Les Rides ( Cun ) dans la peinture chinoise

 

 

 

Après avoir appliqué les grandes lignes de sa composition et les contours des objets, le peintre doit insuffler la vie à son œuvre. Il utilise pour cela les rides ( cun ).

C’est un surpeint ajouté de la pointe d’un pinceau sec manœuvré de biais afin de fragmenter les surfaces et les volumes, d’en marquer les accidents, d’en décrire la texture et le grain, de marquer les ombres à l'aide de traits fins, de hachures. La ride vise donc bien à suggérer le relief vivant des choses, à en figurer l’essence.

En Occident, toutes ces fonctions relèvent de la ligne, de la couleur, des ombres et de la perspective.

Nous touchons là coeur du phénomène pictural, au point de rencontre de l’œil et de l’esprit c’est-à-dire de l’ingénuité de la perception et du système conventionnel de la représentation de celle-ci.

Les noms et classifications des rides partent en tout premier lieu de l’observation de la nature, de ses formes particulières, ce ne sont en aucun cas des créations arbitraires.

Aux premiers âges de la peinture, les peintres apportent une contribution originale, chacun créant son type particulier de rides. Le langage pictural gagne alors à chaque ajout en complexité, mais simultanément, il perd en liberté.

Dès les Ming, tous les systèmes de rides ont été inventoriés et fixés. Le peintre ne peut plus alors échafauder à partir de la nature mais à partir des conventions fixées par ses prédécesseurs. Entre la montagne qu’il voit et celle qu’il peint s’interposent toutes celles peintes avant. La création se fait dès lors dans l’espace de la réinterprétation ou de l’usage nouveau. Ainsi, certains tels Shitao et Zhang Rong par exemple transgressent cet académisme. Le premier affirme "et s'il arrive que mon oeuvre se rencontre avec celle de tel autre maître (du passé, ndlr), c'est lui qui me suit et non moi qui l'ai cherché." quant au second il ne déplore pas "d'être dépourvu du style des deux Wang (grands calligraphes du passé, ndlr)" mais déplore "seulement que les deux Wang soient dépourvus de (son) style" !!!

  

Shitao - Paysage

Il existe de nombreuses catégories de rides, de douze à seize selon les auteurs classiques, sans compter les divers points aussi très utilisés. En voici quelques unes.

 

Juanyun cun 

Rides nuages enroulés

Enroulements en superposition de volutes circulaires.

Figuration de l’érosion des schistes.

Fupi cun  Rides taillées à la hache

Forme de copeau de bois, épais à un bout, mince et déchiqueté à l’autre.

Figuration d’une érosion fraîche en pans larges anguleux.

Maya cun Rides dents de cheval

Même forme que ci-dessus mais plus courte

Pima cun Ride chanvre éparpillé Tiges de chanvre dispersées sur une aire.

Figuration des pentes de terrains glaciaires d’ancienne érosion ou les étendues peu accidentées de faible relief.

Jiesuo cun Ride corde détoronnée

Variante du précédent mais en lignes tordues en spirales comme les torons d’une corde.

Figuration de l’érosion soudaine de pics granitique.

Guimian cun

 

Ride face de diable

Forme en face grimaçante de vieillard, en lignes tremblées et discontinues.

Figuration des surfaces très rugueuses des érosion extrêmes des structures monolithiques.

Kulou cun Ride crâne de squelette Affecte la forme d’un crâne.
Luanchai cun Ride fagot emmêlé Entrecroisements de traits confus et anguleux.
Zhimua cun Ride grain de sésame

Pointillés.

Figuration des grès et des formations sablonneuses.

Tanwo cun Ride cavité ronde

Traits concentriques en forme de tourbillon.

Figuration des cavités rondes de certaines pierres.

Fantou cun Ride pierre d’alun

Forme en série de bosses chauves juxtaposées.

Figuration du sommet de montagnes granitiques érodées

 

 

Pour en savoir plus, consulter « Les Propos sur la Peinture du Moine Citrouilles-Amère » de Shitao ( trad Pierre Ryckmans) Ed Plon et « Some Technical Terms of Chinese Painting » de B.March Ed Baltimore.

 

 

Ce texte doit... tout... aux commentaires du texte de Shitao par Pierre Ryckmans !