Parler d’un livre à plus forte raison d’un recueil de poésie c’est surtout parler de soi finalement.
Car qui de mieux que l’auteur, le poète peut dire ce qu’il a mis dans ses pages, dans ces mots qu’il a extraits, travaillés, poncés ou aiguisés ?
Alors pour évoquer les trois derniers ouvrages parus aux éditions Lanskine, je vais laisser faire les poètes, n’intervenant que comme sculpteur sur le matériau de leurs propres textes hors quelques minces transitions çà et là.
 
Suivons Nathalie Riera au fil des pages de ses carnets sages…

 

J’espère mais je ne rêve plus car je sais désormais ce qui ne me fait plus rêver et qui finalement ne méritait pas d’être rêvé.
La poésie ne peut vous donner ni plénitude ni évasion. Vous savez que je suis l’amour comme vous alors pourquoi le fer et le fiel ?
Restera toujours cet instant où le poème dans son infraction est encore de la brume sur la cime et fait mûrir le silence, se rejoindre l’immense et l’intense dans l’insomnie des fleurs. Il faut faire en sorte de ne pas perdre pied.
Alors pour qu’elle raison écrire si ce n’est pour alléger la lumière et que les mots s’effacent  dans l’imminence de l’instant et la contiguïté du noie et du blanc ?
Nous ne sommes pas des lecteurs de chimères. Comme ce qui est sans souvenir, je me suis fui…et la pluie ne fait pas pleurer Puisque beauté il y a !

 

 
Explorons le temps mutant avec Paul de Brancion.
 
D’abord fuir avec la stratégie du crabe car le temps est la mort omniprésente, fuir tel un défaut vivant, mais fuir avec ses sacs plastiques ces espoirs de survie.
Puis, assis sur le monde, voir que le pire est arrivé…La guerre se porte à merveille car elle se joue à travers des écrans, les corps ne sont plus là, l’homme, en damné soucieux de me pas manquer l’appel de l’abîme, est rayé de la carte.
Le fuyard n’arrive pas à dormir, il attend ces gestes de l’enfance qui viendraient donner vie à cette plénitude qui le saisit maintenant qu’il est loin de l’indigence infinie des mondes organisés. Il est un mort du temps.
Rongé du temps factice il est entré dans le songe une fois pour toutes dans une parfaite contradiction avec le monde qui l’entour.
Autour, il y a encore trop de bruit pour espérer parler et puis la porte des mots est fermée. Il sait aujourd’hui qu’il y a contradiction  à rechercher la paix et le bonheur interne. Il sait aujourd’hui que le devenir du monde est chassé car la statistique y fait office de lucidité. Il sait aujourd’hui que le temps travaille contre nous… sans Temps mort.

 

 
avec Jacques Estager, Il et,ou Elle / Il est où Elle ? Errons et ron petit patapon ...
à côté du ciel ; une mouche
à la chute des étoiles, le soir du monde
là-bas faut-il faire des provisions pour le Temps ?
« Hoho mon jeune ami, je suis mort avant vous, et je sais ce que c’est ! 
Pour qui comme moi pense à l’avant avant l’après,
qu’est-ce que c’est que la mort ? »
…il ne sait pas que nous ne tenons pas en place,
le lui dire serait le tuer une seconde fois…
à côté du ciel il n’y a plus personne
l’endroit reste pur
sans lieux sans fautes, inexploré ?
j’étais très exactement seule dans la vie
que vienne le temps d’âme sereine à côté de la peine
et dans le commencement des matins, et de la midi et des soirs
avec le bruit de son silence
et le bruit d’un baiser perdu
cesse d’épeler mes mots, cesse d’appeler ma mort
monde
il est des jours qui se suivent ; et ils suivent la lumière
d’avant la blancheur qu’il n’y a jamais
la transparence est la déchirure
la déchirure est la transparence
pas un maintenant, heureux, mais un ici, heureux,
je n’étais rien de personne
et je voudrais être toujours restée
je ne suis plus absente

 

 

 
Bien beaux textes en tous les cas !
 
Lors du tout premier contact avec ces recueils des éditions Lanskine, ce qui interpelle c’est la sobriété de la présentation et la qualité de la réalisation.
Un grand respect de l’objet-livre pour un plaisir de le tenir en mains.
 
             Editions Lanskine  39 rue Felix Thomas – 44 000 NANTES
 
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