

Et en Occident

Des origines aux Cinq Dynasties

Du Néolhitique aux Jin

Dynasties du Sud et du Nord

Tang

/Ecoles du Sud et du Nord

Cinq Dynasties

/ Ecoles du Sud et du Nord

Les Song

Song du Nord

/ Peintres indépendants

/ l’Ecole des Lettrés

/ l’Académie impériale

Song du Sud

/ l’Académie impériale/ Fleurs & animaux

/ l’Académie impériale/ Paysages

Peintres Chan et Zen

La Peinture des moines

De la Chine au Japon : du Chan au Zen

Le Paysage sous les Yuan et les Ming

Dynastie Yuan

/ les Loyalistes

/ les Collaborateurs

/ les Quatre Grands

Dynastie Ming

/ l’Académie

/ hors de la Cour / Ecoles de Zhe et de Wu

Individualistes et Excentriques de la fin des Ming à la fin de Qing

XVI ème siècle

XVII ème siècle

/ les Quatre Moines peintres

/ Autres Individualistes

/ Peintres de la Cour

XVIII ème siècle

Les premiers contacts avec les occidentaux : du Moyen Âge au XVIII ème siècle

Figuration des motifs chinois dans des oeuvres occidentales

des œuvres chinoises sont-elles arrivées en Europe et quand ?

Incidence de l’art pictural chinois sur la peinture occidentale

Incidence de l’art pictural occidental sur la peinture chinoise

Conclusion

Conceptions du Paysage : Tradition chinoise et Romantisme européen du XIXème siècle

Tradition chinoise du paysage

Approche occidentale du paysage

Convergences et divergences

Conclusion

Résonances extrême orientales dans les  peintures impressionniste et post-impressionniste.

Les Impressionnistes

Au delà des Impressionnistes

Conclusion

Résonances extrême orientales dans la  peinture occidentale de la première moitié du XXème siècle

En France

En Allemagne

Aux Etats-Unis

Résonances extrême orientales dans la  peinture occidentale de la seconde moitié du XXème siècle

En France

En Allemagne

En Europe du Nord

En Espagne

Aux Etats-Unis

Conclusions

Chronologie chinoise 

***

 

Peinture, calligraphie et pensées chinoises.

 

Introduction

En Occident, l’art pictural est anthropocentrique et humaniste. Le Jugement Dernier de la chapelle Sixtine peint par Michel Ange en est l’exemple type.

En Chine, la peinture laisse transparaître un humanisme fondé sur l’intégration de l’homme dans la nature : « Homme et Ciel » en harmonie. Ceci explique la place centrale du paysage dans l’art pictural chinois.

Bref tour d’horizon

La peinture chinoise est indissociable de la calligraphie, dans sa création et ses méthodes comme dans leur coexistence dans les œuvres. Souvent la place du ciel est occupée par un colophon, poème voire appréciation de l’empereur lui-même.

Selon le mythe, la création de l’écriture fut l’œuvre de Cang Ji, l’homme aux deux paires d’yeux. Avec la première, il regarda le ciel et la multitude des étoiles, avec la seconde, il observa sur le sol les traces laissées par les pattes des oiseaux mais aussi les motifs des carapaces de tortues. De ces réflexions il tira l’écriture qui passa lentement de pictogrammes aux idéogrammes actuels.

 

La calligraphie tient dans la vivacité du trait. Le peintre est formé par un calligraphe. Un peintre est toujours un bon calligraphe.

Le bambou est un thème récurrent da  ns  la peinture chinoise ; peindre les bambous nécessite la maîtrise des huit traits de la calligraphie :

 

le point

le trait horizontal

le trait vertical simple

le jeté

le jeté court

l'appuyé

le relevé

le trait vertical en crochet

La calligraphie a évolué au cours des temps et des styles se sont trouvés définis. La peinture a suivi cette évolution.

Le  style sigillaire est d’usage dans l’écriture des sceaux. Il est basé sur les pictogrammes d’origine. Il date du – IX ème siècle.

Le style officiel au graphisme un peu archaïque est utilisé par les scribes. Il est lié au développement de la bureaucratie sous le  premier empereur.

Le style herbiforme marque la spontanéité. Il utilise les blancs volants ( traînées incomplètes ).

Le style réglementaire, du III ème siècle, est une écriture très régulière suivant des règles strictes dont de tracé lent.

                                             
Style sigillaire                                          Style officiel 
   
Style herbiforme   
 
 
 
Style réglementaire 

 Le tracé manuel des caractères s'exécute dans un ordre strict :

  • trait horizontal puis vertical
  • trait descendant vers la gauche avant trait descendant vers la droite
  • de haut en bas
  • de gauche à droite
  • l'extérieur puis l'intérieur
  • l'intérieur puis fermeture du cadre
  • le milieu avant les deux côtés

Wang Xizhi, célèbre calligraphe, apporta sa contribution après avoir observé les mouvements tournants des oies sur une pièce d’eau. Il en tira la maîtrise des mouvements du poignet.

Un autre calligraphe célèbre Huai Sin  a défini le style herbiforme ( cursif ) après avoir observé les rythmes de l’eau d’une rivière.

En Chine la calligraphie est un art majeur au même titre que la peinture, la musique et la poésie. Architecture et sculpture y sont considéré comme des arts mineurs car susceptibles d’une forte influence du passeur d’ordre !

Ainsi, calligraphie et peinture sont l’apanage des lettrés, empereurs y compris. « L’esprit dirige le pinceau. Si l’esprit est droit… », la calligraphie laisse donc transparaître les qualités morales du rédacteur.

Les trois grands courants de la pensée chinoise ont également eu une forte influence sur la peinture.

Le confucianisme ( -VI à –V ème siècle ) prône le développement de sa propre qualité d’humanité (aimer les autres ), de ne pas faire aux autres ce que l’on ne voudrait pas qu’il nous soit fait, le juste milieu ( harmonie & proportions ) et enfin l’inscription de l’homme dans le monde et à la société ( respect des parents, de la hiérarchie. C’est une pensée centrée sur la vie. Elle a influé sur la représentation des personnages.

Le taoïsme  ( -VI à –V ème siècle ) enseigne le non agir ( se comporter comme une rivière qui suit son cours ) , la communion avec la nature, le sortir du moi ( par le rêve, l’alcool…) . Il aura une forte influence sur le style spontané à base cursive.

Le bouddhisme, au cœur de la pensée et de la pratique, l’anéantissement du désir source de toutes les souffrances. Venu tardivement en Chine ( Ier siècle av JC ) sous la forme hinayana il va y être transformé en mahayana. L’arhat replié sur lui-même dans sa quête du nirvana va ainsi devenir le bodhisattva qui va abandonner son accès acquis au nirvana pour se consacrer aux autres. Le plus célèbre d’entre eux est Guan Yin. Nous arrivons là à une synthèse du bouddhisme et du taoïsme dont l’apogée sera le tch’an ( zen ). Ce courant de pensée va conduire la peinture ( et la poésie ) à une dimension spirituelle.

Bien entendu, ces trois courants n’ont pas agit indépendamment les uns des autres. Les artistes sont parvenus à une fusion de ces influence complémentaires.

 

***

Confrontation des techniques et des genres

dans les peintures chinoise et occidentale

 

Le matériel

Calligraphie et peinture sont liées car elles nécessitent le même matériel : les quatre trésors du lettré : le pinceau, le bâton d’encre, la pierre à encre et le papier.

Cette analogie se retrouve dans les formats : rouleau vertical, rouleau horizontal ; l’éventail et la feuille d’album.

Le rouleau vertical est prévu pour être suspendu donc vu d’un seul coup d’œil. Le rouleau horizontal – qui peut faire plusieurs mètres… - est conçu pour être regardé en déroulement d’une main, ré enroulement de l’autre, c’est-à-dire pour dévoiler une suite de plans. ceci ajoute la dimension du temps. C’est deux format ont été repris par les japonais dont on connaît le goût pour les kakemono ( rouleaux verticaux ).

Les couleurs

Les pigments utilisés sont exclusivement minéraux et traités à l’eau. Sur cette considération, la peinture chinoise se classerait dans les catégories occidentales : dessin, lavis et aquarelle.

Les lettrés jugent la couleur vulgaire et privilégient donc le monochrome fondé sur le noir. ceci donne des œuvres ‘’pâles’’, c’est-à-dire rejetant tout artifice. Pâles, car subtiles, par choix philosophique et moral. Le lettré doit s’effacer, ne pas paraître sur le devant…

La richesse des rendus est accrue par la souplesse et la finesse de la pointe du pinceau.

Shitao, ( le moine Citrouille amère ! ) célèbre peintre du XVII ème siècle de notre ère considère quatre sortes d’encre : sèche, mouillée, épaisse et fluide, catégories auxquelles d’autres artistes ont ajouté la distinction  noire et blanche.

L’encre est indélébile. L’œuvre ne peut donc pas être retouchée. Tout se fait en premier jet d’où la nécessité d’une absolue maîtrise du pinceau et de l’encre par l’utilisation systématique des traits fondamentaux ( les huit de la calligraphie ) et des ‘’rides’’ ( hachures et points dont on ne dénombre pas moins de douze catégories, portant chacune un nom inspiré de la nature )

Enfin, avec l’encre, il est impossible d’introduire des jeux de matière, d’empâtement chers à la peinture occidentale à partir des impressionnistes. Les à plats, seuls accessibles, permettent des effets immatériels.

Les techniques

Gong Bi ( travail du pinceau )

C’est la maîtrise des tracés des contours. Les zones ainsi définies sont ensuite colorisées. cette technique utilise du papier non absorbant.

C’est la techniques des peintres professionnels et des académies. Elle rappelle la calligraphie réglementaire.

Xie Yi  ( écriture de l’idée )

C’est la spontanéité. Se réalise sur support absorbant. C’est la peinture du premier jet, de la rapidité du trait. Il n’apparaît pas de contour.

C’est la technique préférée des lettrés. C’est la technique du Tch’an par résonance avec l’Eveil subit.

Elle rappelle la calligraphie herbiforme.

Mo Gu  ( sans os )

Il faut comprendre ici os comme contour. C’est une technique sur papier non absorbant, sans contour.

Sa ‘’spontanéité’’  se situe entre le Gong Bi et le Xie Yi.

Bai Miao ( littéralement :blanc-tracé des lignes )

C’est une technique dérivée du Gong Bi, mais seuls restent les contours. C’est par excellence la technique pour la représentation des personnages et de l’architecture. C’est l’équivalent de notre dessin au trait qu’Ingres par exemple affectionnait.

P’omo

c’est la technique de l’encre projetée qui sera très utilisée par les moines chan et de nombreux artistes iconoclastes.

… l’unique trait de pinceau…

L’utilisation de toutes les conventions conduit à une œuvre unique, unifiée Pour Shitao, le trait que trace le pinceau n’est pas une simple ligne parmi d’autres, une ligne anonyme, dépourvue de sens. Tracer c’est dire. par tout ce qu’il comporte, le trait est forme et mouvement, volume et valeur de teinte, expression et volonté. C’est une unité vivante, traduction visuelle du Souffle, unité de base de l’univers ‘’vivant’’.

« Si loin que vous alliez, si haut que vous montiez, il vous faut commencer par un simple pas. Aussi, l’Unique Trait de pinceau, embrasse-t-il tout, jusqu’au lointain le plus inaccessible, et sur dix millions de coups de pinceau, il n’en est pas un dont le commencement et l’achèvement ne résident finalement dans cet Unique Trait de pinceau dont le contrôle n’appartient qu’à l’homme… du moment que l’esprit s’en forme d’abord une vision claire, le pinceau ira jusqu’à la racine des choses. »

Les genres

La peinture chinoise se divise en trois genres : les personnages, les paysages et les autres ( fleurs et animaux ).

Les personnages

Les premiers peintres se sont focalisés sur la représentation des personnages sans pour cela rechercher la ressemblance formelle. Ce qui compte c’est de montrer la dimension morale de celui ou celle qui est montré. Ainsi, un artiste de cette époque mettait-il parfois dix ans avant de terminer son tableau par ... les yeux, miroir de l’âme.

Au delà des Song, la représentation des’’ beautés de la cours’’ évoluera vers les scènes de genre

Les paysages

Pendant la période dite des Six Dynasties, la société chinoise est très instable. De nombreux troubles secouent le pays sur une longue période. En conséquence, les lettrés vont aller chercher refuge dans la nature et la peinture du paysage va prendre son essor. La poésie n’est pas étrangère non plus à cette évolution.

Le paysage s’affirme réellement à compter du VII ème siècle de notre ère à travers deux courants représentés par deux chefs de file :

Li Si Xun ou tendance du nord à la manière bleue et verte.

Wang Wei tendance du sud avec la monochromie et l’usage de la brume pour évoquer l’impermanence.

Cette distinction nord-sud suit celle du tch’an comme nous le verrons ultérieurement.

Au XI ème siècle, le paysage est prépondérant comme moyen d’expression de la spiritualité de l’artiste.

C’est l’apparition de la peinture des bambous, symbole des qualité du lettré : droiture et souplesse, mais aussi de la représentation des fleurs de prunus qui apparaissent en hiver et son un signe de résistance qui sera très utilisé lors de l’invasion mandchoue...

Les animaux et les fleurs

Sous les Tang, l’animal – cheval, buffle - sert à la représentation de l’énergie vitale.

Les fleurs et les oiseaux apparaissent au X ème siècle avec une volonté de rendu précis de la réalité.

Les anciens Chinois donnaient le surnom de « quatre gentlemen » au prunier, à l’orchidée, au bambou et au chrysanthème, et celui de « trois amis qui poussent en plein hiver » au pin, au bambou et au prunier. Bai Juyi (772-846), grand poète des Tang, résuma ainsi les mérites du bambou : résolu, honnête, modeste, pur et intègre. Il tira la conclusion que le bambou est digne de son titre de gentleman, puisqu’il réunit toutes ces nobles qualités.

"La moindre plante a son esprit", avant même de prendre le pinceau, un peintre se doit de saisir les secrets de la création de la nature, "la manière dont les branches poussent, dont les feuilles se forment, dont les fleurs s'éveillent, s'ouvrent, se détournent, s'inclinent ou se fanent" écrivait Tang Zhiqi (dynastie Ming).

Conclusion

Sous les Song et ensuite, la représentation de la réalité sera l’œuvre des peintres professionnels et l’expression de la spiritualité sera le fait des lettrés.

Et en Occident…

Le personnage est toujours central. Si l’on se réfère au classement académique du XVII ème siècle européen, l’ordre d’intérêt décroissant est le suivant : peinture historique, portrait, paysage, genre.

Ceci vient du fond culturel judéo chrétien et s’est trouvé accentué par la représentation de la perspective qui plaçait le spectateur de l’œuvre au centre même de celle-ci. Ainsi, la peinture est dans le cadre alors qu’en Chine la peinture se poursuit au-delà des bords du format...

***

Des Origines aux Cinq Dynasties

Période allant de – 2100 à + 960 de notre ère  

Dynastie

Dates

Commentaires

Néolithique

-10000 à

-2100

Premières traces de peinture

Shang

-1600 à

- 1100

Peintures murales, sur soie et laques sont parvenues jusqu’à nous

Zhou

-1100 à

-256

La peinture est un travail collectif : l’art est artisanal ; anonyme. Aucun nom ne nous est parvenu.

L’usage du pinceau date de cette période.

Han

-206 à

220

Les empereurs poussent à la diffusion de la pensée confucéenne. La calligraphie évolue, la maîtrise du pinceau devient évidente. Le trait gagne en expressivité : calligraphie cursive. Les Tombes de La Yang révèlent des belles fresques. La peinture sur argile est développée.

Six Dynasties

 

 

 

 

 

 

 

 

Trois Royaumes

 

 

 

 

 

 

Jin

 

 

Dynasties du Sud    et Dynasties du Nord

220 à 589

 

 

 

 

200 à 300

 

 

 

300 à 400

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

400 à 500

C’est la période de l’introduction du bouddhisme en Chine ; trace en est dès 376 dans les grottes de Dun Huang.

Les artistes toujours imprégnés de confucianisme se tournent vers le bouddhisme et le taoïsme avec pour conséquence une individualisation de l’expression.

C’est la période de l’apparition des figures.

‘’les Sept Sages de la forêt de bambou’’. Ils recherchent l’humanité dans la communion avec la nature.

Ils trouvent dans les libations et l’état d’ivresse une liberté d’expression. Nous avons là une tendance nihiliste.

Ces sept artistes restent célèbres pour leur originalité en peinture comme en poésie.

Evolution de la réflexion vers la ‘’discussion pure’’ ( philosophie ), c’est l’abandon du nihilisme.

Début de la réflexion sur l’Art.

Apparition des collections de peintures grâce à la diffusion possible des rouleaux portatifs.

La peinture se libère de l’architecture et passe dans les cercles d’érudits ( lettrés ) :

# Wang Xi Zhi ( Wang Hi Tche )  ( 331-379 ) calligraphe célèbre ( apparition de la célébrité ! ) pour son œuvre devenue mythique ‘’le Pavillon des Orchidées’’.

# Gu Kai Zhi  ( Kou Kai Tche ) ( 344-406 ) a écrit le premier traité connu sur la peinture sous forme de trois essais : composition/évaluation/ ?

Les grandes idées développées, toujours utilisées, sont : tracé des contours, transmission du ‘’souffle’’ ( conception intellectuelle solide avant réalisation ), souplesse du trait ( les courbes utilisées pour les drapés des vêtements sont la marque de son style ). Il peint beaucoup de personnages et de dames de la cour.

Apparition du paysage sous une forme stylisée fruit de l’imagination.

Apparition du ‘’discours’’ ( commentaire, poème, évaluation…) dans une partie du paysage.

# Zong Bing ( 365-443 ) rédige une ‘’Introduction à la peinture du paysage’’. C’est un théoricien très marqué par le bouddhisme. Il insiste sur la dimension spirituelle du paysage. La représentation d’un paysage doit conduire le spectateur à la réflexion, le ‘’tirer vers le haut’’. C’est ce qu’il nomme le ‘’principe interne’’ avec une hiérarchie des qualités : divine, merveilleuse, habile

# Xie He ( Sie Ho )( 479- 501 ) propose une ‘’Note sur la classification des vieux tableaux’’ et édicte ‘’Six Principes’’ fondamentaux :

  • résonance de l’esprit et  mouvement de la vie,
  • dans le mode de l’os employer le pinceau ( contours )
  • représenter les formes ( observation sérieuse )
  • selon les espèces appliquer les couleurs
  • plan et dessin, place et position  ( composition )
  • transmission des œuvres des anciens par la copie ( saisir le ‘’souffle’’ des modèles et non copier extérieurement )

Le but de la peinture est de saisir la vérité, la beauté intérieure des choses, par la communion, la fusion avec leur réalité profonde et non la recherche de la ressemblance et de la beauté ornementale des aspects superficiels.

 

Tang

 

618 à 907

 

La période Tang est faste pour la peinture.

Peinture de personnages

# Yan Li Ben ( mort en 673 ) développe l’expression des personnages. Qualité du dessin, grandeur pompeuse des personnages dynamisés par les plis des vêtements. Jeu de couleurs basé sur le rouge vif et le noir. Il fut un temps l’un des deux premiers ministres de l’empereur.

# Zhang Xuan ( Tch’en Hong ) ( 712-743 ) Moine adepte du Tch’an, grand calligraphe, il fut pendant trente ans le dépositaire du ‘’Pavillon des Orchidée’’, le chef-d’œuvre calligraphique rédigé sept générations plus tôt par Wang Xi Zhi. Pendant tout ce temps, il chercha à atteindre la perfection calligraphique de l’écriture d’herbe de son original. Il y parvint par un travail assidu de méditation qui lui permis d’acquérir le détachement total, le libre exercice de l’intuition et du geste créateur : il avait ‘’vidé’’ sa main et la nature même tenait et mouvait le pinceau ! Il avait atteint le ‘’sâmadhi ( âme profonde ) de l’encre’’.

Comme peintre, il privilégie la représentation des femmes de la cour. Il est connu par des copies de la période Song. Il développe un sens de l’équilibre des pleins et des vides.

# Zhou Zang élève de Zhang Xuan passe de la représentation de l’idéal féminin à l’expression féminine.

Peinture des chevaux

Parallèlement à l’apparition de la peinture des femmes, se fait jour la peinture des chevaux.

# Han Gan ( actif 742-756 ) élève de Wang Wei se spécialise dans le portrait des chevaux de l’empereur Tien Pao. Il développe une opposition noir et blanc dans ses sujets. Il a aussi peint des figures pour des temples bouddhiques et taoïstes. Son nom est devenu légendaire. De très ( trop ? ) nombreuses œuvres de chevaux son rassemblées sous son nom.

Peinture de paysages

Ecole du Sud

# Wang Wei ( 699-759 )

Fils d’une fervente adepte du tch’an, auteur d’une ‘’Dissertation sur la peinture’’. Pour lui, la peinture doit rendre compte de l’illimité du monde sur un format très limité. Ce doit donc être une représentation de l’essence du monde et non de sa réalité visible.

     Précurseur du paysage monochrome, son approche est suggestive, on lui doit l’introduction des brumes.

     La peinture doit jouer sur le visible et l’invisible. On ne doit voir que le haut ou le bas des choses, d’où la brume. Il est le créateur de la peinture de paysages de neige

     C’est également un poète qui, à la mort de sa femme, en 730,  transforma sa maison de campagne en monastère bouddhiste. Il préférait la fréquentation des « vents et eaux courantes » à celle des courtisans.

     Son style est fortement inspiré de cette pensée. Outre des paysages, on lui doit des fresques pour les temples bouddhiques du Tch’ang- Nang  et de nombreux portraits de Vimalakîrti, ascète indien considéré comme un des premiers apôtres bouddhistes en Chine.

On peut le considérer comme le créateur de la ‘’voie de l’encre’’, le dosage de l’eau et de l’encre lui permettant d’exprimer toute la palette de ses sentiments en présence de la nature. Il savait « dégrader l’encre pour en tirer  les cinq couleurs ».

# Wu Daizo ( Waou Tao Tseu ) ( actif vers 720-760 ) privilégie la spontanéité avec une technique enlevée fondée sur la rapidité d’exécution. La légende veut qu’il ait souvent peint de mémoire très rapidement, après un long mûrissement. ( cf anecdote avec Li Si Xun )

Ecole du Nord

# Li Si Xun ( Li Sseu Huin )

( 651-716 )

membre de la famille impériale, nommé général à la fin de sa vie.

     Fondateur de l’école du nord qui s’oppose par le fini de l’exécution  à la stylisation des paysages de l’école du sud.

     Ses paysages sont des visions irréelles où les détails se multiplient à l’infini dans le cloisonnement de l’espace. Il y a de la méticulosité dans ce travail que l’on peut qualifier d’enlumineur.

     Les panoramas sont grandioses, dans des tonalités éclatantes. Ils visent à charmer le regard, non à toucher le cœur et l’esprit. Le style est aristocratique.

     Une histoire légendaire exprime la rivalité de Li Si Xun et de  Wou Daizo de l’école du sud. Tous deux ont reçu ordre de l’empereur d’aller peindre la rivière Kia Ling. Le maître du nord fait de nombreuses esquisses et études sur place puis, passe beaucoup de temps au palais à peaufiner son œuvre. Le maître du sud rentre lui au palais les mains vides. Devant  la surprise de l’empereur il répond « avoir tout dans son cœur », puis en une seule séance, il achève un vertigineux panorama du cours d’eau et de sa vallée enregistré dans sa mémoire…

# Li Zhao Dao ( Li Tchao Tao ) ( 670-730 ) fils du précédent.

     A la suite de son père, exécute des paysages dans la manière ‘’bleu-vert’’ et or, cette dernière couleur venant préciser les contours des choses.

Ecole du nord et école du sud sont à comprendre non comme des écoles liées à la géographie, ce que ce fut au départ, mais comme deux modes d’expression : le premier analogique, le second contemplatif.

Beaucoup d’artistes de la période et d’après emprunteront souvent aux deux écoles !

# Zhang Yen Yuang ( autour de 845 ) rédige ‘’Mémoire sur les peintres célèbres au cours des dynasties successives’’. Il y rappelle les ‘’Six Principes’’ et précise que « c’est par delà la forme qu’il faut chercher la peinture ». le peintre doit être un lettré, un sage.

La fin de la dynastie Tang est marquée par des doubles graves et la rébellion du général An Nu Shan.

Les artistes vont passer outre les traditions et aller à une peinture sans contrainte. Le pinceau n’est plus le seul outil de création. Les cheveux, les mains, le bambou effilochés…  sont utilisés.

# Wang Hia dit aussi Wang Mo (Wang de l’encre ) est le plus connu des représentants de cette libéralisation. Il ne commençait jamais à peindre sans s’être livré à  moult libations…

Cinq Dynasties

907-960

Reprise des techniques antérieures.

# Shi Qe ( Che K’o ) développe une peinture très spontanée. De caractère anticonformiste, avec un goût prononcé pour la satire, il aime donner des formes étranges et grotesques à des personnages, laissant  libre cours à son imagination et bannissant toute règle. Ces œuvres révèlent une extraordinaire liberté de la main et de l’esprit.

# Guan Xin  ( Kouan Hieou ? ) moine bouddhiste Tch’an a laissé des figures d’arhats grimaçantes, laides et grotesques, comme torturées par la crainte, le doute.

Introduction de la peinture d’animaux et de fleurs

Quelques grands spécialistes.

# Huang Quan ( Houang Tsiuan) ( vers 900-965 ) représente les oiseaux avec un grand soucis du détails et de la précision. Manière  ‘’dessin d’après la vie’’. Il est l’inventeur de la technique Mo-Ku qui consiste à rendre invisibles les lignes de contour des objets. Il exécuta une composition avec faisans si pleine de vie qu’un aigle dit-on tenta de les attraper !

# Huang Jucai (  Huang Chu Tsai ) ( 933 993 ) fils du précédent, poursuit dans cette voie animalière.

# Zhao Chang  ( Tchao Tchang ) ( au delà de 970 ) Emule de Huang Quan, il associe beaucoup d’insectes à ses représentations florales. Il lui suffisait «  d’une pointe de rouge pour évoquer le printemps sans limite ».

# Sui Hi ( actif vers 965-970 ) travaille tout spécialement les fleurs. Peinture sans os assez proche de l’aquarelle européenne insistant plus sur le caractère du sujet et son animation que sur sa ressemblance avec la réalité. Manière vive et spontanée, inimitable,  très différente de celle de Huang Quan et dénigrée par celui-ci.

Peinture de paysages

# Li Cheng ( Li Tch’eng ) (actif de 908 à 925 ) apparenté aux Tang, ses deux principales activités étaient la boisson et la peinture. Outre des fresques dans des temples bouddhiques, il est célèbre pour ses paysages dans la tradition de Wang Wei. Il a réussi toutefois une synthèse des apports des écoles du Sud et du Nord. Rompant avec les alignements monotones de sommets et les accumulations pittoresques, il a introduit les sombres premiers plans fouillés et les pâleurs des lointains, il a alterné les aiguilles et les massifs, les gorges et les promontoires. Malgré la gageure, il maîtrise les oppositions masses / lignes, sombre / clair, immobile / mouvant, rigidité / évanescence, aridité / luxuriance… Il a résolu ces contradictions en appliquant intuitivement les lois de la circulation du souffle. On retrouve là toute la symbolique taoïste du yin et du yang, l’identité des contraires.

La montagne est figurée au centre de l’œuvre, créant l’équilibre de l’ensemble, c’est l’empereur ( inspiration confucéenne ). Son ascension est équivalente à la Voie ( inspiration taoïste ). Sa palette va des noirs charbonneux aux rousseurs délavées.  Sa facture à base de rude lyrisme et de noblesse annonce les réalisation Song.

Mais dans la généralité, la distinction entre les écoles du nord et du sud reste encore de mise : école du nord analogique et école du sud contemplative.

Ecole du Sud

# Dong Yuan ( Tong Yuan )

( au delà de 950 ) directeur adjoint des parcs impériaux. Il peignait les montagnes telles qu’elles étaient sans chercher à les rendre fantastiques. Ses œuvres devaient être vues de loin car de facture ‘’impressionniste’’. Arrondis, ses paysages paraissent apaisés. Il est considéré comme un « maître des brumes d’automnes et des lointains dégagés ».

# Juran  ( Kiu Jan ) ( actif de 910 à 980 ) moine bouddhiste. Ses paysages de facture moins ferme que celle de Dong Yuan sont également impressionnistes. Ses montagnes ont des formes arrondies parfois monotones mais tirent toutefois le spectateur vers le haut. Il est le créateur de la ‘’ride en fibre de chanvre’’ ( traits en long ). C’est le maître de la  « douceur malléable » : force tranquille et équilibre.

# Zhao Gan ( Chao Kan )

( actif vers 961-965 ) privilégie les paysages fluviaux du sud de la Chine dont il est natif. Dans une œuvre célèbre, il fait si attention aux détails qu'il utilise même de petites taches de pigments blancs pour illustrer le premier vent amenant les flocons de neige. En terme de technique, il remplit presque en entier le rouleau avec des touches d'encre et de couleurs. Il est l’inventeur d’une ride en trait sec ‘’de texture’’. L'effet est dű aux jeux de clair-obscur, procurant un sens du volume. Par ailleurs, il donne la sensation du vent soufflant dans les roseaux avec de simples vacillements de pinceau. Il a aussi modelé les formes de la terre, mais sans les traits habituels utilisés dans ce genre de peinture.

Ecole du Nord

# Jing Hao ( King Hao ) ( vers 900 ) un des principaux maîtres de la période. Style monumental. Dans son œuvre intitulée ‘’Montagne de Kouang-tu’’, il utilise des jeux d’ombres et de lumière afin de modeler les parois rocheuses qu’il traite en tranches verticales dans un style caractéristiques.

Il lui est attribué un traité théorique dans lequel les six principes de Xie He sont remis dans l’esprit de la seule peinture à l’encre :

  • esprit
  • harmonie, résonance
  • idée, composition
  • conformité au sujet
  • pinceau
  • encre

A la hiérarchie des qualités divine, merveilleuse, habile, il ajoute ingénieuse – pour les œuvre réalisées sans le contrôle de la raison - pour s’opposer à la qualité spontanée. Il précise enfin deux catégories d’erreurs : formelles mesurables et corrigeables ( ressemblance ) et spirituelles, rédhibitoires, irrémédiables, dues à une faiblesse de l’esprit.

# Guang Tong ( Kouan Tong ) ( actif de 907 à 923 ) fut élève de Jing Hao. Célèbre pour l’habilité de son coup de pinceau. Son style est caractérisé par l’emploi d’un pinceau grossier et la construction de paysages très pointus, très verticaux. Plus le coup de pinceau était grossier, plus l’esprit se manifestait, plus le paysage était simple.

 

 

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Les Song

Période allant de 960 à 1279

 

La dynastie des Song marque l’apogée de la peinture chinoise. Elle se divise chronologiquement en deux parties : les Song du Nord ( 960-1127 ) qui régnèrent sur une Chine presque unifiée à partir de leur capitale K’ai Fong en rétablissant un ‘’empire civile’’ sans coup d’Etat militaires ; et les Song du Sud ( 1127-1279 ) victime de l’invasion tartare des Kin qui investir Pékin tandis que les derniers empereurs Song se réfugiaient à Hang-tchéou. Cette dynastie fut trop pacifique et intellectuelle pour résister ultérieurement à l’invasion mongole.

Au plan administratif, les examens furent remis à l’honneur. Période de syncrétisme philosophique où les idées confucéenne, taoïste et bouddhiques se fondent dans un code confucianiste typiquement chinois. La culture se répand avec le développement de l’imprimerie trois bons siècles avant son apparition en Europe. La peinture voit se développer le genre lavis à l’encre inauguré sous les Cinq dynasties selon les tendances lancées par Li Chen, Dong Yuan et Juran...

 

les Song du Nord

Peintres indépendants

# Fan Kuan  ( actif 990-1030 ) Considéré par beaucoup comme le plus grand peintre chinois de paysage. Taoïste fervent, il mena une vie indépendante en dehors des charges officielles.  Très marqué par les œuvres de Li Chen, il associe, lui aussi, le grandiose de l’école du Nord et les brumes de l’école du Sud, le fond taoïste de complémentarité des contraires : Yin et Yang. Le Yin féminin, obscur, immobile, de ligne brisée et le yang masculin, de ton clair, mouvant.

Son œuvre ‘’Voyage dans un Pays de Montagnes’’, un haut rouleau de près de deux mètres, démontre l’art du peintre. C’est une composition en trois plans séparés de brumes chargées de mettre en relation le Ciel et la Terre. Le premier plan est saisi en plongée ; le second plan également mais de façon moins marquée et le troisième plan ( la montagne ), à l’inverse, est figurée en contre plongée. Le spectateur se trouve intégré au tableau comme s’il se trouvait sur un promontoire, un panorama. Il est au cœur du monde. La montagne donne le mouvement ascendant, les cascades et cours d’eau « qui semblent avoir une voix » ( selon Mi Fu, grand admirateur de Fan Kuan ) le mouvement descendant. Les formes tordues des arbres dramatisent quelque peu la scène, et de minuscules personnages sont présents au premier plan avec leur cortège de mules sur un chemin d’ascension.  L’humain y est fondu dans la nature et  cherche la ‘’Voie’’. Tout ici est profond et grave dans la sévère beauté du vrai, tout est en résonance.

# Guo Xi  ( Kouo Hi ) ( 1020-1090 ) Peintre de paysage, il est l’auteur d’un traité célèbre sur le sujet ‘’le Grand Message des Forêts et des Rivières’’, propos recueillis puis mis en forme par son fils. Il y développe avant tout l’idée de la nécessité d’une communion intime de l’artiste avec l’âme de la nature et insiste sur l’étude de l’espace et des phénomènes changeants de la nature. Cascades et rivières sont veines et artères, herbes et arbres, cheveux et poils…  La peinture dit être poésie comme la poésie doit être peinture...

Son art est d’abord inspiré de Li Chen puis il développe un style original tourné vers une interprétation romantique du paysage très peu académique. Son œuvre la plus célèbre, datée de 1072, est ‘’la Naissance du Printemps’’. C’est une vision panoramique dans laquelle l’homme est fondu. Le paysage est fantastique les rochers, énormes, semblent jaillir du sol. Le mouvement emporte tout, pénètre tout. Il est grand utilisateur de la ride ‘’en nuages enroulés’’.

Pour les fresques qu’il devait réaliser au Palais Impérial, il aimât peindre sur des murs à l’enduit brut, non lissé afin d’utiliser ces reliefs aléatoires dans sa peinture, ce qu’on a appelé ‘’le mur d’ombres’’.  Hui Zong, futur empereur n’appréciait pas du tout ce style si peu académique, si peu réaliste et profita de son accession au trône pour faire enduire toutes ces œuvres !

# Wen Tong  ( actif de 1049 à 1079 ) considéré comme le plus grand peintre de bambou. Pour lui, le bambou devient l’essence de l’être et le peintre oubli son Moi dans son sujet.

L’Ecole des Lettrés

Le prince impérial Wang Chen, renonçant au pouvoir pour se consacrer au mécénat, rassembla autour de lui quelques uns des plus originaux créateurs de l’époque. C’est le cénacle du ‘’Jardin de l’Ouest’’, assemblée de seize lettrés, idéalistes, contemplatifs et individualistes, savants en littérature, en poésie, en calligraphie, en antiquité. C’est une réaction salutaire contre le style conventionnel représenté par l’Académie impériale - réprimant la spontanéité et aliénant la liberté d’expression. Toutefois, bien qu’entouré d’esprits originaux, le prince oeuvrait pour un passéisme modéré.

  Parmi ses membre, outre le prince et le grand calligraphe Houang Ting Kien ( 1050-1110 ) historien de l’art, il faut signaler :

# Mi Fu  ( 1050-1107 ) artiste à la tendance ‘’sudiste’’ marquée, il collectionnait les œuvres de ses prédécesseurs dont deux de Li Chen. C’est un esprit indépendant – il s’habillait à la mode des Tang  et arborait un chapeau à larges bords - au franc parler qui lui valu une carrière administrative des plus mouvementées.

« Ma condition dans le monde est comme celle d’un cheveux dans l’océan… je participe au vide azuré ».

Il était grand calligraphe et copiait les maîtres anciens avec talent. Ses peintures réalisées à l’encre pâle, riches en brumes comme ‘’ Collines herbeuses et Arbres feuillus dans la Brume’’ ou ‘’ Sapins et Montagnes au Printemps’’ sont remplies d’une ambiance poétique, des montagnes en pain de sucre flottent sur des lacs de brouillards d’où parfois émergent de petits pavillons avec personnages. « Pour les paysages –disait-il – la copie ne réussit pas. Dans le paysage, le lieu où la pensée créatrice se saisit elle-même est élevée ».

#Mi Youren  ( Mi Yeou Jen ) ( 1086-1165 ) son fils continue dans la même voie. Il produit ‘’Montagnes nuageuses’’ vers 1130. C’est le peintre des espaces illimités. L’encre s’épaissit çà et là pour devenir montagne puis se dilue en nuages et brouillard. Quelques longs coups de pinceaux matérialisent une berge parmi les eaux...  visions poétiques d’un monde immatériel bien dans l’esprit des grandes réalisations de l’Ecole du Sud.

# Su Dong po  ( Sou Tong Po, Sou Che ou Sou Shih ) ( 1036-1101 ) Il doit sa postérité tant à ses qualités de gentilhomme lettré et de politique qu’à ses multiples talents de calligraphe, de poète, de critique d’art, de théoricien de la peinture lettré c’est-à-dire celle pratiquée en dehors de l’Académie impériale et de peintre des bambous sous l’influence de Wen Tong, plante à travers laquelle il exprime son intériorité et révèle la vie qui anime les formes. Pour lui, « toute personne qui parle de ressemblance en peinture est bonne à renvoyer chez les enfants ».

# Chao Pu Chih  ( Tchao Pou Tche ) ( 1033-1109 )  est connu pour son œuvre représentant Lao Tseu sur un buffle. C’est un utilisateur du xie yi la peinture spontanée et de l’encre brisée.

# Li Long Nian  ( Li Long Mien de son vrai nom Li Kong Lin ) ( 1049-1106 ) Il avait commencé sa carrière dans la peinture de chevaux dans le style de Han Gan avant de devenir le peintre de figures le plus célèbre de la période Song, «  Quand je peins, je suis comme un poète, j’entonne un chant sacré aux aspirations de mon cœur, pas autre chose ».Il atteignit de très hautes fonctions officielles. grand collectionneur il se passionna pour les pièces archéologiques et la peinture des maîtres du passé. Son style en fut marqué d’un passéisme modéré.

Cette assemblée de ces peintres ‘’amateurs’’ pour qui le style c’est l’esprit, vrais visionnaires des «  régions pures de l’esprit » deviendra ‘’l’Ecole des Lettrés’’, immortalisée par une œuvre de Li Long Nian.

L’Académie impériale

Cette organisation administrative placée sous l’autorité impériale avait pour but de favorisé le développement de la peinture. La première ‘’le Forêt de Pinceaux’’ fut créée sous les Tang par Ming Houang. C’est sous les Song que l’Académie prit son plein rayonnement, particulièrement sous le règne de Hui Zong (1101-1126 ), où la prééminence sur les académies des lettres et de la musique lui fut accordée. Le recrutement se faisait par examens portant sur la littérature et les différentes techniques de peinture. Les candidats devaient approcher la triple perfection : calligraphie, poésie, peinture. Les lauréats recevaient la robe violette. Hui Zong passait le plus clair de son temps à l’Académie où il organisait et animait des concours qui valaient au vainqueur l’attribution de la ceinture d’or, récompense suprême qui donnait accès aux appartements privés de l’empereur. « Les peintres doivent dépeindre les objets tels qu’ils existent et reproduire avec fidélité leurs formes et leurs couleurs » tel était le credo de l’empereur promulgué en édit à l’usage des académiciens ! Lui même passait beaucoup de temps à la peinture ‘’du poil et de la plume, des feuilles et des pétales’’. Ses travaux sont distingués, de composition oblique, d’une grande finesse d’exécution, résultat d’une remarquable acuité d’observation mais loin d’atteindre à la vérité. Sous son règne, l’académie fut florissante mais engagé sur la voie dangereuse du conservatisme officiel.

Outre l’empereur donc, l’Académie a compris dans ses rangs :

# Cui Bai  ( Cui Bo, Tsouie Po ) ( ? ) spécialiste des canards, des lotus et des iris. Il nous est resté un ‘’Geais et Lièvre’’ qui mêle les animaux à des végétaux divers dans une composition diagonale. Ses oeuvres sont réalisées sans esquisse préalable, directement au pinceau. C’était surtout un virtuose qui savait faire oublier sa maîtrise tout en la consacrant à la représentation la plus véridique de la vie animale.

# I Yü An Chi  ( I Yaun Ki ) ( actif 1064-1067 ) grand peintre des singes qu’il représente avec beaucoup de fantaisie et de souplesse. Il est d’une grande sobriété de moyens comme le montrent ‘’Cent Gibbons’’ ou ‘’Singe et Chats’’. L’accent est mis sur la mobilité des expressions.

# Lin Chün  grand peintre des fleurs qu’il utilise pour exprimer la fuite du temps : le bouton, la fleur, le pétale tombé.

# Li Tang  ( 1050-1130 ) très célèbre paysagiste de l’Académie de Kai Fong, il devint à plus de soixante quinze ans la première personnalité artistique de la nouvelle capitale. Il se réclamait de la tradition de Fan Kuan et est considéré comme le dernier grand paysagiste des Song du Nord. Sa composition est monumentale comme dans ‘’Pins dans une Vallée rocheuse’’ datée de 1124. Il tire profit de la ride en ‘’coups hache’’ dont il est l’inventeur, vigoureux traits exécutés le pinceau incliné à l’oblique, pour traduire les strates géologiques. Ses personnages sont très petits au pied d’immenses parois rocheuses. pas d’échappée dans les espaces lointain, mais la présence écrasante de la montagne. Ses arbres sont représentés avec une grande dureté de ligne. Il transmet également la tradition de la peinture de personnages dans des scènes de genre comme ‘’Retour de l’Ivrogne de la Fête’’ ou le ‘’Médecin de Village’’.

Il serait l’inventeur d’un procédé de représentation en diagonale consistant à ne décrire que les premiers plans disposés uniquement dans la partie inférieure de la surface et à n’esquisser que très sommairement le reste de plus en plus légèrement du proche au lointain dans une asymétrie bien calculée. Le vide et l’ellipse ont plus d’importance que les formes et laissent à l’imagination le soin de deviner ce que le peintre a sacrifié. Ce sont les premières manifestations du style dit ‘’en coin’’ que ses successeurs mettront tant à profit.

# Wang Ximeng ( actif 1096 1120 ) traite les paysages à la manière bleu vert de l’école Tang du Nord.

Les Song du Sud

Le passage d’une capitale à l’autre sous la pression des envahisseurs s’est fait dans la conservations des styles et des écoles.

L’Académie impériale/ Fleurs et animaux

# Li An Chung  ( Li An Chong ) ( actif 1117-1140 )Peintre de fleurs et d’oiseaux, spécialiste des cailles. Kao Tsong successeur de Hui Zong lui conféra la ceinture d’or à Hang Tchéou ( Song du Sud )

# Li Di  ( Li Ti ) ( 1110-1197 ) fut sous directeur de l’Académie de Hang Tchéou. Peintre de fleurs et d’animaux, il reçu la ceinture d’or de Koa Tsong. Grande habileté technique et fraîcheur d’inspiration. Son ‘’Bouviers et buffles fuyant la tempête’’ donne une impression saisissante de la présence du vent et de la pluie. Il n’est pas sans rappeler des scènes identiques de Li Tang.

# Li Song  ( actif 1160-1240 ) membre de l’Académie de 1190 à 1230. Apprenti charpentier crayonnant dans le sable, il fut remarqué puis adopté par un peintre. Artiste des fleurs, il remet au goût du jour la peinture à dessin fortement délimité.

# Su Han Zhan  ( Sou Han Tchen ) ( actif 1101-1162 ). Membre de l’Académie sous Hui Zong, tenu en grande faveur par Koa Tong, il sera toujours là au début du règne de Hsiao Tong. Peintres des jeunes femmes et des enfants, il est connu de nous par ‘’Enfants dans un Jardin d’Automne’’ et ‘’Femme devant sa Coiffeuse sur une Terrasse de Jardin au Printemps’’.

L’Académie impériale/ Paysages

‘’L’académicien’’ Li Tang fut le dernier grand paysagiste des Song du Nord avant de terminer sa carrière à Hang Tchéou. Là, il eut des successeurs fameux : 

# Ma Yuan  (1150-1230 ) propose des paysage plus intimiste que son grand aîné. Il revient à un champ de vision réduit comme dans ''Dialogue avec le Vent'', en conservant la composition asymétrique. Lui aussi privilégie le vide. ceci est interprété comme la mélancolie due à la perte du pays natal. Ses arbres sont traités avec la ride en ‘’ceinture plissée’’. Il conserve la ride ‘’coup de hache’’ pour les rochers. L’image est très lisible et d’une perfection formelle indiscutable ; l’harmonie d’ensemble est évidente et le climat de rêverie créé semble proche des spleens distillés par nos poètes romantiques. Rien de pareil hors de l’Extrême Orient ne dit autant avec aussi peu de moyens. En Asie même , la sensibilité japonaise a été touchée par une telle concision dans le dessin. Toutefois, il y a quelque chose de factice, de trop professionnel dans ces œuvres où la méthode et le métier ont plus de place que le cœur ou l’élan spontané. C’est la faiblesse de tout académisme. Il en sera de même pour Xia Gui.

# Xia Gui  ( Hia Kouei, Hsia Kuai ) ( actif 1200-1230 ) fut l’une des plus brillantes figures de l’Académie sous Ning Tsong ( 1195-1224 ). Paysagiste fameux, il reçu la ceinture d’or. Son utilisation du lavis d’encre est incomparable.. Ses œuvres – souvent des scènes rustiques - sont de vraies symphonies en noir et blanc. Sur fond délavé de brume, apparaissent des rochers, des ponts de bambous, des pins tordus, des falaises exécutés avec une grande densité de ligne. Beaucoup de cascades pour exprimer la source, la pureté originelle. Une lumière froide évoquant les matins de brume et de gel, la neige et les frimas est identique d’une œuvre à l’autre. Ces éléments se retrouvent dans un grand rouleau ''Vue lointaine des Courants et des Collines''.

‘’ L’écriture picturale’’ est nerveuse et anguleuse. «  D’autres artistes s’emparent d’angles pour en faire des formes rondes, mais ( Xia Gui ) taille la ronde bosse à coups de ciseau pour la rendre angulaire » dira de lui Tong Kitchang peintre de l’époque Ming.

# Ma Lin  ( 1190-1260 ) fils de MaYuan dont il va suivre de près la tradition. Ce père qui signa vraisemblablement les œuvres les plus réussies de son fils ! Ma Lin saura rendre avec beaucoup de force et de justesse la petitesse de la vie animale dans la nature comme dans ‘’Hirondelles prenant leur Essor au-dessus de la Baie’’ dans laquelle quatre hirondelles en bas de la composition et trois cimes en haut à gauche surgissent des brumes infinies. Il semble marqué par la pensée Tch’an.

 

Les innovations les plus importantes de la période Song du Sud viendront en dehors de l’Académie, de la pensée bouddhiste Tch’an.

 

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Les peintures Chan et Zen

 

Le mot Chan est une altération de chan na qui vient du sanscrit dhyana, méditation contemplative, recherche de l’éveil subit, qui remonte donc au Bouddha historique.

Le Chan est une approche typiquement chinoise du bouddhisme. Il est très éloigné des formes conventionnelles de ce mode de pensée. C’est une approche non idéalisée, parfois irrévérencieuse qui prône le mépris des écritures, de la connaissance livresque, la valorisation du geste et de l’expérience vécue. Il faut vivre selon sa nature.

C’est le vingt huitième patriarche, Bodhidarma qui introduisit ce type de bouddhisme en Chine vers 520 sous la dynastie Liang. Il est considéré comme le premier patriarche de la lignée chinoise. Son entrevue avec l’empereur attendant des compliments puis son départ brutal vers le nord pour une longue méditation face au mur d’un monastère shaolin sont restés célèbres.

Mais il faut attendre le VII ème siècle pour voir une large diffusion du Chan, grâce à sa transmission orale, sous l’impulsion du patriarche Hong ren ( 620-674 ). Après sa mort, la scission est inévitable en Chan du nord avec Shen Xiu où l’on recherche l’illumination graduelle et en Chan du sud avec Hui neng – qui a reçu la transmission de Hong ren - prônant l’éveil subit. Ces deux branches trouveront leurs expressions picturales dans les deux écoles de peintures, celle du mort plus académique, officielle, celle du sud avec le monochrome et la spontanéité de l’expressivité du trait.

Au IX ème siècle, l’approche de l’Absolu se renforce. Lin Ji ne demande-t-il pas de ‘’tuer’’ le Bouddha ! De se détacher ( tuer ) de tous les liens sociaux. Il utilise le bâton avec ses disciples. Une seconde branche du Chan avec Cao Dong préconise une approche par la méditation assisse

La peinture des moines

L’approche Chan est sensible dès les Tang avec Wang Wei et les Cinq Dynasties avec Guang Xiu.

Mais le spontané ou yi p’in n’apparaît qu’au X ème siècle avec Shih Qo ( Che Ko ) (actif vers 950 970 ), peintre anticonformiste et son œuvre ‘’les Deux Esprits’’ figurant un patriarche au repos accoudé sur un tigre couché.

C’est cependant sous les Song du sud que le développement de cette technique sera important, à la Cour avec :

# Ma Lin peintre des grands espaces vides, il représente les deux ermites ‘’ Han Shan et Shih Te’’ , mais aussi  ''les Vagues et la Lune'' dans une œuvre célèbre.

# Liang Kai ( 1140 1210 ), de son vrai nom Feng-tzu, académicien comblé qui reçu la ceinture d’or mais ne la porta jamais, non conformiste, se qualifiant lui-même d’aliéné, il deviendra moine. Son œuvre passe d’un ‘’Sakyamuni sortant des montagnes’’ à ‘’l’Immortel’’ ou encore ‘’Li Pô’’ où seul figure un rappel des paysages de montagnes mais aussi au ‘’Sixième patriarche coupant des bambous’’ ou encore au ‘’Sixième patriarche déchirant des sutras...

mais surtout dans les monastères avec :

# Yu Jian (Kiu Jan ? ) (910-980 ) moine aux paysages d’expression minimaliste.

# MuQi ( Mou K’i ) ( 1200-1260 ) moine chan sous le nom de Fa Ch’ang, fut l’élève des moines zen japonais Sogen et Benen. Son œuvre est foisonnante. Citons ‘’Lao Tseu’’ représenté car le Tao c’est l’Eveil, le triptyque ‘’ Guenon et son petit/Gua Nin/ Grue’’ c’est-à –dire ‘‘folie humaine de la connaissance intellectuelle/Compassion suprême/ aspiration à l’immortalité’’  de très nombreux ‘’Tigres’’  ( le matériel ) et ‘’Dragons’’ ( le spirituel ), un ‘’Religieux Chan en méditation’’ en lacé par un serpent ( le monde extérieur ), les ‘’Six Kakis’’ d’une très grandes sobriété mais d’une grande force d’expression par les différences présentées, ‘’Bergamote et lotus’’,’’Pie Grièche sur un Tronc de Pin’’

# Ying Yu Ch’ien un autre moine, mystérieux quant à sa vie  est l’auteur des célèbres ‘’Huit Vues sur la Région du Siao et du Siang’’ parmi lesquelles ‘’Soir sur un Village de Pêcheurs’’... paysages comme inachevés, figurés par quelques taches d’encre obtenues par le maniement brutal de la brosse sur de grands fonds monochromes qui n’appartiennent plus au monde de la nature mais sont des visions symboliques surgies d’un esprit mystique en communion avec l’essentiel. Elles atteignent une abstraction rarement atteinte.

Liang Kai et Mu Qi sont souvent considérés comme les deux plus grands peintres chinois. Le premier, grand peintre était venu au Chan, le second, mystique était venu à la peinture. Tous deux ont montré l’alliance parfaite de la main et de l’esprit. A leur propos n’a plus de sens la querelle lettré – peintre professionnel. L’esprit vivifie le travail du pinceau et le pinceau révèle la valeur de l’être qui se manifeste tout spécialement dans la qualité de l’encre, la résonance de l’encre. L’habileté du trait peut être copiée, pas la qualité de l’encre dans laquelle transparaissent la sincérité, la pureté d’intention et la vitalité créatrice.

Outre ces grands artistes, des profanes sont à citer :

# Zou Fu Lei célèbre pour ses représentations de l’univers à travers des branches de pruniers en fleurs, branches Yin, fleurs Yang...

# Chen Rong ( Tchen Yong ) ( actif entre 1235 et 1258 ) brillant administrateur, poète de bon renom, est le plus grand spécialiste des dragons de l’histoire de la peinture chinoise. Dans son chef d’œuvre ‘’Neuf Dragons dans les Nuages et les Vagues’’, il utilise toutes les ressources de l’encre. Selon ses contemporains, lorsqu’il était ivre, il saisissait son bonnet, le trempait dans l’encre et barbouillait furieusement le papier en hurlant. Il finissait les détails au pinceau.

De la Chine au Japon : du Chan au Zen

C’est au XIII ème siècle, à l’ère Kamakura, que des moines japonais s’intéressèrent au bouddhisme chinois. Dogen parti en Chine en 1223est celui qui assura la diffusion du chan devenu zen par la langue à son retour en 1227 dans son monastère du Kennin-ji de Kyoto où il composa en japonais  le ‘’Fukanzazengi’’ ( Recommandations générale pour la pratique de zazen ) contrairement à la tradition qui voulait que les textes religieux soient rédigés en chinois.

Parallèlement va se développer l’usage de l’encre monochrome dans la peinture ainsi que la traduction picturale des thèmes chinois conventionnels.

XIV ème siècle

# Mokuan Reien ( actif 1323 1345 ) Moine zen, il est l’un des premiers peintres japonais à l’encre.  Il partit en 1333 pour la Chine où il resta jusqu’à sa mort.‘’les Deux Ermites avec tigre’’

# Kao , Moine zen, il est l’un des premiers peintres japonais à l’encre. ‘’ Prêtre pêchant des crevettes’’

# Josetsu ( actif entre 1394 et 1427 ) Son talent lui attira la faveur du Shôgun Yoshimitsu. Il fut le maître de peinture de Sesshû. ‘’Attraper un Poisson chat avec une Gourde’’

# Yoshimitsu , ancien shôgun, ‘’le Poète chinois Su Dong Po sur un âne’'.

XV ème siècle

# Sesshû Tôyô ( 1420 1506 ) Considéré comme le plus grand des peintres à l’encre japonais. Il fit un voyage en Chine en 1468 1469 plus pour parfaire sa technique du pinceau que pour approfondir le zen, mais ne devint pas adepte de la peinture Ming perdue dans le maniérisme. Il créa alors son style, un  langage japonais de la peinture. de lourds tracés d’encre noire parfois mis en valeur par un lavis fluide très légèrement ocre ou rose – seule concession à la couleur – et l’univers de Sesshû se construit sans courbe, sans reprise, ardent presque brutal, bien conforme à l’esprit zen, même si ce peintre fut plus artiste que moine ! Utilisateur de la ride de la grande hache, ‘’l’Hiver’’, très nombreux paysages...

XVI ème siècle

# Sô-ami ( actif vers 1500 1520 ) Il fut conservateur des instruments impériaux de la cérémonie du thé. Peintre de paysages

# Tohaku Hasagawa influencé par le style de Sesshû, il est fameux pour ses singes symbole de l’ironie. Le style de ces figures est chargé, suivant la mode du temps. Un paravent décoré d’un bois de Pins montre cependant une facture plus conforme à la spontanéité.

XVII ème siècle

# Niten ( Miyamoto Musashi ) ( 1584 1645 ) Ancien samouraï, maître du sabre.( voir le roman ’’La Pierre et le Sabre’’ de Eiji Yoshikawa  - J’ai Lu 5195 ) Connu pour ‘’Ermite regardant un Combat de Coqs’’, ‘’Martin pêcheur sur un Roseau’’, ‘’Daruma’’ ( Bodhidarma ). Dans ces œuvres sobres, d’un lavis estompé, se trouve restituée la fixité du moment indéfini. Il fut aussi sculpteur.

XVIII ème siècle

# Hakuin Ekaku ( 1685 1769 ), calligraphe célèbre, proche de l’abstraction. C’est le moine zen le plus important des cinq cent dernières années. Il a introduit de nombreux nouveaux thèmes dans la peinture zen fondés sur son expérience et la vie quotidienne. Sa première période de peintre date de sa soixantaine !

#Jiun Sonja, ( 1718 1804 ) savant bouddhique, calligraphe au trait dru et massif, usant du blanc volant. La majeur partie de sa production artistique date de la fin de sa vie, comme '‘Daruma’’

XIX ème et XX ème siècles

# Sengai Gibon ( 1750 1838 ) connu pour son œuvre ‘’ Cercle, Triangle et Carré’’ dont de nombreuses interprétations ont été et sont toujours données !!!

#Natenbô Toju ( 1839 1925 ) enseignant stricte, adepte du bâton auquel il doit son nom, il fut un peintre prolifique au trait énergique. ‘’ le Bâton de Nanten’’ ou encore ''Empreinte de Main'' oeuvre de sa soixante douzième année..

 

Ces artistes ont très fortement influencé l’Occident.

 

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Le paysage sous les Yuan et les Ming

 

Durant le dernier quart du XIII ème siècle, la Chine est envahie par les Mongols qui créent la dynastie Yuan qui durera de 1279 à 1368.

A cette date, les Chinois reprennent le pouvoir. C’est la dynastie Ming qui durera de 1368 à 1644.

Dynastie Yuan

Les peintres professionnels et les lettrés sont dans l’ensemble hostiles à l’envahisseur qui a supprimé l’Académie. Toutefois certains vont rester peintres de le Cour et collaborer avec le nouveau pouvoir.

Les artistes dissidents – loyalistes ! -partent loin de la capitale et vont exprimer dans leurs œuvres la nostalgie de l’art antérieur et vont soit adopter un style archaïque, soit se libérant des entraves conventionnelles créer leur propre mode d’expression dans une peinture individualiste.

Les Loyalistes

# Zhao Meng jian ( 1199 1267 ) membre de la famille impériale Song. Il développe le thème de l’hiver comme symbole de la résistance à l’occupation. Dans son œuvre exemplaire, ‘’les Trois Amis de la Saison Froide’’, il mêle le pin, le bambou et la fleur de prunier, symboles de la Chine ancienne.

# Wang Mian centre également son travail sur l’hiver : ‘’ Fleurs de Prunier en Hiver’’

# Qian Xuan ( Ts’ien Siuan ) ( 1235 1300 ) partage son temps entre la poésie, la peinture et la boisson. I revient aux personnages anciens, aux animaux, aux insectes et aux fleurs. ‘’Melons d’automne’’, ‘’En Automne au Bord de l’Etang’’. Son art est fortement teinté d’archaïsme. Il réutilise la manière bleu vert et revient à une peinture sans profondeur fondée seulement sur la recherche esthétique.

Les Collaborateurs

# Zhao Meng Fu ( Tchao Mong Fou )( 1254 1322 ) membre de la famille impériale Song, il a entraîner une vingtaine d’autres artistes à la Cour mongole. Il s’est considéré sa vie durant comme ‘’reclus’’ à la Cour, ce qui a influer sur les choix de ses thèmes. Son ‘’ Cavalier et Cheval dans la Tempête’’, traité dans la manière de Han Kan montre un groupe face à l’adversité. A côté de cela, il renouvelle l’art du paysage. Dans ‘’ Couleurs d’Automne sur les Monts … ‘’ les maisons du fond de l’œuvre sont plus grandes que celles du premier plan, les montagnes sont très foncées, toutes choses en opposition avec l’art antérieur. Toutefois, dans la peinture à l’encre monochrome, il utilise beaucoup le sec et reprend la tradition de l’espace et du dépouillement.

# Guan Dao sheng, femme de Zhao Meng Fu est connues comme peintre de bambous

# Zhao Yong, fils du couple précédent a surtout laissé des chevaux

# Gao Kegong ( Kao Ko Kong )( 1248 1310 ) héritier de Mi Fu, est resté très marqué par les écoles du sud, ce qui se ressent dans ses ‘’Couleurs automnales dans les Montagnes’’. Cependant, il met en œuvre des jeux de symétrie et de répétitions qui lui sont propres.

# Sheng Mao, élève de Zhao Meng Fu, reprend la manière bleu vert et la composition ‘’Song’’ de l’école du nord, la nature traitée en plans successifs, dans le style des peintres professionnels d’alors.

Les Quatre Grands

Au cours de cette dynastie Yuan, quatre artistes se distinguent nettement :

# Wu Zhen ( Wu Chen, Wou Tchen, ‘’ le taoïste de la fleur de prunier’’ ) ( 1280 1354 ) peintre de la tendance lettré d’origine simple. Il vit hors de la Cour mais est le voisin géographique de Sheng Mao. Il utilise l’encre monochrome sur un thème récurrent : ‘’le Pêcheur Solitaire’’ qui symbolise la solitude des lettrés loin de la Cour. Un autre de ses thèmes de prédilection est le bambou : ‘’Bambou et Rocher’’ d’une grande sobriété, ‘’ Bambou battu par le Vent’’... plantes d’une facture très personnelle.

# Huang Gong Wang ( Lu Chien, Houang Kong Wang, I-feng, Tzu Chin, Ta Tche ‘’ le grand hébété’’,  ) ( 1269 1354 ) paysagiste du Sud, il pratique la peinture ‘’sur place’’. Ainsi : ‘’Habiter dans les Monts Fou Tchouen’’, très long rouleau horizontal dont il a tracé les grandes lignes sur place puis a réalisé les finitions chez lui pendant ... plusieurs années ! C’est une œuvre représentative de l’art lettré, monochrome et dépouillée.

# Ni Zan ( Ni Tsan ) ( 1301 1374 ) développe le dépouillement à l’extrême. Issu d’une riche famille du Sud, gentilhomme excentrique, d’un caractère très réservé, après une série de catastrophes naturelles dans sa province, il vend tout son bien et devient errant. ‘’ Vue des Montagnes depuis le Bord de la Rivière’’ est une composition originale, nouvelle, en deux parties séparées par une étendue d’eau. Dans ‘’ Studio du Champignon Pourpre’’, chaque partie peut être un tableau à elle seule. Dans ‘’ Lointain Cours d’Eau et Pin froid’’,  aucun être humain ne figure, le rapprochement du sujet casse tout dynamisme mais pousse à la méditation. Ses paysages sont faits d’à peu près rien : une rive, quelques arbres, une hutte ( vide ) une étendue d’eau, au fond quelques collines tracés d’une encre égale et sèche, sans souci de l’espace, de l’esprit du moment, des règles classiques de la composition. « Ma peinture est un ensemble de quelques traits de pinceau qui expriment les pensées spontanées de mon esprit, pour m’amuser, jamais pour atteindre une ressemblance. » A quelqu’un qui lui fait remarquer que ses bambous ressemblent plutôt à du chanvre ou à des roseaux, il répond simplement : «  Ah ! qu’il est difficile de parvenir à un manque total de ressemblance. »

# Wang Meng ( Wang Mong )( 1308 1385 ) petit fils de Zhao Meng Fu, poète des forces secrètes de la nature. Son style est opposé à celui de Ni Zan. Sa composition est surabondante, convulsive, parfois surréaliste, toujours chargées, colorées. Les lignes y sont zigzagantes et dynamique : ‘’Habitation dans la Forêt de Chu Chu’’, ‘’ Hutte de Chaume dans les Montagnes de l’Est’’, ‘’Chaumière au cœur de la Montagne en Automne’’ ou encore ''Ermite dans les Montagnes de Ching Pien''... les arrière-plans sont marqués. Il est à la charnière des styles Yuan et Ming. Il est mort en prison du fait d’une amitié trop marquée pour un ministre rebelle.

La dynastie Ming

L’avènement des Ming donne le signal de la répression, avec une prise de distance de certains artistes et une forte incidence sur leur style.

# Fang Cong Yi moine tao inspiré par la peinture de Mi ( Mi Fu et Mi Youren ), mais dans ‘’Pavillon en hauteur’’, utilisation plus audacieuse de l’encre les formes du paysage deviennent ‘’informelles’’( !!! ), la tendance à l’abstraction est forte.

L’Académie est restaurée et la famille impériale privilégie le style Song en Gong Bi ( tracé des contours et colorisation des zones créées)

#Pien Wen Chin ( Pien Wen Tsin ) ( actif 1413 1435 ) peintre d’oiseaux très raffiné.

# Mü Chi peintre d’oiseaux, connu pour ses ‘’Faisans dans la Neige’’, ses paysages rappelelnt ceux des Song du Sud.

# Guo Chun ‘’ Lettré se reposant dans les Montagnes’’ rappelle par sa finesse de détails les œuvres de Ma Yuan

# Wang E... développe une peinture savante, de composition dissymétrique dans le style Song du Sud inauguré par Ma Yuan : ‘’Traversant un Pont pour rendre Visite à un Ami’'

Hors de la Cour

Deux écoles rassemblent les talents hors de la Cour, celle des professionnels ( école de Zhe ( Tchö) ) et celle des lettrés, méridionale, ( école de Wu ).

Ecole de Zhe

# Dai Jing ( Tai Tsin )( 1388 1462 ) évincé de la Cour, il se réfugie dans le sud du pays. Il allie la précision du détail et l’usage de la ligne zigzagante à une composition en trois plans avec brumes dans le plus pur style Song : ‘’Retour retardé après Excursion printanière’’ ou ''Retour des Pêcheurs''; dans ‘’Voyageur sur un Pont’’ la composition devient asymétrique diagonale ; ‘’Retour du Bateau dans le Vent et la Pluie’’, il va jusqu’à figurer la pluie, souci du détail oblige. Son ‘’Printemps dans la Montagne’’ est une œuvre plus spontanée.

# Wu Wei ( Wou Wei) ( 1459 1508 ) auteur de ‘’ Montagnes enneigées’’, approche la simplicité des œuvres chan dans son ‘’Moine au Repos’’. Son intempérance le fit un temps renvoyer de la Cour. Revenu en grâce, sa vie fut alors une succession de fuites et de rappels par l’empereur. Lors d’une de ses fugues, il tomba ivre mort !

# Tu Chin  ( actif 1465 1505 ) Reçu aux examens officiels, il préfère s’adonner à la poésie, la calligraphie et la peinture. Dans ses personnages et l’architecture il recherche l’exactitude. Pour les drapés, il revient au bai-miao ( voir p 7 ) mais dans ses paysages il développe un style plus libre au pinceau fluide. Sa peinture dérive du style académique des Song fondu avec l’emploi du pinceau des artistes Yuan créant ainsi un mode près personnel.

Ecole de Wu

# Zhen Zhou ( Chen Tcheou, Chen Chou ) ( 1427 1509 ) descendant d’une famille de lettrés, très marqué par les Quatre Grands des Yuan. Adepte des trois plans plus brumes. ‘’ Se promenant Seul avec un Bâton’’, œuvre monochrome d’un grand dépouillement qui rappelle Ni Zan, mais de composition monumentale. Il est la figure dominante de l’école de Wu. Très apprécié, il préféra vivre retiré à la campagne se consacrant à la poésie, à la calligraphie, à la contemplation de ses collections archéologiques et surtout à la peinture.

# Wen Zheng ming ( Wen Tchen Ming ) ( 1470 1559 ) formé à la peinture par Zhen Zhou, il est, lui, très marqué par Wang Wei. ‘’ En écoutant le Chant des Pins’’, montre des montagnes jusqu’en haut du rouleau, en zig zag, d’une encre très sèche à la Zhao Meng Fu ; ‘’Vieux Arbres près d’une... ‘’ est structuré par deux verticales, la cascades et les pins. ''Trois Arbres en Hiver'' est d'une grande simplicité.

# Zhou Chen ( Tcheou Tchen )( 1472 1535 ) peintre professionnel malgré son appartenance à l’école Wu ! Il remet à l’honneur le style de Li Tang mais garde présente la manière des Ma. Son exécution est très soignée, les détails sont fouillés avec un soin extrème. Il recherche souvent les contrastes très marqués entre zones d’ombre et de lumière comme dans ''Rêver d'Immortalité dans son Pavillon''.

# Tang Yin ( Tang Baihu, Tzu Wei, Po-hu, Liu ju ) ( 1470 1532 ) Poète, calligraphe et peintre, il fut élève de Zhou Chen. ‘’Pins murmurant sur un Sentier de Montagne’’ marque une reprise du style Song du Nord. En lavis, ‘’A la Cueillette des Lotus’’ est une œuvre remarquable comme '' Deux Amis au Bord de l'Eau''. Dans certaines de ses œuvres, il utilise la technique du pointillé.

# Qin Ying ( Chiu Ying, Chu Ying ) ( 1494 1552 )autre élève de Zhou Chen, il reprend la manière bleu vert ‘’ Ermite pêchant dans la Vallée de Lotus’’, ‘’Attente du Bac en Automne’’ ou ''Au Pied des Montagnes''. Il excelle également dans la représentation de scènes de la vie quotidienne à la Cour : ''Matin de Printemps au Palais des Han''.

# Lou Tche, pur lettré, ‘’Etudier le Livre de …’’

# Dong Qichang ( Tong Ki tchang, Tung Chi Chang ) ( 1555 1636 ) très grand paysagiste, fervent bouddhiste de la secte Chan . Il s’inspire de Ni Zan et de sa composition en deux parties, mais aussi des Song du Sud. Il a écrit un ouvrage sur l’opposition des écoles du Nord et du Sud et la relation au Chan dans ces deux régions. Son habileté de calligraphe lui donne maîtrise et liberté totales du pinceau.

  ***

 

Individualistes et Excentriques

de la fin de Ming à la fin des Qing

 

Seules quelques figures originales ont de la fin du XVI ème siècle à l’orée du XX ème siècle marqué la peinture chinoise prise dans les conventions et la répétition.

Au XVI ème siècle

# Chen Chun ( 1483 1544 ) élève de Wen Zheng ming, utilise l’encre monochrome mouillée à la manière de Mi Fu, le dépouillement est extrême, seules les lignes essentielles restent même dans ses représentations de fleurs.

# Xu Wei ( Siu Wei )( 1521 1593 ) originaire du Sud. Calligraphe, poète d’influence bouddhiste, possède un goût prononcé pour la boisson. Il devient fou après le suicide de son protecteur. Une autre origine de sa folie est parfois cherchée dans le meurtre de sa seconde épouse après une querelle et de l’incarcération qui s’en suivit... Peu apprécié de ses contemporains, il eut toujours une vie difficile. C’est un maître du monochrome, il se sert d’un pinceau dégradant l’encre dans ses poils, à larges traits. Il tire aussi profit du blanc volant. Ses œuvres supportent souvent des colophons tristes ou révoltés. Nombreux Bambous et Raisins. Ses ‘’ Trois Amis de la Saison froide’’ rassemblent ses thèmes de prédilection. «  L’ordre existe dans le désordre, le chaos ne donne pas l’impression du chaos. »

Au XVIIème siècle

L’avènement des Qing en 1644 marque les début d’une nouvelle invasion mandchoue. Pour les peintres nés entre 1610 et 1640 s’ouvre une nouvelle ère de résistance, dans la tradition des périodes antérieures !

Quatre figures ressortent tout particulièrement autour de 1650, celles des Quatre Moines peintres :

# Hong Ren ( Hong Tse, Fang I Tche ) ( 1610 1664 ) Originaire de Anhui ( les Montagnes Jaunes ), il y vit en ermite. Dans ses œuvres, il affiche un parti pris de dépouillement. Il utilise l’encre et parfois des réhauts d’un bleu léger. Il tend à la stylisation des formes, leur purification. Ses montagnes sont ‘’géométriques’’, dans le style de Ni Zan. Ses pavillons inhabités afin de marquer la solitude. devant ‘’ Falaises plantées de Pins et Source Claire’’, on ressent la force du mouvement vertical alors que dans ‘’Venue de l’Automne’’ ce sont les rythmes verticaux.

# Kun Can ( Kouen Tsan, Che Ki ) ( 1612 1673 ) était moine chan avant la chute des Ming. Il vit aux environs de Nankin. Lors de l’invasion mandchoue, il était du côté des résistants. Après la défaite, il doit donc s’enfuir. Il se réfugie dans les montagnes jusqu’à la fin de sa vie. Dans ‘’Origine des Immortels’’, traité dans le style Yuan, tout en bas de l’œuvre, un pêcheur figure la solitude. Il utilise des rides complexes, ainsi dans le ‘’Temple de Pao-Ngen’’. Il propose un monde de visionnaire où les forces organiques de la nature bouillonnent sous formes de rochers, de gorges profondes, de cascades ou de falaises qui se dressent jusqu’au ciel.

# Chu Ta ( Ba Da Shanren , Pa Ta Chan Jen,Tchou Ta ) ( 1626 1705 ) est issu d’une famille apparentée aux Ming. A l’avènement des Qing il a dix huit ans. Son père et son grand-père, illustres calligraphes, disparaissent dans les troubles. Il perd – ou feint de perdre – la raison et se réfugie dans une communauté bouddhiste et devient moine. Son goût immodéré pour la boisson est légendaire. Il prend tour à tour une multitude de surnoms pour choisit à soixante ans celui de Ba Da Shanren ( Hôte des Grandes Montagnes ). Les idéogrammes de sa signature peuvent se lire soit rire soit pleurer. Toute l’ambiguïté du personnage affleure ici. Il introduit le hasard dans la réalisation de ses œuvres afin d’ajouter encore plus de spontanéité. Ainsi, il tache le papier avec une lourde brosse puis ‘’habille’’ les taches dans lesquelles il puise son inspiration. Dans ses figurations d’animaux, toujours en équilibre précaire – ‘’le Martin Pêcheur’’ -  il introduit des regards humanisés. Dans ses végétaux et minéraux le déséquilibre – instabilité, danger - est aussi recherché comme dans ‘’ Bambou sous un rocher’’. Sa composition ne respecte pas les équilibres convenus même dans ses paysages. Ainsi aussi dans ‘’Canard et Poisson’’ , le poisson est au-dessus du canard, comme fixé dans une vue plongeante, irréaliste, traduction de son état d’esprit. Sa propension à l’abstraction est très perceptible dans ‘’Fleurs de Magnolia’’, ‘’Souche et fleurs de prunier’’, ‘’Pommier et Rochers’’. Dans ‘’Fleurs et Epines’’, issues d’une même souche, ce n’est pas la recherche de la réalité formelle qui préside mais celle de la beauté formelle. Cette tendance se retrouve dans ‘’Cigales et Feuilles d’Eau’’, ‘’Sauterelles’’ et ‘’Poisson chat’’. C’est un artiste très prolifique qui regarde même ''Sous sa Fenêtre'' !

# Shitao ( Yuan Ji, Tao Tsi, Dao Ji ) ( 1642 1707 ) issu d’une famille liée aux Ming, lors du massacre de sa famille, il échappe à la mort grâce à la présence d’esprit d’un serviteur qui le cache, enfant, dans un monastère. Théoricien célèbre de la peinture sous la signature du moine Citrouille Amère ou dans ‘’l’Unique Trait de Pinceau’’. Il déclare que la meilleur méthode en peinture est de … ne pas avoir de méthode et de faire passer son expérience personnelle avant la copie des modèles célèbres. « Les barbes et les sourcils des vieux maîtres ne peuvent pousser sur mon visage ; ni leurs poumons, ni leurs entrailles – leurs pensées et leurs sentiments – ne se sont transplantés dans mon estomac – esprit-». Lui aussi retravaille des taches : ‘’Aubergines’’, ‘’Radis’’, ‘’Pois’’, ‘’Orchidées’’, ''Lotus'', ''Bambou et Prunier'', ''Fleurs et Rochers''... ‘’Poissons’’ ou ''Pêcheur''. Il est également célèbre pour ses paysages variés comme ‘’Cascades du Mont Lü’’, ‘’Homme dans une Maison sous une Falaise’’. Il montre une forte volonté de transformer la réalité, de rechercher l’essence des choses en évoquant l’emprise carcérale de la réalité.

Autres individualistes

# Mei Qing ( 1623 1697 ) ami de Shitao, il développe une conception très originale du paysage.

# Chen Hong Shou peintre de personnages, il reprend le style archaïque avec les drapés dans le genre de  Gu Kai Zhi ( voir page 10 )

# Gong Xian ( Kong Hien, Kung Hsieu ) ( 1619 1689 ) très inspiré par les paysages des Mi, il produit des œuvres très sombres, dramatiques, mélancoliques, mystérieuses. Ses œuvres sont nombreuses. Malgré cela, à sa mort, sa famille ne trouvera pas chez lui assez d’argent pour payer ses funérailles.

Peintres de la Cour

# Wang Hui ( Wang Houei ) ( 1632 1717 ) reste d’inspiration très Song. Il copia fidèlement de nombreuses œuvres anciennes qu’il sauva ainsi de la disparition. Ses propres œuvres comme ‘’Paysage d’Automne’’ et ‘’Paysage d’Hiver’’ sont empreintes de mélancolie.

# Wu Li ( Wou Li ) ( 1632 1718 ) ami de Wang Hui. Vers 1680 il se convertit au christianisme. En 1688 il est ordonné prêtre sous le nom de Simon Xavier Acunha . Il réalise des approches originales du paysage, d’aspect grandiose. sa conversion l’a peu éloigné des sources d’inspiration du taoïsme.

# Yun Shou ping ( Yun Tcheou Ping ) ( 1633 1690 ) peintre de fleurs adepte du mo-gu, la technique sans os. Avec l’âge sa technique deviendra spontanée.

Au XVIII ème siècle

Sous les Qing, dans la province de Yangzhou, fleurissent des peintres aux caractères et à l’expression très libres. On les connaît sous le nom des Huit Excentriques de Yang Zhou :

# Li Shan ( 1686 1762 ) connu dans le cercle des peintres dès l’âge de seize ans. Son style est marqué par les œuvres de Xu Wei et de Shitao. Il utilise des couleurs légères et la technique de l’encre projetée. ‘’ Tournesol et Pin en Automne’’, Orchidée et Rocher’’., ''Bananiers et Bambous''.

# Li Fang ying ( 1695 1755 ) en bons termes avec Jin Nong et Zhen Xie. Dans sa première période, il s’est concentré sur les pruniers en fleurs. Avec l’âge son spectre s’est élargi : ‘’Poisson’’, ‘’Bambous dans le Vent’’

# Jin Hong ( Jin Nong, King Nong, Sinong,  ) ( 1687 1764 ) spécialiste de personnages. Il se mit à peindre après la cinquantaine. La naïveté apparente de ses peintures à l’encre sèche cache une puissante originalité, un souci d’expression dépouillée de tout artifice et libérée des règles habituelles : ''Bambous'', ''Fleurs et Saule'' ... Il a créé un style unique de calligraphie, dite ‘’du laqueur’’. Il était aussi prisé pour sa poésie que pour sa peinture.

# Gao Xiang ( 1688 1753 ) reconnu pour ses paysages. Il admirait Shitao.

# Luo Pin (  1733 1799 ) élève de Jin Hong, il est le plus jeune des huit excentriques mais a beaucoup de connaissances et un style pictural unique. Il refuse de servir les Qing et vit pauvrement de la seule vente de ses œuvres.

# Zheng Xie ( Zheng Banqiao ) ( 1693 1765 ) lettré de haut niveau. Il est cassé de l’administration pour s’être trop intéresser au peuple. Il vit alors en vendant ses œuvres. C’est un grand spécialiste des bambous : « Pour ma part, lorsque je peins des bambous, je ne porte pas en moi le bambou achevé", "Les bambous que je porte en moi ne sont ni ceux que perçoit mon regard [...] ni ceux que trace ma main. ». Sur l’une de ses peintures de bambou, il a écrit : « Tenir fermement la montagne verte, s’enraciner dans les précipices, pousser plus vigoureusement après les tribulations et se moquer de l’attaque du vent soufflant dans toutes les directions. » Poète et calligraphe, il crée un nouveau style de calligraphie en combinant les quatre styles existants.

# Huang Shen ( 1687 1768 ) issu d’un milieu pauvre, il apprend la calligraphie dans les style cursif de Huai Su. Sa peinture s’en trouve marquée

# Wang Shi Shen ( 1685 1759 ) issu d’une famille pauvre, il subsiste en vendant des peintures tout en conduisant son propre travail de création. Très habile dans la représentation des pruniers en fleurs.

A ce groupe, d’autres artiste sont parfois rattachés :

# Gao Qipei peignait avec son ongle taillé en pointe.

# Gao Feng han

# Bian Shou min

# Min Zhen

# Hua Yan ( 1682 1765 ) au style très épuré, considéré par certains comme le plus habile du groupe.  

 

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Les Premiers Contacts avec les Occidentaux
Du Moyen-Âge au XVIII ème siècle

 

La Route de la Soie atteste de contacts Chine Occident déjà sous l’Empire Romain et sans doute même antérieurement.

Après les invasions ‘’barbares’’, les échanges sont rompus jusqu’au XIII ème siècle où débute la période des Missions.

Plan Carpin est le premier religieux envoyé en Chine en 1247. En 1253, Saint Louis envoie le franciscain Rubrouek. Ces déplacement sont de courte durée. Il faut attendre 1293 avec le franciscain Jean de Montcorvin pour avoir un échange dans la durée, ce moine restera en Chine jusqu’à sa mort en 1328. Sous les Han, il organisera la première église chrétienne de Chine. Ensuite, il faudra attendre les jésuites...

Marco Polo ( 1254 1323 ), avec son père et son oncle est en Chine en 1271. Il y reste plusieurs années, à la Cour impériale des Yuan. Dans ses mémoires, au plan artistique il n’évoque que la peinture murale des palais.

Figuration de motifs chinois dans des œuvres occidentales

Au XIV ème siècle

Les motifs des soieries et des porcelaines importées vont influer sur l’Occident. Ainsi le motif du phénix que l’on retrouve sur un coffret byzantin, sur des tissus italiens.

Au XV ème siècle

Plus tard, avec l’installation des portugais à Goa puis Macao et des anglais aux Indes, les porcelaines, laques et peintures arrivent régulièrement en Europe.

Jérôme Bosch (1450 1516 ) dans le panneau de gauche de son triptyque  du ‘’Jardin des Délices’’ propose un bâtiment très proche d’une pagode chinoise.

Andréa Mantegna ( 1431 1506 ) introduit une porcelaine de Chine dans une de ses natures mortes.

Bellini ( 1426 1516 ) dresse la table de son ‘’Festin des Dieux’’ avec des porcelaines à motifs bleus chinois.

Au XVI ème siècle

Des musées princiers se constituent comme celui de Ferdinand II de Tyrol que Montaigne ( 1533 1592 ) a visité.

Lucas de Leyde ( 1494 1533 ) représente un phénix dans la boule de feu tombant sur Sodome dans sa toile ‘’Loth et ses Filles’’.

Albert Dürer ( 1471 1528 ) dans un dessin daté de 1515 représente un ‘’Vase aux Dragons’’. Il est avéré qu’il posséda des porcelaines de Chine.

Au XVII ème siècle

Au début du siècle, les marins hollandais piratent les navires portugais. Les porcelaines de Chine arrivent aux Pays-Bas et vont bientôt figurer dans des œuvres flamandes.

Nicolas Gellis dans sa ‘’Table Mise’’ de 1611 ;

Georg Flegen dans ‘’Nature morte avec Poisson et Cerf-Volant’’ et ‘’ Nature morte avec Pains et Sucreries’’ ;

Willem Kalf fera également figurer des porcelaines dans ses œuvres.

Rembrandt ( 1606 1669 ) fut propriétaire de vaisselle chinoise.

En France, Linart dans sa toile ‘’les Cinq Sens’’ introduit une coupe chinoise avec idéogrammes.

Au XVIII ème siècle

Fort développement des ‘’chinoiseries’’ en décoration sous formes de papiers peints, de tapisseries, de meubles peints, de laques et même de soieries lyonnaises.

Jean Antoine Watteau ( 1684 1721 ) et François Boucher ( 1703 1770 ) introduisent des motifs chinois dans leurs œuvres, ce que copie Huet dans ses panneaux décoratifs peints pour Chantilly.

Giovanni Batista Tiepolo ( 1696 1770 ) intègre des motifs chinois dans des fresques pour une riche villa de Vicenze.

Frédéric II se fait construire à Postdam une maison de thé dans le goût d’un pavillon chinois

Dans toutes ces œuvres incorporant des objet ou des thèmes chinois, la peinture reste cependant de facture résolument occidentale.

Des œuvres chinoises sont-elles arrivées en Occident, et quand ?

Au XVI ème siècle

Une certitude réside dans le musée de Ferdinand II au Tyrol.

En Italie, un groupe de samouraï apporte des œuvres qui sont exposées un temps à Vérone.

Au XVII ème siècle

Rembrandt dessine au lavis monochrome avec blanc volant, sur papier japonais, ‘’Femme couchée sur son Bras’’ d’après une miniature moghole qu’il possédait.

Louis XIV reçoit de l’empereur de Chine un manuel de peinture. Il possède également un paravent chinois.

Mais ce sont les missionnaires jésuites qui vont le mieux faire connaître la Chine en Occident. En 1665 le jésuite allemand Kircher publie ‘’China Illustrate’’ ouvrage dans lequel figure pour la première fois un rouleau représentant un paysage. Dans un autre livre, von Sandrart, en 1675, évoque largement l’absence d’ombre dans la peinture chinoise. Enfin, en 1684, le Père Couplet fait venir en France un jeune chinois lettré qui va enseigner le maniement du pinceau à un cercle qui restera toutefois restreint.

Au XVIII ème siècle

Le Comte Albate Baldini se crée le musée Piacenza qui sera dispersé à sa mort.

Voltaire s’intéresse à Confucius.  

Les cas connus sont donc très isolés !

 

Incidence de l’art pictural chinois sur la peinture occidentale

Des historiens de l’Art comme Charles Sterling ont cherché à montrer que l’art pictural chinois avait influencé certains artistes occidentaux. Ainsi, des paysages de diverses écoles italiennes semblent proches, dans la forme, de certaines œuvres chinoises.

Au XIV ème siècle

Ambrogio Lorenzetti ( 1290 1348 ) compose une ‘’Vue d’un Port’’ dans une manière proche de celle de Wang Wei ( 699 759 ).

Lorenzo Monaco ( Piero di Giovanni ) ( 1370 1425 ) présente une adoration des Rois Mages dans laquelle les montagnes de fond de toile ne sont pas sans rappeler certains rouleaux chinois.

Au XV ème siècle

Hors la manière de peindre, c’est le statut du peintre lui même qui change. Il doit étudier de nombreux domaines, il devient intellectuel, il calcule des perspectives... Il acquière le statut d’un lettré au sens chinois.

Léonard de Vinci ( 1452 1519 ) introduit la monochromie et la multiplicité des perspectives et des brumes dans certains arrière-plans de ses œuvres : ‘’ La Joconde’’, ‘’ Sainte Anne, la Vierge et Jésus’’. Dans deux de ses dessins : la ‘’Vallée de l’Arno’’ et ‘’ Caverne avec Canards’’ on retrouve cette multiplicité des perspectives et des thèmes souvent développés en Chine. Vinci a une conception spiritualisée du paysage. Dans un texte, il évoque les os, les veines, les nerfs... du paysage-organisme, ce qui n’est pas sans rappeler Guo Xi ( 1020 1090 ) ( voir pages 18-19 ).

Au XVI ème siècle

Joachim Patinir ( 1485 1524 ) peintre flamand dont les rochers rappellent ceux des paysages monochromes chinois.

Parmina dans sa ‘’Thébaïde’’ utilise les rochers pour cloisonner l’espace.

D’autres ressemblances peuvent être trouvées dans des sujets traitant de l’Orient chez :

Albert Dürer dans son ‘’Vallée de Cembra’’ ;

Albrecht Altdorfer ( 1480 1538 ) élève de Dürer dans la ‘’Bataille d’Alexandre’’ ;

Breughel l’Ancien ( 1527 1569 ) dans une ‘’Adoration des Mages’’

Matthias Grünewald ( 1475 1528 ) dans la ''Tentation de saint Antoine''

Au XVII ème siècle

Hercules Seghers ( 1590 1640 ) peintre hollandais offre dans ‘’Plaine encadrée de Hautes Montagnes Boisées’’, des arbres ‘’moussus’’ qui semblent sortis du rouleau de Guo Xi ‘’Prémices de Printemps’’ de la dynastie Song.

Au delà de ces approches stylistiques, aucune preuve n’existe d’une influence raisonnée.

Incidence de l’art pictural occidental sur la peinture chinoise

Au XVII ème siècle, des peintres jésuites arrivent en Chine. En 1601, Matéo Ricci amène avec lui une de ses œuvres, une ‘’Vierge à l’Enfant’’, qui est considéré comme la première œuvre occidentale montrée en Chine. Son impact va être fort sur la diffusion du christianisme, en 1615 on compte en effet près de trois cent églises en Chine.

Au XVIII ème siècle, l’empereur Qian Long ( 1736 1796 ) apprécie les jésuites pour leur savoir qui les met au rang des lettrés. Plusieurs s’essaient à la peinture sur le mode chinois :

# Guiseppe Castiglione ( Lan Shining ) élève de Pozzo pour la perspective, avant de rejoindre la Chine, il décore une église au Portugal. En Chine, il peint sur soie des thèmes chinois, carpes, chiens, oiseaux, paysages, mais avec du volume c’est-à-dire des ombres ou avec de la perspective dans des lotus ou des portraits de l’empereur.

# Jean Denis Attiret ( Wang Zhicheng ), français d’origine, il est de formation italienne. En Chine, il se spécialise dans les chevaux. Il analyse finement les deux modes d’expression en particulier ce qui a trait à la ressemblance.

# Louis de Poirot ( Ho Ching tai ) jésuite français s’exprime lui aussi dans le mode chinois.

 

Les chinois jugent en général ces œuvres comme un travail habile mais... sans âme !

Conclusion

De la Renaissance au XVIII ème siècle on observe donc peu de pénétration d’un mode dans l’autre. Seule la peinture jésuite a tenté une synthèse.  

  ***

 

Conceptions du Paysage :

Tradition chinoise

et

Romantisme européen du XIX ème siècle

 

Tradition chinoise et Paysage

En Chine, le paysage est de tous temps un genre approprié à l’expression de la spiritualité. Ce n’est donc jamais une tentative de reproduction de la réalité, mais la traduction d’un état intérieur. « La moindre plante a son esprit », avant même de prendre le pinceau, un peintre se doit de saisir les secrets de la création de la nature, « la manière dont les branches poussent, dont les feuilles se forment, dont les fleurs s'éveillent, s'ouvrent, se détournent, s'inclinent ou se fanent » écrivait Tang Zhiqi (dynastie Ming). « Avant de peindre un bambou, que celui-ci pousse déjà en votre for intérieur ». Cet aphorisme de Su Dongpo ( 1036 1101 )  est amplifié contradictoirement par Zheng Xie (  1693 1765 )  : « Pour ma part, lorsque je peins des bambous, je ne porte pas en moi le bambou achevé. Les bambous que je porte en moi ne sont ni ceux que perçoit mon regard [...] ni ceux que trace ma main. »   
Protestation d'indépendance poétique, mais reconnaissance de l'autonomie de l'image: le peintre calligraphe accepte et rejette à la fois ce qui est procédure créative et déterminisme des représentations.  Ce qui est dit pour une plante est vrai pour tout un paysage.

En Chine le paysage est apparu sous les Six Dynasties, de 200 à 600 environ. Le pays est en proie à des troubles fréquents. Le refuge est dans la nature et les lettrés vont transformer ce refuge par des sentiments lyriques, voisins de l’approche subjective des romantiques européens quinze siècles plus tard. Le paysage chinois fait une large place aux pensées taoïste, confucéenne et bouddhiste. Pour la première, l’Univers ne se préoccupe pas de l’Homme donc la sagesse suprême est de comprendre que l’Homme n’est pas le centre de l’Univers. Il faut oublier son identité, adhérer à l’univers sans essayer de le comprendre. Pour la seconde, « l’homme vertueux aime les montagnes. L’homme sage aime l’eau. » Ce qui revient à dire que la nature est un modèle pour l’homme. Pour la dernière enfin, il faut sortir du cycle infernal. Ces approches ne sont en rien religieuses. Peindre un paysage revient à rechercher l’adhésion à l’Univers. Les historiens de l’art occidentaux décrivent dès lors le paysage chinois comme romantique...

Approche occidentale du Paysage

En Occident, le paysage remonte au Moyen-Âge. Son évolution est une marche vers la traduction pointilleuse de la réalité. Comme en Chine, on distingue une Ecole du Nord et une Ecole du Sud. Le paysage du nord est bien représenté par Altendorfer ( 1480 1538 ) alors que celui du sud est bien synthétisé par ‘’la Tempête’’ de Giorgione ( 1477 1510 ) peinte en 1505. On peut comparer ces oeuvres à celles de Guo Xi ( 1020 1090 ) ( école du Nord )  et Dong Yuan ( vers 950 ) ( école du Sud ) . Le paysage occidental ne sert que de fond à un sujet religieux ou mythologique et fait donc référence à ce thème central. Ainsi chez Claude Lorrain ( 1600 1682 ) qui fusionne dans ses œuvres les styles du nord et du sud. Ce style ‘’classique’’ est clarté de la ligne, mesure et équilibre :’’ Enée à Delos’’. L’influence de Descartes ( 1596 1650 ) est manifeste.

Il faut attendre l’apparition d’une riche bourgeoisie en Flandres pour que le paysage devienne le sujet principal d’une œuvre comme chez Ruysdael (1628 1682 ) ou Hobbema ( 1638 1709 ). L’influence de la pensée de Spinozza (  1632 1677 ) pour qui la nature est Dieu, est sensible dans les toiles de Vermeer ( 1632 1675 ), ‘’Vue de Delft’’ par exemple, vision intériorisée dans laquelle son goût pour l’essence silencieuse des choses transparaît bien.

Au XVIII ème siècle, Chambers introduit en Europe la mode du jardin ‘’anglo chinois’’. Ce jardin est une approche subjective de la nature à l’opposée de sa maîtrise exprimée dans le jardin’’ à la française’’ très cartésien. Cette remise en cause est le fruit d’un travail de réflexion induit par les philosophes : Burke ( 1729 1797 ) le sublime de la nature, Kant ( 1724 1804 ), la perception et la raison, Rousseau ( 1712 1778 ) le retour à la nature, à la pureté des origines, et les écrivains : Novalis ( 1772 1801 ), chaque objet peut-être un temple. La dimension religieuse évolue vers le panthéisme. Cette évolution se poursuit au XIX ème siècle avec le premier philosophe romantique, Schelling ( 1775 1854 ) ‘’Idées sur une philosophie de la Nature’’ « la Nature est l’esprit visible, l’esprit la nature invisible. » puis les poètes : Hölderlin ( 1770 1843 ) ‘’ Quand j’étais enfant…’’, Baudelaire ( 1821 1867 ) qui allie au tragique de la destinée humaine une vision mystique de l’univers. C’est dans ce contexte que le paysage romantique voit le jour...

Convergences ou Divergences

Le paysage romantique s’affranchit des référents extérieurs. Il devient expression des sentiments de l’artiste, l’élan de la touche spontanée avec Turner ( 1775 1851 ) dans ‘’Tempête de Neige’’ qui aime à dissoudre les formes dans le frémissement de l’atmosphère et de la lumière et que l’on peut comparer à Wu Zhen ( p 28b ) pour la poétisation du langage qui conduit à la transformation de la nature.

Le romantisme en peinture est exprimé avec force par l’école allemande, tout particulièrement par Friedrich ( 1778 1840 ) qui réclame, contre l’ordre établi, de « peindre ce qu’il a en lui ». Il est très influencé par le panthéisme prêché par le pasteur Kosegarten pour qui la nature permet d’atteindre Dieu. Friedrich recompose les formes de la nature pour nous conduire au message. Dans son ‘’Crucifix sur la Montagne’’, tout, jusqu’au cadre ornementé de symboles voulu par l’artiste, donne à l’ensemble le sentiment du religieux. Ce sentiment est absent de toutes les compositions chinoises de paysages.

Dans ‘’Eglise dans un Paysage d’Hiver’’, le bâtiment noyé dans la brume est mis en correspondance avec le groupe de sapins du premier plan qui supporte un crucifix devant lequel un infirme adossé à un rocher se recueille. Pour Friedrich, « Dieu est partout, jusque dans le moindre grain de sable. ». Le tragique de la condition humaine est parfaitement et douloureusement exprimé : le salut pour l’infirme sera dans le chemin spirituel du crucifix à l’église. Ce tragique est toujours absent des œuvres des peintres chinois pour qui l’Homme individualité dramatique n’existe pas.

Dans  ‘’Abbaye dans une Forêt de Chênes’’, figurent des ruines, des arbres défeuillés et un cortège funèbre de moines. l’effet dramatique du ‘’passage’’ est saisissant. On retrouve cette évocation directe de la mort dans ‘’Mer de Glace’’ où un bateau vient de se fracasser contre une chaotique montagne de glace. Jamais l’évocation directe de la mort n’est présente dans une œuvre chinoise.

La composition chez Friedrich est aussi une expression de sa conception de la place de l’homme dans la nature. La ‘’Femme devant le Coucher du Soleil’’ est de dos, centrale. Le soleil paraît en émaner. Le ‘’Voyageur au-dessus d’une Mer de Nuages’’ domine pour ne pas dire écrase la composition. Il est foyer autour duquel l’œuvre est construite. Dans ‘’ Le Soir’’, les personnages sont minuscules, mais la composition est telle qu’ils attirent immanquablement l’œil. Même construction dans le ‘’Moine au Bord de la Mer’’ œuvre empreinte  d’une certaine simplicité ‘’chinoise’’, où le Moine face à l’infini, à la nature primordiale est le point de convergence de la composition dont il est le seul élément vertical, au plus bas des nuages et au sommet de la dune. Cet anthropocentrisme est strictement absent des paysages chinois dans lesquels au contraire, l’homme est décentré, réduit, comme dissous dans la nature, même si la ‘’Femme au Bord de la Mer’’ de Friedrich peut se rapprocher du moine face au monde de ‘’Dialogue avec le Vent’’ de Ma Yuan.

Il n’en reste pas moins que cette attrait pour la nature marque une recherche de la pureté des origines. Pour Schelling, « il y a œuvre d’art si l’on perçoit dans l’œuvre l’énergie qui se trouve dans la nature. », l’artiste doit faire toucher à la nature créante et non à la nature créée . Avec Burke et Kant nous savons que le Sublime de la Nature évoque l’infini, le démesuré et donne un sentiment de terreur sacrée alors que le Beau est rassurant mais circonscrit. Le Sublime est recherché dans la représentation des gouffres, de la nature sauvage, des lumières nocturnes et des brumes.

Turner montre des gouffres dans ‘’ Pont de la Passe du Saint Gothard’’, Friedrich dans ‘’Falaises de l’île de Rügen’’

Turner figure la nature sauvage encore dans ‘’Hannibal franchissant les Alpes’’,  la nature sauvage et la mer agitée dans ‘’Pêcheurs en Mer’’ œuvre dans laquelle le nocturne renforce l’impression de sublime. Cette lumière assombrie, lunaire, est très différente de celle utilisée par les artistes chinois comme Ma Lin dans ‘’ En attendant des Amis à la Lueur des Lampes’’ ou ‘’ Les Vagues et la Lune’’  pour qui la dualité ombre lumière n’est pas de mise. De même Ma Yuan dédramatise la nuit dans ‘’Paysage au Clair de Lune’’ où le lettré salue l’arrivée de l’astre en levant sa coupe !

Turner recrée la nature. Il a une conception idéaliste du paysage. Pour lui le soleil est Dieu. Un paysage se doit donc d’être une synthèse de la nature.

Souvent les œuvres chinoises portent en colophon des poèmes. Turner a lui aussi accompagné certaines de ses œuvres de poèmes afin de les compléter.

Turner utilise les brumes dans un dessin de ‘’Cascades’’, brumes perceptibles au point de chute de l’eau, accentuant l’impression de gouffre comme quelques minuscules personnages perdus dans le somptueux décor de montagnes.  Cette étude renvoie aux torrent et cascade le long de roches verticales du ‘’Voyage dans un Pays de Montagne’’ de Fan Kuan . Brumes encore dans ‘’Chute de la Clyde’’, ‘’Northam Castle’’ ou ‘’Yacht approchant de la Côte’’.

Friedrich figure également les brumes « qui rendent le paysage plus large » dans ‘’ Matin’’, ‘’Bateau sur l’Elbe’’ ou dans l’inachevé ‘’ Paysage de Montagne’’ .

Ces paysages romantiques embrumés sont à comparer aux ‘’Cascade dans les Monts Lu’’ de Shitao 

Enfin, dans ‘’Large Panorama’’ Friedrich distordant les éléments de sa représentation de marais et de ciels confirme la dimension démiurgique des paysages romantiques.

Conclusion

Même si le paysage romantique du XIX ème siècle perce le cœur des choses pour revenir à la pureté des origines et atteindre au delà du Beau, au Sublime, l’artiste européen reste profondément marqué par le sentiment religieux et la place centrale de l’Homme dans la Création., donc par le tragique de la condition humaine.

Ceci reste en profonde opposition avec la position universaliste de l’artiste chinois pour qui l’homme doit se fondre sinon disparaître dans son environnement naturel.

 

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Résonances extrême orientales

dans la peinture impressionniste

et post impressionniste

 

L’influence extrême orientale sur la peinture occidentale reste superficielle jusqu’au milieu du XIX ème siècle. L’évolution devient alors sensible grâce à l’arrivée en Europe des estampes japonaises.

L’estampe est un art très développé au Japon, qui suit de près les évolution de la peinture, elle même très marquée par l’art pictural chinois.

Le jeu des vides et des pleins et la construction diagonale qui libèrent au centre de grands espaces vides, les ‘’anecdotes’’ étant repoussées à la périphérie, la perspective axonométrique qui n’utilise pas la convergence des lignes de fuite vers un seul point central ( perspective monoculaire d’Alberti ) ou bien la perspective à vol d’oiseau qui relève le sol et restreint l’horizon, la place considérable des surfaces étales qui figurent le ciel, la mer, la terre, le gros plan qui occupe le devant de la scène et qui se poursuit hors de l’œuvre, la suspension d’éléments massifs, terrasse ou coin de maison, qui surgissent en haut de l’estampe ou sur les côtés, laissant le bas vide… autant de spécificités de l’art chinois que l’on retrouve dans l’estampe japonaise, ‘’La Vague’’ de Hokusaï quelque en soit la version, ou celle de Hiroshige par exemple.

La différence entre les deux écoles extrême orientales tient dans l’emploi de la couleur et le figuratisme marqué de la peinture japonaise.

Les estampes japonaises fleurissent sous la demande de la bourgeoisie d’Edo. L’image du monde qui s’écoule, ‘’ ukiyo-e’’, est le thème dominant.

Les estampes se caractérisent par un nouveau traitement de l’espace, de la couleur et de la composition.  Le monde est rendu par des à-plats colorés sans relief, sans ombre, sans volume, une composition diagonale et des couleurs utilisées pures pour les extérieurs.

Les Impressionnistes sont alors à la recherche d’une représentation du présent qui passe, de la complexité infinie de l’univers où l’homme n’est qu’un accident. La symétrie, académique, postule un état stable de l’univers, un monde arrêté non soumis aux incertitudes et aux confusions de la conscience subjective, du vécu... Ils vont reconnaître dans l’art nippon le sentiment confus qui les anime.

Au début du XIX ème siècle, le collectionneur hollandais Isaac Titsingh présente une exposition de ses trésors à Paris. Aussitôt, des peintres vont interpréter l’art extrême oriental.

# Ingres. Dans ses toiles ‘‘’Portrait de Madame Rivière’’ , 1806, et ’’Odalisque’’, 1814, il utilise les plans successifs, des contours précis et supprime les ombres. Ceci est très mal reçu. Un critique écrit alors : « Ingres écrase, aplatit. C’est un chinois dans les ruines de la Grèce. ». Victor Hugo, admirateur d’Ingres note : « (Il) travaille sans ombre et sans relief. »

# Delacroix dans des études à l’encre donne un ‘’Tigre’’ d’une facture très spontanée bien proche de celle des maîtres chinois.

# Millet s’intéresse aussi à l’art venu d’Asie. Dans son ‘’Printemps’’, 1868, il utilise un horizon très haut placé comme dans les paysages chinois.

# Théodore Rousseau retouche son ‘’Village de Becquigny’’ , 1868, en y ajoutant des teintes vives. Sa toile est alors refusée au Salon de l’année.

Les Expositions Universelles, très prisées en fin de siècle : Londres 1851, 1862, Paris 1867, et d’autres villes d’Europe ou d’Amérique en 1878, 1889, 1900..., ouvrent leurs portes aux arts chinois et japonais. En 1867 même, cent estampes sont exposées puis vendues en fin d’exposition. L’influence extrême orientale se fait sentir aussi dans le mobilier, les objets décoratifs avec le développement du motif japonais de la carpe. La cristallerie de Baccarat sort un modèle de vase avec bambou. Certaines réceptions usent de menus franco japonais...

Les marchands participent à l’engouement. En 1853 la ‘’Porte Chinoise’’ est ouverte, suivie en 1862 par la ‘’Jonque Chinoise’’. Dans ces deux magasins, les artistes peuvent se procurer des estampes.

Les grands collectionneurs comme Cernuschi et Guimet accentuent le développement de l’intérêt pour l’art d’Asie.

Le japonisme, terme forgé en 1872 par le critique Philippe Burty, s’impose en France dès 1856 avec la découverte par Félix Bracquemond, peintre et graveur, d’un manga de Hokusaï. L’artiste s’en sert pour créer en 1867 un service de table, puis en 1875 un service parisien avec ‘’bambous’’. 

En 1878, Burty organise à Paris un atelier de calligraphie. des œuvres à l’encre vont dès lors voir le jour.

En 1883, Fenollosa, américain installé au Japon crée la société Rynchi qui vient exposer à Paris...

Les Impressionnistes

Bracquemond est très lié avec Manet, Degas, Whistler, Fantin-Latour mais aussi avec Baudelaire, les Goncourt amis de Burty. Ensembles, ils fondent la Société du Jing Lar. Lors de leurs réunions, ils s’habillent en kimonos pour parler de l’art japonais !

# Manet est profondément marqué par l’art japonais. Avec ‘’Olympia’’, 1863, il supprime les ombres et introduit les à-plats. Cette absence d’ombre et les à-plat font refuser ‘’le Fifre’’ de 1866, au salon de la même année. Sa gamme chromatique se rapproche de celle de Utamaro dans sa série de ‘’Scènes sur un Pont’’. En arrière plan de ‘’Emile Zola’’, estampes, paravent japonais et reproduction de ‘’Olympia’’. Le visage et les mains de l’écrivain sont traités sans ombre. ‘’Nina de Callias’’ est représentée en 1874 dans un décor japonisant. Au Salon de la même année, il expose ‘’le Chemin de Fer’’, œuvre dans un seul plan : devant une grille appuyée sur la vapeur des machines, une femme et une fillette. C’est la grille qui donne la planéité, comme dans de nombreuses estampes japonaises les fenêtres et les parapets des ponts. Planéité déjà avec la rambarde du ‘’Balcon’’ de 1869. Manet s’est exprimé aussi dans la peinture à l’encre. Sa ‘’Libellule’’ était destinée à l’illustration d’un poème de Charles Cros de 1894. Il a également réalisé des décorations d’éventails.

# Monet découvre les estampes lors d’un voyage en Hollande en 1870. Il représente sa femme habillée d’un kimono. Ensuite, il va retenir le langage pictural des artistes d’Extrême-Orient, que ce soit dans les nombreux ‘’Pont Japonais’’ ou dans le ''Jardin Japonais'' ou encore dans les séries des ‘’Nymphéas’’, des ‘’Meules’’...

Cette prédilection pour les séries se trouve chez Hokusaï avec ses représentations du Fujiyama perçu depuis de nombreux sites différents.

Dans les séries, Monet recherche l’espace-temps. Il peint le même sujet à différentes heures du jour, à diverses saisons, ce qui est différent de l’approche des maîtres japonais. L’artiste japonais transcende l’éphémère, il cherche un équilibre hors du temps ; l’impressionniste au contraire capte la minute qui passe. Mais les recherches de Monet sur les couleurs sont directement inspirées des estampes.

# Degas est très lié à Théodore Duret, écrivain très marqué par le Japon. Dès 1865 il met à profit la composition dissymétrique dans ‘’Femme au Chrysanthèmes’’. Dans ‘’Absinthe’’ de 1876, il use de la composition diagonale et des lignes zigzagantes figurées par les tables du café. Dans les ‘’Repasseuses’’ de 1884 toujours une composition diagonale. Sa seule oeuvre japonisante est de 1870 : ‘’ Portrait de Madame Camus’’ où le modèle peint sur fond rouge tient un éventail. Beaucoup de ses danseuses reproduisent des attitudes trouvées dans des dessins de Hokusaï. Il donne également des ‘’Farandoles’’ peintes  sur éventails.

# Renoir présente ‘’Madame Charpentier’’ sur un fond japonisant.

Pissaro s’exclamera en 1893 : « Hiroshige est un impressionniste merveilleux. »

 

Au delà des Impressionnistes

# Stevens, artiste belge naturaliste est marqué par le japonisme. Il peint une ''Jeune Femme en Kimono'' face à son miroir. Dans ‘’le Bain’’ de 1867, il utilise la construction diagonale, les plans rapprochés et les à-plats.

# Whistler, peintre américain installé à Paris, découvre le japonisme en 1864 à la Porte Chinoise. C’est un post-impressionniste. Dans ‘’Pourpre et Rose’’ de 1864, il accumule sur la toile des objets chinois. Dans ‘’Symphonie blanche n°2’’ de la même année, on voit surgir du bord inférieur droit de l’œuvre une branche fleurie qui évoque immanquablement certaines peintures Song de Ma Yuan ou Wen Tong ou des estampes de Hokusaï ou Utamaro. Avec le ‘’Vieux Pont de Battersea’’, les brumes apparaissent et la composition renvoie à Hokusaï ou Hiroshige. Dans ‘’Portrait de la Mère de l’Artiste’’ de 1871, surgit l’harmonie de la gamme chromatique gris noir et la composition diagonale. En 1872 ‘’Nocturne en Bleu et Argent’’ montre l’envahissement de la toile par l’eau avec ne minuscule détails de premier plan ou d’arrière plan.

Après 1880, une nouvelle vague d’artistes va se tourner vers l’art venu d’Extrême-Orient : van Gogh, Lautrec, Gauguin et l’école de Pont Aven, les Symbolistes, les Nabis... En 1890, le marchand Siegfried Bing expose à Paris sept cent soixante estampes. L’intérêt est relancé.

# Mary Cassatt amie de Degas peint l’intimité des femmes dans la pure traduction des estampes de Utamaro ou de Hokusaï. Planéité du sujet, à-plats, gamme chromatique, l’inspiration est évidente.

# Henri Rivière utilise cette gamme chromatique douce dans sont travail d’estampes, avec cloisonnement, à-plats, horizons hauts, format vertical... ‘’Femmes séchant le Linge’’ de 1890, ‘’Le Plateau de La Clarté’’ de 1891 ou ‘’ La Pleine Lune’’ de 1897. Sa ‘’Vague frappant les Rochers’’ est très proche des vagues de Hiroshige ou Hokusaï.

# Emile Bernard développe dans ‘’La Moisson’’ de 1888 un style ‘’cloisonné’’, les grands à-plats et les couleurs vives.

# Paul Gauguin est le maître du nouveau style cloisonné, aux sujets marqués de contours noirs qui  rappelle étrangement le style Gong Bi. Ceci se transformera en Synthétisme en 1888 avec ‘’Vision du Sermon’’ : couleurs vives, proportions fantaisistes s ‘inspirant là de Hokusaï. Dans la ‘’Belle Angèle’’ il reprend l’inscription du sujet dans un cercle comme Hiroshige, Hokkeï voire Hokusaï. Dans ''la Famille Schuffenecker'', il utilise l'artifice de la grille utilisé par Utamaro. L’approche de Gauguin est une prise de distance très nette vis à vis de l’impressionnisme : « Les Impressionnistes sont prisonniers de la ressemblance... l’ombre est le trompe l’œil du soleil, je la supprimerai... la couleur est une vibration comme les sons. Celles de la nature sont son âme ».

# Paul Serusier, sous la dictée de Gauguin à Pont Aven, parachève la révolution avec ‘’Le Talisman’’ de 1888.

C’est l’ouverture qui conduit aux Nabis : Bonnard, Vuillard, Denis.

# Maurice Denis voit « un tableau (comme) une surface plane couverte de couleurs combinées dans un certain ordre » ce qu’il explicitera en 1890 dans ‘’Soleil sur la Terrasse’’ : à-plats, couleurs vives...

# Bonnard reste plus dans la forme avec des œuvres en format vertical comme les rouleaux asiatiques : ‘’Le Peignoir’’ de 1890, ‘’ Femme dans un Jardin’’ de 1894 ou la série pour paravent ‘’La Promenade des Nourrices et Frise de Fiacres’’ peinte l’année suivante.

# Vuillard également use du format vertical dans la série des ‘’Jardins Publics’’ de 1894. Mais il est allé plus loin dans le langage pictural avec ‘’ Au Lit’’ de 1891 ou ‘’Les Oies’’.

D’autres artistes vont chercher l’inspiration vers l’Extrême-Orient :

# Georges Seurat qui va trouver certains sujets chez Hiroshige ou Hokusaï : '' Le Bec du Hoc’’ de 1885.

# Vincent van Gogh a un tel intérêt pour les estampes qu’il en organise une exposition ‘’Au Café Tambourin’’, exposition dont on retrouve la trace dans la toile de 1887 ou dans ‘’Autoportrait’’ de la même année. Il se lance toujours la même année dans des ‘’Japonaiseries’’ imprégnées de l’art des estampes  de Hiroshige : ''Cerisier en fleurs'' copié de ''Admirant les Fleurs'' ou ''Pont sous la pluie'' issu de ''Surpris par la pluie'' comme plus tard ‘’Les Iris’’ de 1889 inspirés de Hokusaï ou ‘’Amandier en Fleurs’’ de 1890. Dans ses dessins on retrouve appliquée la technique du trait point : ‘’Jardin du Poète’’ 1888, ‘’ Jardin Asylum’’ 1889, qui se retrouvera dans le traitement de la matière sur la toile : ‘’ Champ avec Ciel Mouvementé’’ ou ‘’Mademoiselle Ravoux’’ de 1890.

# Toulouse Lautrec apprécie fort le japonisme. Il se fait d’ailleurs photographié déguisé en lettré japonais !  Pour ses affiches, il utilise largement la technique des à-plats :’’ Le Divan Japonais’’ de 1893. Dans une toile de 1896 ‘’ La Clown allongée’’, le décor est empreint de japonisme. Sengaï l’inspire pour sa représentation de ‘’La Goulue et Valentin’’ ...

# Paul Cézanne se montre moins influencé par l ‘art venu d’Asie. Reste cependant la fameuse série des ‘’Montagnes Sainte Victoire’’: 1895, 1898, 1900 ou 1906 par exemple parmi bien d'autres.

# Odilon Redon peintre symboliste va jusqu’à représenter ‘’Bouddha’’ en 1896 et 1905.

# Gustave Moreau dès 1865 peint à l’encre des scènes avec acteurs de Kabuki.

 

L’Art Nouveau est aussi très imprégné par l’art d’Extrême-Orient :

# Gustave Klimt et Egon Schiele dans de nombreuses œuvres des années 1890 utilisent de multiples traits d’inspiration asiatique : format vertical, à-plats, camaïeux ou teintes vives, horizons décalés, planéité des paysages…comme ''Emilie Floge'' et ''Peupliers'' de Klimt ou ''Petit Arbre au Lac de Constance'', ''Arbre avec Fuschia'', ''Soleil d'Automne'' et ''le Plaid'' pour Schiele.

 

Conclusion  

Dans la seconde moitié du XIX ème siècle, l’influence des arts d’Extrême-Orient se fait sentir dans la forme et dans le langage pictural.

 

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Résonances extrême orientales

dans la peinture occidentale

de la première moitié du XX ème siècle

 

Dans la continuité du siècle précédent, le XX ème siècle accentue l’ouverture et développe la volonté de s’affranchir des dogmes issus de la Renaissance.

Ce travail est grandement facilité là encore par les Expositions Universelles de Paris en 1900 et Londres en 1935 et le travail assidu des galeristes et conservateurs de musées en 1909 à Munich, en 1931 à Paris, en 1933 au Jeu de Paume, en 1937 à l’Orangerie et en 1946 avec Cernuschi.

Dans le même temps, les écrits sur l’art d’Extrême-Orient fleurissent. En France c’est Petrucci qui publie en 1911 ‘’Philosophie de la Nature dans l’Art d’Extrême-Orient’’ puis en 1918 ‘’Encyclopédie des Peintres Chinois’’. Fenollosa fait éditer aux Etats Unis en 1921 des ouvrages sur l’Art Chinois et l’Art Japonais. Même engouement avec Kumel  en Allemagne et Valley en Grande-Bretagne sans oublier en Suède, Siren en 1933 puis Gröss.

  Mais en ce début de XX ème siècle, le centre d’intérêt des artistes change. Bien sûr, l’estampe est toujours prisée,  mais viennent s’y ajouter peinture à l’encre et calligraphie et, fait nouveau, la philosophie qui sous-tend les œuvres chinoises et japonaises.

Dès 1920, l’art du trait retient l’attention et devient nouvel espace de création. La calligraphie se transforme en peinture...

En France

# Pierre-Albert Marquet indique qu’il « ... ne faut pas tracer un point qui ne fut vivant. » Il cherche son inspiration dans des dessins à l’encre de Hokusaï et produit en 1904 une série d’œuvres monochromes au trait spontané d’une très grande simplicité de moyen : ‘’la Carriole’’ , une ‘’Sœur de Saint Vincent de Paul’’ , un ‘’Homme au Chapeau’’, une ‘’ Jeune Femme’’ , un ‘’Homme poussant un chariot’’ ...

    

Hokusaï : Autoportrait                        Marquet : Religieuse                        Marquet : Jeune Femme

 

Marquet : la Carriole                                            Marquet : Homme poussant un Chariot

# Henri Matisse acquière dès 1903 auprès d’un marchand de la rue de Seine des estampes qui décoreront longtemps son appartement. Un autre marchand, Vignier, lui en montre également. « Voyant Marquet, je vois Hokusaï et réciproquement, sans y voir de l’imitation ! ». En 1913, il peint une ‘’Nature Morte aux Oranges’’  dans laquelle on retrouve les coloris, les à-plats et la liberté de trait des artistes extrême-orientaux. Dans un dessin de 1914 ‘’les Trois Pommes’’, on perçoit la fusion avec le modèle - le souffle vital – et une volonté d’éloignement d’avec la ressemblance, comme dans le ‘’Torse aux Bras croisés’’  de 1916. Dans une lettre de 1942, il préconise « … quand vous dessinez un arbre, tentez de monter avec lui… ».

                      

Matisse : Nature morte aux Oranges             Matisse : Torse aux Bras croisés        Matisse : Fenêtre ouverte...

Son gendre, Dutuy publie ‘’Mystique chinoise et Peinture moderne’’, livre dans lequel il met en parallèle des œuvres chinoises et occidentales récentes. Ainsi des toiles de son beau-père comme ‘’la Danse’’ * de 1909 ou ‘’la Musique’’ de 1910 qui atteignent à une liberté de ton voisines de celles d’œuvres chinoises de Gu Kai Zhi  ou de Zhou Fang  ( dynastie Tang ), Tang Yin ( dynastie Ming ) ou Suzuki Harunobu . On y retrouve une impression de plaisir purifié propre au gong-bi.

   

Matisse : La Danse

 

    

 

Gu Kai Zhi  : Les Dames de la Cour                                                                                                    Zhou Fang : Jouant du Luth et buvant du Thé                                                           Suzuki Harunobu  : La Cueillette des Fleurs

 

  

 

  

Pour Matisse « dans les travaux des orientaux les vides autour des feuilles sont aussi important que les feuilles elles-mêmes. » et la planéité est une liberté.

L’abstraction de Matisse se construit sur les ressources de la peinture à l’encre. Pour son ami Paul Scheiner, « ...le dessin occidental est centripète, il se repli sur le sujet, alors que le dessin extrême-oriental est centrifuge... » il ouvre sur la Nature.

C’est ce que l’artiste tente de transcrire dans ‘’Fenêtre ouverte à Collioure’’ * dès 1914 ou dans ses dessins.

# André Masson est très proche du mouvement surréaliste. En 1924 il produit une suite de dessins automatiques dont ‘’les Chevaux Morts’’ . Il devient sensible à la peinture orientale. Lui même use du trait – ‘’Don Quichotte’’ * 1935 - et trouve chez Matisse « des interruptions savantes qui permettent l’irruption de l’espace qui vient comme une respiration. » Il compose la même année une ‘’Allégorie’’  qui n’est pas sans similitudes avec la ‘’Danse’’ de Matisse ( voir chapitre suivant ).

    

Masson  : Les Chevaux Morts                                                                               Masson : Allégorie                                                                             Masson : Don Quichotte

 

  

 

  

# Henri Michaux voyage en Asie de 1927 à 1937. Ses périples se concluent par un livre ‘’Un Barbare en Asie’’. Il y compare les peintures chinoise et occidentale : « la peinture chinoise est propreté, vide d’impression. Elle montre des fantômes délicats, souvenirs du sujet dans des horizons lointains, dans un air éthéré… ». Pour lui, il faut « annihiler son Moi et alors le monde vient à vous. » Dans ces œuvres de 1927 à 1939 on retrouve ces préoccupations : ‘’Aquarelle bleue’’  de 1927, ‘’Sans Titre’’  de 1937 et 1939, ‘’Portrait sans Titre’’  de 1939. Beaucoup de spontanéité, usage de taches, d’à-plats. ( voir chapitre suivant )

   

  Michaux : Aquarelle Bleue                                              Michaux : Portrait sans titre

  

Michaux : Sans Titre de 1937                                                               Michaux : Sans Titre de 1938

 

  

En Allemagne

Le Bauhaus rassemble en ce début de siècle des professeurs prestigieux dont, Paul Klee, Johannes Itten et Wassily Kandinski qui vont influencer l’art occidental du siècle.

# Paul Klee montre un intérêt pour la Chine dès 1916 après la lecture de poèmes et leurs évocations de peinture zen. Pour un spécialiste de Klee, cet artiste propose un parallèle entre la sagesse orientale et la mystique occidentale. Pour Henri Michaux, son intérêt pour la ligne est sensible par exemple dans les dessins ‘’Ebauche de Kérouan’’  de 1914 et ‘’Personnage Pêchant’’  de 1921. Pour André Masson Klee ouvre l’espace, crée un espace illimité dans des œuvres comme ‘’Devant les Portes de Kérouan’’  de 1914, ou ‘’Pyramides d’Eau’’  de 1924 œuvre dans laquelle les brumes apparaissent. Le trait et l’espace se rejoignent dans ‘’ Rue dans le Camp’’ de 1923 ou, de 1932, ‘’Ad Parnassum’’ . L’intérêt pour la Chine est encore plus flagrant dans ‘’Porcelaines de chine’’ de 1923. L’influence de la calligraphie enfin est perceptible dans ‘’Embrassement’’ de 1939.

  

Klee : Ebauche de Kérouan                               Klee : Homme pêchant

 

         

Klee : Pyramides d’Eau                                               Klee : Ad Parnassum

 

Klee : Aux Portes de Kérouan

# Johannes Itten a de l’intérêt pour tous les arts. Ses recherches portent surtout sur la mise en évidence des lignes de force des œuvres telle ‘’Anbetung’’  de 1921. Il traite ainsi des œuvres extrême-orientales trouvées dans un ouvrage de son compatriote Kumel :  ‘’Arrhat’’ de Mu Qi dans laquelle il trouve les lignes de forces dans la montagne et les dents du serpent hostile alors que le symbole mathématique de l’infini est inscrit dans la robe du saint homme. Dans une autre œuvre du même artiste chinois, ‘’les Kakis’’, il trouve la variété dans l’uniformité : quatre densités d’encre, tailles variées des fruits, leur proximité ou leur éloignement. Il résume ainsi toutes les questions formelles du peintre. Dans ‘’Moine regardant un Combat de Coqs’’, il débusque l’asymétrie dans la symétrie apparente de la robe du moine et de son paquet, dans les tailles respectives des sujets. Un autre thème de recherche qu’il privilégie est l’étude théorique des couleurs sur laquelle il fonde certaines de ses œuvres comme ‘’die Begegnung’’  de 1926.

  

Itten  : Anbetung                                              Itten : die Begegnung

# Wassily Kandinski supprime dès ses débuts la perspective et joue des à-plats, ‘’la Chanteuse’’ de 1913. Parallèlement, il produit des compositions à l’encre. Les apports de l’art oriental viennent se fondre à sa réflexion sur l’abstraction provoquée par la vision d’une ‘’Meule’’ de Monet dont il n’avait pas reconnu le sujet ! Il en conclu qu’il est possible de se séparer du sujet figuré. En 1910 il propose la première ‘’Aquarelle Abstraite’’ * à laquelle il va donner une nombreuse descendance. Le trait reste au cœur d’autres œuvres comme ‘’Figure Verte’’ de 1936 ou ‘’Ligne Brisée’’.

L’émergence de l’abstraction en peinture concrétise l’intérêt de l’époque pour les recherches sur l’inconscient. On  retrouve là  le sens des encres monochromes spontanées de la peinture zen.

En dehors du Bauhaus, d’autres artistes germaniques découvrent l’art pictural extrême-oriental. Certains se rassemblent dans le groupe Zen 49. L’inspiration est là évidente !

 

Kandinski  : la Chanteuse                    Kandinski : Première Aquarelle abstraite           

 

 

Kandinski : Ligne Brisée                                              Kandinski : Figure Verte

# Julius Heinrich Bissier à qui le célèbre critique Gröss – dont la femme est japonaise – achète deux œuvres ‘’Fleur de Haricot’’ de 1919 et un ‘’Saint Jérôme’’   car il y trouve une touche asiatique que l’on peut trouver aussi dans ‘’Donaulandschaft’’  de 1924. Ceci va conduire Bissier à développer l ‘analogie pensée asiatique/mystique rhénane/romantisme, recherche accentuée après une rencontre avec Brancussi en 1930. Suit alors une longue série d’encres * qui va s’étaler de 1934 à l’orée des années soixante. Il produit aussi à cette période des tempéras dans lesquelles des formes colorées  en à-plats flottent dans l’espace.

           

Bissier : Donaulandschaft 1924                Bissier : Brush Painting 1934       Bissier : Male Female Symbol 1937

 

Bissier : 1939 II                                   Bissier : Star over the Wave 1940

    

Baumeister : Coureur  1934                                           Baumeister : Motif   1937

# Willy Baumeister puise dès les années trente son inspiration dans les idéogrammes. Ce travail se poursuivra au-delà des années cinquante. ( voir chapitre suivant )

# Hans Hartung récuse l’influence de l’Asie sur ses encres composées entre 1927 comme ‘’Sans Titre’’  et 1938 telle ‘’N°30’’  malgré la comparaison inévitable aux œuvres de Gibon Sengaï tant par les thèmes que la réalisation. Ses compositions sont une notation directe de la pensée comme en calligraphie. ( voir chapitre suivant )

         

Hartung : Sans Titre 1927                   Hartung : n°30   1938

Etats-Unis

# Mark Tobey est bouleversé par la première guerre mondiale. Il se tourne vers les pensées orientales pour trouver la voie de l’harmonie entre l’Homme et la Nature.

A cette époque, Fenollosa est professeur de philosophie occidentale au Japon et Arthur Dow, l’un de ses élève est le professeur de Tobey. Le peintre part s’installer à Seattle où vit une forte colonie asiatique et où vient de s’ouvrir un musée d’art oriental. Là, il se sent proche de l’Asie. Il est initié à la calligraphie par Teng Kuei. Il fonde l’école du Pacifique dite aussi groupe des ‘’Peintres Mystiques du Nord Ouest’’ qui compte bientôt Georgia O’Keeffe, Morris Graves, Guy Anderson et Kenneth Callahan, groupe qui va proposer de nouvelles voies à l’art américain. Plus tard, Mark Rothko poursuivra dans cette voie ‘’contemplative’’.

En 1934, il fait un voyage en Chine et au Japon. A Hong-Kong il peint ‘’Rocher’’ et ‘’Calligraphie’’. Au Japon, il s’astreint à un mois de méditation zen dans un monastère. Il y découvre l’importance du plus humble et l’impulsion en calligraphie. Pour lui « … plus grand est l’espace plus l’artiste a besoin de se concentrer pour le remplir. » Il touche à la pensée des grands peintres zen.

De retour aux Etats-Unis, il compose ‘’Animaux sous la Lune’’ qui va beaucoup marquer Graves pour son ‘’ Hermium’’. Tobey se lance ensuite dans l’estampage et produit une série d’œuvres qu’il va appeler son écriture blanche – dont le célèbre ‘’Broadway’’  de 1936 – où il applique l’impulsion calligraphique à la mégapole. Après la visite d’une exposition de Turner, il mûrit pendant dix ans ‘’ Au Bord du Mois d’Août’’ … ( voir chapitre suivant )$

  

Tobey : Clown 1931                                 Tobey : Broadway    1936

# Georgia O’Keeffe travaille sur la dilution des formes dès 1916 avec ‘’Train dans le désert’’  œuvre où elle introduit la richesse du monochrome dans un univers à la Turner. Encre toujours en 1916 pour ‘’ Special n°16’’   ou ‘’Black Abstraction’’  de 1927. Sur cette période, son travail sur l’abstraction part de la représentation de fleurs en en donnant une vision de plus en plus en gros plans  dans laquelle les formes disparaissent pour aboutir aux lignes.

     

O’Keeffe : Train in the Desert 1916 / Special n°16 1918 / Black Abstraction 1927

        

O’Keeffe: Black Iris 1926        1926                                    1927                            1927

# Morris Graves est lui aussi saisi par la galerie asiatique du musée de Seattle. Il se lance dans l’apprentissage du zen. Il rencontre Tobey en 1938. Après un échec en 1947 du fait de son statut d’objecteur de conscience, il enfin visite le Japon en 1954. Après s’être installé en Irlande, il fréquentera souvent l’Asie où il trouve une source pour alimenter son besoin de proximité avec la nature induit par ses origines paysannes : « Je peins pour rester en contact avec les phénomènes du monde extérieur afin d’en représenter les notations de son essence, seul voie à même d’alimenter l’œil intérieur.» A côté de’’ Moor Swan’’  de 1933, il utilise aussi de l’écriture blanche dans ‘’Night Sky I’’  de 1945 ou ‘’ Groose’’.

            

Graves :  Moor Swan   1933              Night Sky I  1945    Groose

# Mac Donald Wright fait lui aussi le voyage du Japon et en reviendra marqué comme le montre son ‘’Génie Japonais’’.

   

Mac Donald Wright : Génie Japonais

 

Cette influence philosophique et picturale de l’art asiatique sur l’art occidental va se poursuivre pendant mais surtout après le second conflit mondial.

 

  ***

    

Résonances extrêmes orientales

dans la peinture occidentale

de la seconde moitié du XX ème siècle

 

 

L’aube de cette période est marquée par la guerre dont les conséquences sont importantes au niveau artistique, nombre de peintres européens se réfugiant aux Etats-Unis. Leur influence va profondément marquer l’évolution de la peinture américaine.

Au delà de 1950, l’accent va être mis sur l’abstraction vécue comme liberté des valeurs issue de la Libération de l’Europe. C’est donc une concrétisation des acquis qui est proposée par divers écoles de part et d’autre de l’Atlantique fondée sur la spontanéité du geste, le devenir de l’énergie.

En 1956, Cernuschi organise une exposition dans laquelle il met physiquement en parallèle des œuvres asiatiques et occidentales. La même année voit la Kunsthale organiser une exposition sur le même thème à Munich.

Il en ressort pour les artistes et le public surtout que l’espace pictural n’est plus anthropocentrique. ces mises en parallèle viennent créer un cadre théorique aux nouvelles expérimentations.

En France

# André Masson ami des surréalistes approfondit sa connaissance de la peinture asiatique lors d’un voyage aux Etats-Unis en 1941 où il visite les collections du musée de Boston, particulièrement riches en œuvres de l’époque Song. Sa période asiatique va de 1950 à 1959. Il s’affranchit dès lors de l’espace et dans l’esprit de liberté de la peinture Chan, il développe la peinture par taches. Le ‘’poète Li Po’’  de Liang Kaï est pour lui un modèle : «…  le sujet sans ombre traverse l’espace… ». Le paysage Song est « sans bruit, contemplation sereine qui amène le vide d’une méditation parfaite, effacement du Moi avant l’action. ». Il trouve la respiration spatiale dans la fluidité de l’encre, dans l’usage des taches :  ‘’Météores’’  de 1955, dans l’application du trait : ‘’Chevaux’’  de 1957. Dans ‘’Homme qui regarde’’ il inclus des idéogrammes. Ses ‘’Reflets sur l’Etang’’ sont une recherche de la totalité … Comme Mark Tobey, il va au delà de cette approche asiatique de l’espace, vers le peu de surgissements : ‘’les Migrations’’.

                          

 Liang Kaï  : Li Po                                                     Masson : Météores  1955

                                           

          Masson : Extase II   1949                   Masson : Les Chevaux   1957

# Henri Michaux dans ses aquarelle des années quarante à soixante, il développe l’usage des taches et du trait dans la recherche des ‘’Alphabets’’  puis de ‘’Mouvements’’  dans le pur esprit de l’élan vital décrit dans le ‘’Jardin des Graines de Moutarde’’.  

      

  Michaux : Alphabet   1944                        Michaux : Alphabet   1944

 

        Michaux : Sans Titre   1946                                            Michaux : Sans Titre   1949

       

    Michaux : Mouvements   1950                                                                          Michaux : Sans Titre   1952

     

    Michaux : Taches   1954                    Michaux : Vélocité   1954                    Michaux : Sans Titre   1960

              

    Michaux :  Sans Titre   1970                                   Michaux : Sans Titre   1982

# Mathieu se voit proposer par Michaux au début des années cinquante un rapprochement de son œuvre avec la peinture chinoise. Mathieu ignorait cet art avant cela. Il peint ensuite un ‘’Hommage au Général Hideyoshi’’ , toile dans laquelle la vitesse de réalisation est évidente comme dans ‘’Festival in Norwich’'.

  

Mathieu : Festival in Norwich   1957

# Jean Degottex voit sa production analysée de la même façon en 1955 par André Breton dans ‘’l’Epée dans les Nuages’’. Le théoricien du surréalisme montre le rattachement des travaux de Degottex aux oeuvres zen du XII ème siècle : « ...la ligne enfle, respire... ». A cette occasion, Degottex découvre l’art asiatique qu’il va dès lors approfondir. Suit une longue lignée de séries :’’Agapoure’’ ( caché sous les feuilles ), ‘’Aware’’, ‘’Métasignes’’ variation sur la fleur présentée par le Bouddha à ses disciples, ‘’U-Gen’’ ( mystérieux et profond ) et enfin ‘’UTP’’ ( unique trait de pinceau ), on ne peut être plus explicite ! On peut illustrer ceci par les ‘’Vagues’’ et les ‘’Tréompan’’ * de 1954, puis ‘’Suite Serto’’  de 1958 et ‘’Suite écrite VI’’  de 1962. 

    

Degottex  : Tréompan   1954                                        Degottex : Vagues   1954

 

Degottex : Suite Serto   1958                                                                          Degottex : Suite Ecrite VI    1962

# Pierre Soulages met à profit les blancs volants dans ‘’Sans Titre’’ 1948 ou ‘’Abstract Composition in Black and Yellow’’.

 

Soulages : Sans Titre   1948                                                                                          Soulages : Abstract Composition  

En Allemagne

# Julius Heinrich Bissier  poursuit sa longue série d’encres entamée en 1934. Il produit aussi à cette période des tempéras dans lesquelles des formes colorées * en à-plats flottent dans l’espace.  

 

Bissier : Sans Titre 1957                                                 Bissier : Sans Titre 1961

 

  Bissier : Aquarelle sur Ingres  1962                               Bissier : 5 aug 64   1964

# Hans Hartung poursuit sa production d’œuvres dans lesquelles le trait et la spontanéité domine de ‘’Sans Titre’’  de 1948 ou ‘’N°12’’ de 1955 jusqu’à ‘’TH19’’ de 1971 ou ‘’T’’  de 1989.

 

Hartung : Sans Titre   1948                            Hartung : T    1989

# Willy Baumeister explore de nouveaux espaces, moins calligraphiques mais dans lesquels on retrouve la spontanéité dans l’utilisation des points et des traits en soutien d’à-plats parfois colorés : ‘’Illustration n°16 pour Esther’’  de 1944 ou ‘’Ur Nirgal’’  de 1955 si proche du ‘’Rock Garden’’  de Kasho de 1828.

 

Baumeister : Illustration n°16 pour Esther   1943         Ur Nirgal    1955

  Kasho :  Rock Garden 1828

# Alfred Otto Wolfgang Schulze dit Wols très marqué par le taoïsme produit des encres éclaboussées avec traits dès 1942 avec ‘’Gräser’’  ou, en 1946, ‘’Composition’’ , également ‘’Aile de Papillon’’ de 1947.

     

  Wols : Gräser 1942                   Wols : Composition   1946                   Wols : Aile de Papillon  1947

En Europe du Nord

# Asger Jorn ( DK ) à partir du trait, ‘’Mélodie Humaine’’ de 1939, il va explorer les possibilités des taches et des blancs volants dès 1957 dans une série ‘’Sans Titre’’ .

          

      Jorn  : Sans Titres    1957

# Karel Appel ( NL ) dont les œuvres abstraites  ouvrent l’espace.

# Pierre Alechinsky ( B ) est très marqué par le zen et son expression picturale : ‘’Négatif’’, ‘’Positif’’  deux œuvres de 1960, ‘’De Haut en Bas’’  de 1981 ou encore ‘’Deux Temps Trois Mouvements’’  de 1997 si proche de Gibon Sengaï.

  

Alechinsky : Négatif   1960                           Alechinsky : Positif   1960

                    

                  Alechinsky : De Haut en Bas  1981          Alechinsky Deux Temps, Trois Mouvements  1997 

# Kurt Sonderborg ( DK  ) affilié au groupe Zen49 utilise les taches, les traits, l’écriture blanche.

  

                Sonderborg  : Sans Titre      1970                                         Sonderborg  :  Sans Titre     1977

En Espagne

# Pablo Picasso dans des séries de 1955 sur le thème de Don Quichotte et de 1958 sur la tauromachie  entre autres, montre une grande vitalité, une grande spontanéité du trait, comme dans ‘’Trois Personnages’’  de 1956 proposés sur céramique ou bien de 1959 ‘’les Danseurs’’  ou ‘’Bacchanales’’  sujets très proches de la ‘’Danse’’ * ou la ‘’Musique’’ de Matisse respectivement de 1909 et 1910 ! Picasso use aussi de l’écriture blanche ‘’Buste blanc’’  de 1949.

      

Picasso:Buste Blanc 1949          Trois Personnages 1956               Le Picador    1958

 

Picasso : Danseurs    1959                                  Bacchanales     1959

# Antonio Tapies découvre la pensée chinoise à Paris en 1950 « ... les rayons de la roue sont nombreux mais c’est le vide entre eux qui fait fonctionner l’ensemble... ». Il se relance dans la spiritualité après 1960 en réaction au capitalisme. Son œuvre peut s’illustrer par ‘’1,2,3’’ , ‘’Poème’’  ou ‘’Principio’’  de 1995 ou encore ‘’1,2,3’’ de 1998 dans lesquelles le blanc volant ou les taches, marques de spontanéité, sont une évidence.

      

            Tapies : 1,2,3 1995               Tapies : Poème   1995                          Tapies : Principio   1995                               

 

Tapies : 1,2,3    1998

Aux Etats-Unis

# Mark Tobey poursuit son travail de pionnier. Il traduit l’influence de ses lectures zen : cérémonie du thé et maîtrise du tir à l’arc. dans une œuvre comme ‘’Autoportrait’’  de 1957, après une série d’encres calligraphiques ‘’Abstract Figures’’ en 1953-1954 et en développant également l’art de l’accident ainsi dans les ‘’Sumi’’ de 1956, 1957 et 1961. Il ne perd pas de vue le trait et son écriture blanche dans les ‘’Signes’’ de 1962, des compositions de 1964 et la ‘’Sonate’’ de 1975.

    

Tobey : Autoportrait  1957             Abstract Figures  1957                        Portrait Blanc   1964

    

Tobey : Sumi   1957                          Sumi    1957                                       Sumi    1961

Dans son sillage outre Morris Graves et les membre des ‘’Mystiques du Nord Ouest’’, Guy Anderson  et Kenneth Callahan, travaillent Mark Rothko, Clifford Still, Sam Francis...

 

Anderson : L Conner Rocks   1970                                                  Callahan  : Sans Titre   1955

# Morris Graves proche de Tobey s’intéresse un temps à l’encre : ‘’Waterbird’’  de 1954, ‘’Insectes’’ de 1960 et développe encore le thème des fleurs et bouquets jusqu’à sa mort en 2001 : ‘’April Flowering’’ de 1995.

                 

                      Graves : Waterbird  1954                                             Graves April Flowering Cabbage & a Glimpse of continuing   1995

# Mark Rothko produit une peinture contemplative dans un type de motif géométrique sans cesse renouvelé par les association de couleurs : ‘’Sans Titre’’  de 1949 ou ‘’le Blanc et le Noir’’  de 1956 ou encore ‘’Sans Titre’’  de 1961 œuvre dans laquelle il utilise l’encre. 

    

Rothko : Sans Titre  1949                  Rothko : Black & White  1956                Rothko : Sans Titre   1961

# Clifford Still crée à la marge du trait dans des œuvres souvent sombres : ‘’Painting’’ de 1944, ‘’July 1945-R’’ de 1945 ou ‘’Painting with Red Letter’’ de 1957.

    

Still : Painting   1944                           July 1945-R                                       Painting with Red Letters   1957

# Sam Francis explore également les possibilités du trait et des taches dans ‘’Bright Jade Gold Ghost’’ de 1963, ’’Straight Line of the Sun’’ de 1976 ou encore ‘’Tarflower’’ de 1981.

                           

Francis : Bright Jade Gold Ghost 1963                                                          Francis : Tarflower   1981

# Franz Kline produit ‘’Chief’’ en 1950 œuvre dans laquelle il utilise les ressources en noir du trait calligraphique comme dans ‘’Probst I’’  de 1960. On retrouve la composition diagonale dans ‘’Blu’’ et ‘’Small Blue’’ de 2001.

   

Kline  : Chief   1950                                                        Probst I    1960

 

     Kline : Blu      2001                                                            Small Blue      2001

# Robert Motherwell affiche plus nettement encore sa source d’inspiration depuis la série ‘’Elegies of the spanish republic’’  du début des années soixante jusqu’aux ‘’Samouraï’’ de 1974 en passant par les taches de ‘’Suite Lyrique’’ de 1965 ou ‘’Study for Shem the Penman’’ de 1972 et les monotypes très voisins des abstractions géométriques de Gibon Sengaï.

   

Motherwell  Elegy to the Spanish Republic   1961          Study for Shem the Penman n°6   1972 

 

Motherwell   Samouraï    1974

# Adolph Gottlieb produit  en 1948 ‘’Sounds in the Night’’ sorte d’écriture blanche à la manière de Tobey puis des œuvres contemplatives comme Rothko, ‘’Exclamation’’ de 1958 par exemple avant de développer les possibilités offertes le trait et les taches comme dans ‘’Amanecer’’ de 1971.

                       

                 Gottlieb  : Sounds in the Night 1948                                              Exclamation  1958

       Gottlieb : Amanecer   1971

 

Les peintres surréalistes européens réfugiés aux Etats-Unis pendant la seconde guerre mondiale ont introduits là bas les recherches picturales sur l’inconscient.

 

# Jackson Pollock est très marqué par les dessins automatiques de Masson. Il se lance dans l’aventure sur l’inconscient dès 1945 avec des encres puis utilise la projection, le dripping’’, sur les toiles. Ainsi naissent ‘’Encre sans titre’’ et ‘’N°32’’   de 1950. L’espace sans perspective devient l’expression du hasard. A la manière des peintres extrême-orientaux, Pollock pose sa toile par terre. Il travaille en la dominant. Certains voient dans ce privilège donné au geste une façon de réagir à la dépersonnalisation induite par le capitalisme. Geste existentialiste d’approche purement européenne, voisine du ‘’Faire’’ de Sartre.

Cependant la conception de l’espace est strictement américaine. Toute la surface de la toile est traitée de la même manière, sans ébauche de récit, en complète fusion avec le Monde.

Pollock   n°32      1950

  

 Pollock : n°26      1951                                                    Pollock : The Deep      1953

 

 

 

Conclusions

Tout au long du XX ème siècle une influence sensible de l’art pictural extrême-oriental est perceptible dans les œuvres de nombreux artistes européens ou américains.

Mais cette influence a souvent conduit à l’automatisme dans la réalisation des compositions, automatisme conçu comme une perte de contrôle de l’artiste alors que l’encre chinoise pleine de spontanéité reste maîtrise par excellence.

 

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Chronologie chinoise

Dates

Dynasties chinoises

2000 - 1500 av. notre ère

Xia

1700 - 1027 av. notre ère

Shang

1027 - 771 av. notre ère

Zhou occidentaux

770 - 221 av. notre ère

Zhou orientaux

770 - 476 av. notre ère - Période des Printemps et Automnes

475 - 221 av. notre ère - Période des Royaumes Combattants

221 - 207 av. notre ère

Qin

206 av. notre ère - 9

Han occidentaux

9 - 24

Xin (usurpation de Wang Mang)

25 - 220

Han orientaux

220 - 280

Trois royaumes (San Guo)

220 - 265 - Wei

221 - 263 - Shu

229 - 280 - Wu

265 - 316

Jin occidentaux

317 - 420

Jin orientaux

420 - 588

Période des dynasties du Sud et du Nord

420 - 588

Dynasties du Sud

420 - 478 - Liu Song

479 - 501 - Qi du sud

502 - 556 - Liang

557 - 588 - Chen

386 - 588

Dynasties du Nord

386 - 533 - Wei du Nord

534 - 549 - Wei orientaux

535 - 557 ­ Wei occidentaux

550 - 577 - Qi du Nord

557 - 588 - Zhou du Nord

581 - 617

Sui

618 - 907

Tang

907 - 960

Cinq Dynasties

907 - 979

Dix Royaumes

960 - 1279

Song

960 - 1127 - Song du Nord

1127 - 1279 - Song du Sud

916 - 1125

Liao

1038 - 1227

Xia occidentaux

1115 - 1234

Jin

1279 - 1368

Dynastie mongole des Yuan

1368 - 1644

Ming

1644 - 1911

Dynastie mandchoue des Qing

1911 - 1949

République de Chine (Chine continentale)

1949 -

République de Chine (Taïwan)

1949 -

République Populaire de Chine

 

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