La chaussure au milieu de la route

 

de Stéphane Beau

 

Le premier contact avec un livre m’importe toujours beaucoup.

Ici ce fut en couverture cet  escarpin noir si simple et, bizarre, ce titre : la chaussure au milieu de la route. 

Bizarre mais image instantanée. J’ai vu la chaussure au milieu de la route… Intrigante.

A l’intérieur, onze belles nouvelles à dévorer car dès les premières lignes le ton est donné, au bord du rêve ; ou de la réalité si vous préférez. Dans ces instants hypnagogiques où l’on ne sait plus très bien « où on habite ».

Et c’est ça, comme les personnages, rapidement on ne sait plus où se situer  et cette in-situation dure pour notre plus grand plaisir. Il faut lâcher prise, ne pas retenir, ne pas chercher à redresser la barre. Au contraire, plonger dans « un de ces rêves vaguement désagréable qui ne virent pourtant jamais pleinement au cauchemar » là où l’auteur nous offre alors dans un style bref, précis, une solide galerie de portraits camusiens ‘’d’étrangers’’ à nos arrangements avec la vie, « celle des moutons dociles et imbéciles ».

Ils sont transgression.

On dégringole de vie speed stoppée nette en vieillesse, de solitude en effacement des autres, en effacement du temps, en réclusion volontaire dans un changement voulu sinon revendiqué de la réalité des choses. La notre de réalité, pas la leur. La leur est celle des ‘’voyants’’, elle n’a pas de frontière. La vie, la mort…bof !

Ils nidifient dans divers lieux « où plus rien ne (les) atteint(s) » par une sorte d’autisme, « juste perdu(s) dans un entre deux » «pour (se) promener sans fin dans (leur) monde intérieur »,  teinté de t.o.c. ou d’addiction fondés dans la plupart des cas sur la littérature, la lecture, les livres jusqu’à en dévorer… tout crûment, parfois.

Et la chaussure direz-vous, ce n’est pas un bouquin. Oui, vous aurez raison, une exception qui confirme…

A propos, quelle est votre pointure ?

 

éditions Durand-Peyroles