Les religions

et 

le mystère de la vie

 

 

''Des fleurs meurent chaque jour...''      2004      JLMi

 Conférences de Ysé Tardan Masquelier

Université Inter Âges Sorbonne 2001

 Notes manuscrites complétées par recherches bibliographiques et iconographique

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.          Qu’est-ce que la vie ?

.          Mythes des Proche et Moyen Orient antiques sur la vie.

.          Les philosophies de la Grèce antique et la vie

.          La vie humaine dans le judaïsme

.          Le christianisme et la vie humaine

.          Conception musulmane de la vie

.          Les mythes védiques d’origine

.          Croyances et rites hindous autour de la vie

.          Le bouddhisme et la vie

.          Conception chinoise de la vie

.          La vie dans les traditions polythéistes (Afrique, Amérique)

  ***

Qu’est-ce que la vie ?

 

Il y a discordance entre :

.          Les connaissances nouvelles, en particulier médicales & génétiques

.          La réalité quotidienne

.          Ce que proposent les religions sur les origines 

La vision occidentale est influencée par le monothéisme qui propose un dieu créateur cause première de la vie.

Un décalage existe entre :

.          Les normes et les lois religieuses

.          Le droit public

.          La conduite individuelle

d’où des significations différentes du terme religion.

Il y a pluralité des termes : ‘’vie’’,’’origine’’, ‘’commencement’’. L’origine est différente du commencement. L’opposition des systèmes religieux est fondée sur le caractère sacré de la vie.

Concept d’origine.

.          Toujours construit par l’homme !

.          Ne se situe pas au niveau de l’histoire individuelle

.          Faiblesse de la langue française qui n’a qu’un mot ‘’vie’’ pour désigner des notions différentes.  

Il existe des conceptions :

.          Mécaniste qui tire profit de l’ordre expérimental

.          Vitaliste qui se fonde sur l’idée d’un bien donné par la nature, l’homme étant toujours second.

Qu’est-ce qu’une âme ?

Au départ, vient de gorge, ce qui permet de respirer, de manger. C’est la force vitale. 

L’âme corporelle est une présence diffuse. Elle permet à l’être humain de vivre. Elle va se placer ailleurs après la mort.

Ce principe vital est déjà présent dans le fœtus. C’est un ‘’esprit’’ capable de quitter l’enveloppe humaine lors de la mort voire du sommeil. L’homme n’en est ni responsable ni propriétaire. Le monothéisme qui introduit le dieu créateur tout puissant de la vie, pose le problème de l’âme et de l’animal. Le passage du concept vitaliste au concept créativiste a lieu environ huit siècles avant notre ère.

 

 ***

Mythes des Proche et Moyen Orient antiques

 

     Avec les mythes premiers de l’histoire de l’humanité, nous sommes aux origines de la religion.

     Ces mythes sont les idées que les hommes se faisaient sur l’origine de la vie.

     Selon les cultures, il existe de gros écarts. De la Palestine à l’Anatolie des documents existent qui nous permettent des interprètations.

Néolithique.

     Il est aujourd’hui admis que la sédentarisation de l’homme, avec la découverte de l’agriculture et la création de lieux d’inhumations fixes a eu lieu vers – 12000 av JC.

     Par contre, l’interprétation selon laquelle cette sédentarisation aurait été à l’origine de l’apparition de l’idée religieuse, n’est plus retenue. La révolution mentale a précédé la révolution sociétale.

     On en veut pour preuve ( J.Cauvin ) les assemblages de symbôles individualisés dans l’art pariétal du Levan:

.          La Femme : fécondité

.          Le Taureau la puissance, le pouvoir.

C’est la première ‘’déesse-mère’’, le ‘’masculin’’ est en position seconde, même si l’art pariétal ne laisse pas apparaître de hiérarchie et ne révèle pas véritablement un être suprême.

Vers – 10000/- 9000 av JC, le thème de l’oran apparaît – oran de oraison, celui qui prie -  avec un être ailé debout aux bras levés. C’est la première marque de la subordination de l’homme au divin.

     Le taureau reste prédominant, mais l’homme, plus faible, s’affirme en s’y opposant. Il acquière ainsi la virilité. C’est la personification de la conscience. Le modèle du héros se fait jour.

     Le divin est pourvoyeur de vie, il est féminin, le taureau et l’homme sont le principe masculin.

     On atteint ici à la représentation mentale d’un haut et d’un bas (cf les bras levés).

     Cette ‘’religion’’ première est fondée sur le don de vie et la mise en relation.

     A la fin du néolithique, vers –7500/-6500 av JC, soit juste avant l’apparition des premiers documents écrits (-6300), un événement nouveau se produit, c’est la renomadisation. Elle correspond à une première expansion des idées par l’art vers l’est et vers l’ouest. Cette culture est donc porteuse de mutation et créatrice de cadres nouveaux pour un homme qui maîtrise sa situation.

     ( cette renomadisation est citée dans la Bible avec la demande de Dieu à Abraham d’aller ailleurs…)

 

En Afrique et en Océanie, il existe à même époque des cultures aussi intéressantes, mais, actuellement, nous ne possédons pas pour elles de proximité avec l’art pariétal, l’art néolithique.

 

 

Les hommes du paléolithique ont abandonné sur différents sites européens de petites statuettes féminines en pierre, majestueuses dans leur nudité, et dont les caractères sexuels sont particulièrement mis en évidence : ventre rebondi au nombril souvent distendu, seins lourds, triangle pubien très apparent dont un exemple frappant est la "Vénus" de Willendorf (Autriche) qui date de vers 30 000 av. J.-C. Ces figurines attestent, dès cette période très ancienne de l'histoire de l'Homo sapiens, la déification de la fertilité féminine.

            Au néolithique, d'autres représentations sculptées de styles variés, mais dont les caractéristiques féminines sont toujours soulignées, ont été retrouvées dans toute l'Asie Mineure et l'Europe. C'est d'ailleurs aussi au néolithique que se développe la croyance en des dieux masculins. Ces formes primitives de divinité ont eu des attributions déjà sensiblement plus évoluées et générales : elles symbolisaient à la fois la fertilité de la terre, la fécondité des animaux et celle des êtres humains. On peut les appeler chez les agriculteurs-éleveurs, "Déesse Terre ", et chez les chasseurs-cueilleurs montagnards "maîtresse des animaux", car nous ne savons pas si elles portaient un nom. Ces figures de la déesse-mère ont existé dans le monde entier, aussi bien en Extrême-Orient qu'en Amérique, en Afrique qu'en Océanie.

 

Début du IIIème millénaire av JC : les Mythes organisés.  

Sumer.

La littérature.

     L’apparition de textes permet de grands progrès dans l’approche des idées religieuses.

     L’origine de l’écriture est à rechercher dans la comptabilité et non dans la mémorisation des idées.

Toutefois, au début du III ème millénaire av notre ère, des fragments de textes peuvent être croisés et donnent des éléments complémentaires des mythes d’origine. Ce sont des éléments de mémoire collective conservés sur des supports durables, argile ou pierre.

     Les mythes s’occupent de poser les existences des choses et du vivant. Il y a là intemporalité. Ils permettent de comprendre statuts et missions de l’humanité.

     Ces mythes sont toujours antérieurs à l’homme. Cette antériorité est de principe, elle n’est nullement chronologique.

 Les mythes

     Nous avons là l’intemporalité du mythe :‘çà a toujours été comme cela’. (Une interprètation superficielle conduirait à penser à un fatalisme sumérien. Ce n’est absolument pas le cas.)

     Aucun document du III millénaire ne traite de la création. Mais nous disposons de récits, poèmes, histoires et épopées : épopée du héros Gilgamesh, poèmes de Atra-Hasis qui décrivent les relations entre les dieux, histoires du mythe d’Enky. Ces textes font référence aux origines.

Un verbe revient constamment ban-û : créer, dans de nombreuses acceptations : dieu fait l’homme à partir d’argile, l’artisan construit une maison, l’esprit de l’homme crée la justice, la sagesse. ( certains voient dans ce verbe la racine de Ben, fils de…)

Ban-û c’est donc créer à partir de la matière et à partir de rien, exister à partir d’un dieu.

 

Le dieu créateur El est ‘beny benout’ ou créateur des créatures.

L’homme est un projet qui prend forme avec l’énergie d’un dieu :

     De haut en bas...

.          A partir d’argile et d’eau, mythe d’Enky, fils de la terre

.          A partir d’argile et de sang et/ou de chair d’un dieu sacrifié (principe d’immanence)

De bas en haut...

.          Par émergence de la terre (mère)

Selon Atra-Hasis, l’homme émergeant de ces créations est un ‘loullou’, un sauvageon. Il est proche d’un animal et il arrive sur une terre déjà créée.

A Sumer, pas de paradis terrestre. Le monde est tel qu’il est, sans explication sur son origine.

Pas de notion de pêché originel non plus. L’homme est comme çà, bon et mauvais, car les dieux sont bons et mauvais.

« Les textes mythologiques d’expression sumérienne qui évoquent les premiers commencements n’envisagent jamais l’existence d’un âge d’or des origines, ni un paradis perdu. Au contraire, ils cherchent à décrire le néant. Les plus anciennes formes de vie, divines ou humaines, qui apparaissent avant l’organisation définitive du monde, sont marquées par le manque et la précarité » (d’après Brigitte Lion, Univ Paris 1, Liège oct 2001)

L’esprit persiste après la mort, mais les dieux se sont réservés l’immortalité.

Pour l’homme cette immortalité est possible collectivement, par la procréation (continuité, force biologique), la mémoire (des mythes et des morts).

Pourquoi les dieux ont-ils créé les hommes ? De nombreux textes nous éclairent à ce sujet.

Les dieux ont créé les hommes afin de se décharger du  travail qu’ils faisaient eux-mêmes jusqu’ici et puissent ainsi se reposer !

« Lorsque les dieux étaient comme l’homme, ils étaient à la tâche… » (Atra-Hasis)

Les dieux travailleurs se révoltent et protestent auprès de Enky : « et l’homme porte le panier des dieux… » (idem).

La finalité du travail de l’homme est alors très simple, l’entretien des temples des dieux ! L’homme meure ? C’est parce que les dieux en ont décidé ainsi.

Ce n’est pas un châtiment (pas de pêché originel). C’est comme cela.

(C’est pour ceci que certains ont parlé de fatalisme alors que ce n’en est pas un.)

Ces mythes montre une continuité et une contiguïté entre les dieux/les hommes/les animaux. L’homme s’intègre par l’initiation, par les rituels, par la culture. Il n’existe pas de rupture entre ces niveaux. Seule l’immortalité distingue les dieux.

Cette sauvagerie initiale de l’homme n’apparaît pas non plus dans la Bible. L’homme est au dessus des animaux :  « L’homme donne des noms à tous les animaux… ». Ceci se retrouve ancré dans nos pensées occidentales !

Ecriture sumérienne.

L’Egypte.

Les Mythes.

Dans les mythes de la création du monde, l’homme n’est pas au centre. Il n’y a pas de premier homme. Ils parlent d’espèces, pas d’individualités.

Il existe plusieurs dieux démiurges.

Tout s’inscrit dans une continuité du cosmos.

Dans un texte de Merikarê, vers –2100, qui explique que les processus de la création convergent vers l’homme, figure ce passage :  « Les hommes sont le troupeau de dieu. ».

Ensuite, le dieu crée le souffle et l’homme devient central.

Dans l’humain égyptien, il y a deux parties indissociables :

.          Une part mystérieuse, immatérielle, cachée

.          Une part concrête, perceptible

 Cette seconde part marque l’importance du corps pour les égyptiens. Le corps vivant est l’objet de nombreuses parures. Cette importance qui les conduira à l’embaumement et à la momification, du corps mort.

Le corps

Part perceptible.

     Ce corps est gouverné par le cœur. Cet organe est le centre fondamental où tout se décide. L’importance du cœur est marquée par sa pesée lors de l’embaumement, son poids étant un indicateur de vertu.

     La tête elle n’est que le siège du sensoriel.

     Le souffle est d’une importance capitale car il s’arrête avec la mort et on n’a pas d’explication valable à cela, il reste donc mystérieux. Il est indépendant de la volonté humaine, c’est un don de dieu qui échappe à l’homme.

     L’ombre revêt aussi un caractère tout particulier. Elle est dépendante de l’homme en vie. Pour les égyptiens, elle survit à l’homme dans le tombeau.

     Enfin, le nom. Sans nom, l’homme n’existe pas. Le nom est le chiffre de la personnalité. Nommer, c’est créer. Si l’on n’a pas de nom, il est impossible de sortir du néant, c’est l’oubli éternel. D’où, dans les sépultures, le caractère fondamental de la prière gravée à l’entrée et qui indique qui est enseveli là. Ainsi, les condamnés à mort voient leurs noms effacés de tous les documents. Ils n’existent plus et ils n’ont pas existé.

L’Egypte

Part mystérieuse.

     Elle est composée de deux éléments :

     Le Ka est défini comme l’énergie propre à chaque homme. Il  permet à la vie de s’exprimer. C’est un double de l’homme qui lui survit. Il a une place importante dans la statuaire. La statue du Ka est mise dans le tombeau, car il en est le visiteur privilégié.

     Il existe une période transitoire délicate lorsqu’après la mort, le Ka se sépare du corps. Ce passage du livre des morts n’est pas sans similitude avec le livre des morts tibétains et la description du bardô.

Le Ba,sorte d’âme, qui est figuré par une espèce de volatil qui anime l’homme. Il se trouve toujours au-dessus. C’est la parcelle de divin qui a accès à l’au-delà.

Au début ce Ba est l’apanage du seul pharaon puis, à la fin du IIIème millénaire, cette notion se ‘démocratise’, tous les hommes en sont détenteurs.

La mort.     

La mort est considérée comme l’entrée dans une vie plus haute, bienheureuse. Cette croyance est très ancrée dès la fin du IIIème millénaire.

C’est probablement d’Egypte que vient la notion de trinité (Atoum, le démiurge présent dans Noun, le chaos originel où il ‘’donne naisssance’’ à Chou et Tefnout à partir desquels la vie va se propager normalement… « je suis la Vie, le seigneur illimité qu’Atoum l’ancien a créé par sa puissance quand l’unique était et qu’il devint trois… » Cette multiplication n’affecte en rien l’unité fondamentale)  et c’est en Egypte encore que l’idée d’un homme-dieu existait (pharaon).

( d’après Histoire des Religions Pléïade p 111 )

 

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Les philosophies de la Grèce antique

et la vie

Introduction

    La philosophie est grecque. C’est une méditation sur la vie. Le mot être trouve sa conjugaison complète dans la seule langue grecque.

Il est courant de parler des philosophies grecques. En fait, il conviendrait de dire la philosophie grecque. C’est elle qui est toujours vivante dans nos quotidiens d’aujourd’hui.

Elle n’est pas universelle, elle n’a marqué que l’occident. Ceci donne un relief particulier aux événements récents du monde et à notre incompréhension face à d’autres manières de voir.

Les évidences.

     Dans notre quotidien, il y a des évidences, des choses que l’on conçoit mais que l’on aurait du mal à définir clairement. Nous avons transformé trop souvent ces évidences en certitudes !

Différence entre vie et non-vie.

     Nous ne savons pas donner une définition claire de la vie. Les penseurs en ont une, les médecins une autre, la Loi une troisième... ceci montre combien cette évidence est difficile à cerner.

     Naturellement, nous faisons des séparations entre vie et non-vie, entre animal et pierre, entre dieu et homme

Ontologie.

     La connaissance de l’être. C’est pour nous une évidence naturelle que l’être est double, qu’il a une version quotidienne et une version supérieure.

Âme.

     La différence entre la vie  et la non-vie vient du fait que la vie est animée. Cette animation vient de l’âme.

     L’éthymologie de âme est animus, anima c’est à dire Souffle. L’âma respire en l’homme.

     Cette âme-souffle est une évidence culturelle européenne. En Chine, par exemple, les deux termes sont très différents.

     Âme et souffle non sont pas apparents.

Différence entre visible et invisible.

     De cette différence aussi nous avons une compréhension naturelle. La philosophie grecque est le rapport à l’inapparent. C’est la métaphysique, l’au-delà de la nature, l’aéu-delà du physique.

     Platon et Aristote ont ouvert cette voie que nous suivons toujours aujourd’hui.

L’au-delà du physique.

Avant Platon : Parménide & Héraclite.

    La pensée grecque dans ce domaine a pris forme cinq siècle avant notre ère avec Parménide et Héraclite.

     Pour le premier, fondateur de l’ontologie, l’être est un, continu et éternel, rien ne naît de rien. Rien ne peut se transformer, donc nos sens sont trompeurs.

Pour le second, il y a mouvement, animation, du fait de la contradiction entre deux états de la matière. Tout est ‘’arbitré’’ par le logos, la raison. Tout se transforme, rien n’est éternel. Nos sens sont fiables.

Platon et la vie.

     Un siècle plus tard, Platon dit que pour penser, il faut dépasser son corps. « Le corps fait obstacle à la connaissance, et l’âme doit s’en dégager pour atteindre la vérité. ». Avant d’être dans le monde sensible, notre esprit a été en contact avec un monde intellectuel. Le monde sensible est une illusion. En le quittant nous rejoignons la réalité.

     Notre monde est imparfait alors que l’intellect est parfait. Ainsi, l’idée de justice, nous voyons ce que c’est, sans savoir l’expliquer et en la vivant très imparfaitement. De même de la vérité et du mensonge. Nous avons du mal à nous dépêtrer des compromissions.

     Dans une sentence célèbre «  Tou biou zôê », Platon utilise deux formes pour le mot vie.

     Biou que l’on retrouve dans bio et Zôê que l’on retrouve dans zoo. Pour lui, il existe donc deux vies.

     Nous retrouvons ceci clairement, dans les évangiles écrits en grec. Dieu dit « Je suis la Vie ». C’est zôê qui est utilisé.

Schéma

Ciel Dieu zôê vie Être
Terre Homme biou vie étant

   

 

L’homme est en bas.     Ce schèma ne résume que la pensée occidentale. L’orient ne perçoit pas ces choses de la même façon.

Le monde platonicien est dual.

Vie et vie.

     Notre vie terrestre n’est que le pâle reflet de la Vie.

     Il y a discontinuité entre l’Être et l’étant. L’homme est un affadissement de l’Homme, mais il est le seul du règne animal à pouvoir concevoir l’Au-dessus.

     Comprendre la Vie, c’est comprendre l’inapparence de l’Être.

     Plotin dernier penseur de cette lignée, au IIIème siècle ap JC parle de trois hypostases ( parties substancielles d’un tout )  dans la création dont la plus élevée est l’Être.

     Le christianisme a repris cette idée et a transformé l’Être en Dieu.

Autres façons grecques de voir le monde.

     Deux autres écoles de pensée sont à considérer en Grèce : les Stoïciens ( Zénon, Epictète, Cicéron, Sénèque, Marc-Aurèle) et les Epicuriens ( Epicure, Lucrèce).

Stoïciens.

     La dichotomie est beaucoup plus faible. Le monde est le résultat de deux forces, l’une active, l’autre passive régulées par une puissance supérieure, le ‘’logos’’ (voir Héraclite). Chaque individu est un monde en miniature, un ‘’microcosme’’ qui est le reflet d’un ‘’macrocosme’’.

Rien n’arrive par hasard.Tout ce qui arrive est le fruit de la nécessité.

Il en découle un droit naturel, le même pour tous les hommes, jusque et y compris les esclaves.

De ceci, Cicéron créa le concept d’humanisme et Sénèque ajouta que l’homme est sacré pour l’homme.

Epicuriens.

     Pour cette école, le monde n’est plus coupé en deux.  Il est un agrégat d’atomes qui n’est pas créé. « Il y a ! ».

     Âme et corps sont des organisations différentes des atomes. Il n’y a pas de déperdition spirituelle comme il n’y a pas de déperdition de matière. Tout fonctionne à quantité finie, constante.

     Les agrégats se sont et se défont sans changement qualitif. Cet univers est moniste.

     L’épicurisme n’a pas eu de postérité.

     Cette vision est proche de certaines pensées de l’orient.

 

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La vie humaine dans le judaïsme

Aperçu chronologique.

De –1800 à –1700 av notre ère, les tribus sémitiques migrent de la Chaldée jusquà la région d’Harran (Syrie). Un groupe araméen se sédentarise. Le centre religieux est à Harran, où l’on vénère le dieu lune des nomades sous le même nom et les mêmes traits qu’en Chaldée dans les métropoles.

De –1700 à –1600, les tribus migrent jusqu’en terre de Canaan où elles se mêlent aux populations indigènes dont elles parlent la langue et fréquentent les sanctuaires. Elles prennent le nom d’Hébreux, de ‘ibrim, « ceux d’au-delà » de l’Euphrate. Une partie se sédentarise.

De –1500 à –1400, l’une des plus importantes tribus des Hébreux prend le nom de fils d’Israël du nom de son ancêtre éponyme. Par les lois de la tranhumance, elle descend en territoire égyptien où elle se sédentarise. Faveur puis oppression sous les pharaons de la XIXème dynastie.

Au XIIIème siècle av notre ère, avant Ramsès II sous la conduite de Moïse, il y a exode des fils d’Israël. Moïse leur donne une loi et un culte. Marche au désert du Sinaï.

Vers –1230/-1220, arrivée en terre de Canaan et combats pour la conquête du pays avec le concours des tribus de même origine qui sont restées parmi les autochtones.

Durant le XI ème siècle av JC, installation en Canaan. Le nom d’Israël est donné aux envahisseurs qui élisent un roi...

Origines du judaïsme.

Généralités

Avec le judaïsme, nous abordons les monothéismes : judaïsme, christianisme et islamisme.

     Contrairement aux idées reçues, il existe de grandes différences entre ces trois religions même si elles ont des racines communes.

     La Vie = Dieu, elle lui appartient en excès.  Il la  donne à l’être / l’homme.

     Les textes les plus anciens attestent de ce courant vitaliste. La saveur de la vie est de l’ordre du sacré : jouissance comme appréhension dans leurs sens les plus forts.

Les mots

Nefesh = âme.               ( on retrouve nafs en arabe)

Nous en trouvons deux traductions dans les langues de l’époque :

Grec  psyché --- psychos = vent

Latin anima  --- animus  = vent

Première idée, nefesh est plus simple, plus concret. C’est le souffle qui donne une aspiration. Nefesh est associé au désir de Dieu, un dieu vivant.

Seconde idée, nefesh est la vie, vie contenue dans le sang (Génèse 9-4).

Nefesh est l’énergie qui circule. La vie s’échappe avec le sang. Le défunt n’a plus ‘’nefesh’’, plus de souffle.

Dieu donne nesfesh car il a le souffle en surabondance. C’est la différence avec les idôles qui ne sont pas vivantes, qui n’ont pas de souffle, qui ne sont que des statues. Dieu n’a pas d’image, on ne le représente pas.

De plus au contraire des idôles, Dieu parle. Au cours des 7 jours de la Création, il dit 10 paroles.

Il y a un lien intime entre Dieu créateur et le souffle primordial. Dieu possède cela de toute éternité.

Pour Dieu nefesh ne suffit donc pas car nesfesh cesse avec la mort. Dieu ne peut être lié avec quelquechose qui peut cesser. Il y a donc autre chose,

Ruah  = esprit                   ( on retrouve rûh en arabe)

Cet esprit est la racine de respirer, c’est la conscience divine, le projet intégré de la Création. Ce ruah referme une notion de puissance continue, de présence continue. Dieu est toujours là ! Providence, présence vivante.

Les prophètes sont des hommes inspirés, ils recoivent ce souffle particulier. (cf A.Neher)

Si Dieu arrêtait de souffler, l’homme redeviendrait poussière, le matériau utilisé par Dieu pour le créer. (Adam = adama = terre rouge du désert.)

Mais Dieu ne se contente pas d’insuffler l’homme, il crée tous les mouvements du cosmos.

Le don divin est inaliénable et intangible.

Ainsi, toucher à la vie est exclu comme le précisent les textes fondateurs. L’homme n’a pas à y toucher, ni à la transformer. La vie est un dépôt sacré car c’est le fond, la source de l’être humain.

( on trouve là l’origine du rejet de la génétique par les monothéismes. Il convient de préserver le fondement de l’identité de l’homme.)

Le judaïsme & la tradition juive.

Le judaïsme est la prermière religion à déclarer la responsabilité de l’homme.

Mitsva = commandement. Il en existe six cent treize.

Plusieurs règlent la vie, son entretien, sa transmission.

Torah  d’abord orale, elle est éternelle. Elle a existé avant l’homme, elle est originelle. « Dieu a créé en lisant dans la Torah. ».

Elle a été révélée à Moïse qui l’a écrite.

Talmud = textes rabbiniques. Les rabbins sont les successeurs de Moïse. Le Talmud a pour origine la dispersion des juifs après la destruction du temple de Jérusalem en 70 ap JC.

Un premier texte, Mishnah, rédigé de 70 à 300 env, précise la norme et les lois que doit suivre un homme pieux.

D’autres textes suivent, jusqu’au V ème siècle, (talmud de Babylone, talmud de Jérusalem) textes d’exégèse puis d’exégèse des exégèses.

Ces interprétations ésotériques et symboliques constituent la kabbale dont le livre classique est le Zohar.

Le hassidisme - de hassid / homme pieux - développe une kabbale dévote et une kabbale de la connaissance.

Ces textes visent à définir la liberté de l’homme face à Dieu et face à la nature.

Les rabbins sont repartis de la Génèse et ont étudié la racine des mots.

Bereshit... = Au commencement...

En fait bereshit veut dire ‘’Au, lors de’’ et ‘’pour, en vue de’’

Ainsi, « le ciel et la terre sont créés en vue de l’homme, pour la manifestation de la Torah. ».

Le monde – olam , qui se traduit aussi par caché ! – n’est pas un livre ouvert par pour l’homme. Il recèle un mystère. L’opacité du monde cache l’essentiel.

Pourquoi ? Dieu se cache au centre de sa création. C’est tsimtsoum, le retrait de Dieu pour laisser la liberté à l’homme. Dieu se cache pour que l’homme puisse se situer dans sa liberté de rechercher...Dieu.

Adam est créé le 6 ème jour. Le 7 ème, Dieu s’est mis en Sabbat – du verbe cesser de faire -. «  Dieu, l’Etre qui donne l’être, laisse l’homme qui est l’être qui reçoit l’être. »

 

Dans le talmud araméen, cette création – idée d’autonomie - est une naissance, une séparation, un ‘’exil’’, sans que cela soustende une quelconque notion de pêché originel.

Avant sa naissance, l’homme sait. En naissant, il gagne la vie et il perd la connaissance intuitive du mystère de la vie du fait du traumatisme subit.

L’homme créé a choisi la connaissance du bien et du mal. Le hassid doit tracer son chemin entre le bien et le mal. Il doit ramener l’homme à sa racine, parachever l’œuvre du Créateur.

Judaïsme mystique.

La Torah – orale - est l’âme du monde. D’après le Zohar attribué à Moïse de Léon, texte pricipal de la Kabbale, on trouve cet avertissement : « Malheur à celui qui voit dans la Torah des histoires pour le vulgaire… ». Toutes les paroles de la Torah ont un sens caché.

Quand la Torah est arrivé en ce monde, elle était ‘’trop puissante’’, en l’état, pour l’homme. Elle s’est donc parée de récits de ce monde pour se faire mieux accepter, mais aussi pour protéger les Mitvots.

Il faut considérer l’âme de la Torah afin de trouver, après la vie, l’âme de l’âme de la Torah !

Ainsi la Torah possède 4 niveaux :

.          Son vêtement                   les histoires pour le vulgaire

.          Son corps

.          Son âme                        cœur de la Torah

.          L’âme de son âme         niveau divin

Elle est le plan de la Création.

La vie comme mystère.

Tout être humain a une prémonition de la Torah originelle. Le fœtus connaît cette Torah. A sa naissance, sa bouche se clôt sur le secret afin qu’il l’oublie.

A la naissance, il gagne d’exister, d’être un interlocuteur pour Dieu. En contre partie, il perd la connaissance intuitive du mystère de la vie. Homme pieux, il va tout faire pour la retrouver.

Il y a similitude entre la naissance de l’enfant et la création du monde. Le monde est dans la même situation que l’enfant.

Les grands actes fondamentaux – Mitsvots- du juif pieux concernent la vie, sa propagation, sa conservation.

Le plus important concerne la procréation hissée au niveau de devoir religieux. Il faut poursuivre la tradition de la Génèse. La finalité du monde est d’être peuplé. « Ne pas procréer est se mettre en dehors de l’alliance. » (talmud de Babylone). D’autres disent « l’homme –la femme –qui procrée accomplit un acte messianique. ».

Pourquoi ? Les âmes ont été créées en nombre fini, dès l’origine. Procréer c’est donner une chance à une âme. Toutes les âmes devront être incarnées avant l’arrivée du Messie.

L’autre Mitsva important concerne l’obligation de circoncision. Cela va également dans le sens messianique. Le 8 ème jour est le début d’un nouveau cycle de création. Celui d’après sabbat.

La circoncision est le sceau de l’Alliance de l’homme et de Dieu. Elle est donc faite le 8 ème jour après la naissance.

Le 8 ème est aussi symbolique à la Pâque juive. C’est le jour d’après le jour et la nuit.

Pour conclure : toutes ces interprétations donnent lieu à des rites toujours très suivis aujourd’hui.

 

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Le Christianisme et la vie humaine

 

Les fondements sont dans une forte attache au judaïsme. Le Christ amène deux dimensions, la vie divine et la vie humaine.

Le Christ.

Dans les évangiles, des valeurs sont développées. Dans le prologue de Saint-Jean, l’approche est ontologique :  « Au commence le Verbe était, et le Verbe était avec Dieu, et le Verbe était Dieu... ». Nous avons là un rattachement direct à l’Ancien Testament, le Verbe est équivalent au ruah des juifs.

Dans le christianisme, trois termes sont liés : Verbe / Vie / Lumière. C’est une relation nouvelle entre le logos et le bios, entre le sens et la vie, deux termes peu associés dans la tradition grecque, très liés dans le christianisme initial.

Dans Saint Jean, cette relation logos—-bios, se traduit par l’idée de la lumière qui gagne sur les ténèbres.

Au milieu du second siècle, les pères grecs parlent du Christ comme du Verbe de Vie. Ici, logos est germe de vie spirituelle.

Cette notion s’est élaborée progressivement en relation avec le dogme de l’Incarnation. Elle est ‘’révolutionnaire’’, loin, très loin de la philosophie grecque.

L’olympe grec dit bien que des dieux viennent sur terre. Mais ils se déguisent pour tromper les hommes, les abuser.

Pour le christianisme, c’est très différent, Dieu s’est fait homme, est mort, est ressucité.

Cette idée d’incarnation a fait longtemps débat, parfois avec violence dans certains conciles. C’est ainsi que des groupes de pensée, pour lesquels Jésus n’était pas mort sur la croix et encore moins ressucité, ont été exclus du christianisme 

C’est de ce concept d’incarnation que découle l’éminente dignité du corps humain que l’on retrouve affirmé dans le « ceci est mon corps... » du rite eucharistique. Il n’y a qu’un seul pain, il n’y a qu’un seul corps.

Toutefois, ce corps n’est pas sacré, dans les entretiens avec Nicodème relatés par Saint Jean, Jésus indique que l’homme doit inverser son système de valeurs. « Né d’en bas, il doit accepter de naître d’en haut. » Ce naître d’en haut vient d’une traduction possible de de nouveau, dès le début. Naître d’en haut, c’est naître au royaume de Dieu, à la vie éternelle.

Il y a une vie finie, donnée puis rendue et une vie infinie, royaume de Dieu, vie éternelle, plénitude.

La vie est finie est imparfaite et douloureuse mais non méprisable. Pour preuve, Jésus soigne les corps. Cette vie a un sens qui vient d’ailleurs : l’existentiel a un sens par l’essentiel. La vie sur terre est seconde, mais en elle seule se trouve le moyen d’atteindre l’autre, de bâtir une vie éternelle ( promesse et plénitude). La vie sur terre est la voie ! La vie sur terre est irremplaçable. (voir les textes sur le bon pasteur... la connaissance réciproque du berger et de ses brebis ne vaut que parce qu’il y a réciprocité de connaissance entre le Père et le Fils.).

Ensuite, c’est Saint Paul qui dépassera ce symbole du corps pour arriver au corps de l’église.

Conception gnostique.

Le gnosticisme rassemble les adeptes de la connaissance supérieure (la gnose). Ces adeptes ce rassemblent dans beaucoup de petits groupes ayant chacun leurs textes fondateurs.

Un trait commun, la vie est méprisable. Le monde est mauvais.

Cette conclusion vient de l’interrogation pourquoi y a-t-il le mal dans ce monde ?

Pour cela, Dieu est double. Bon, il est caché. Mauvais, c’est un démiurge, c’est lui le créateur. La création vient de son orgeuil démesuré.

On doit donc se défaire de la matière. Plus radicalement, il faut refuser d’entrer dans le cycle, il faut refuser de donner la vie, d’engendrer.

Les gnostiques revendiquent des secrets connus des seuls initiés, qui ne figurent pas dans les évangiles. Eux y ont accès par des livres comme le livre des secrets de Jean.

On trouve dans ce texte que les valets du démiurge, les Archontes, ont tenté Adam pour qu’il mange l’arbre de vie qui est en fait l’arbre de mort. Adam est trompé. Plus, les Archontes violent Eve qui ainsi donne naissance à des hybrides d’homme et d’archonte qui tiennent tout leur côté mauvais de ces derniers...

L’homme est en exil, il doit se désolidariser du monde, se purifier.

Appliquant le précepte de non diffusion de la vie, ces groupes se sont lentement éteints ! Toutefois leurs idées ont été largement diffusées dans l’est méditerranéen. Elles ont tenu jusqu’aux Cathares (les Purs).

En effet, dans cette fin de l’antiquité gréco-romaine, ces mythes désespérés et désespérants ont fait beaucoup d’adepte particulièrement parmi les philosophes. De ce fait, les gnostiques furent des adversaires très puissants du christianisme.

Si l’on compare les premiers évangiles et les textes du début du Moyen-Age, on voit que le corps est beaucoup plus déconsidéré, trace de l’influence gnostique.

Evolution du christianisme.

Un thème de discussion théologiques a tenu tout le Moyen-Age : à quel moment l’âme vient-elle dans l’embryon ?

Deux propositions opposées :immédiatement à la conception ou en différé, à un moment particulier du développement du fœtus.

Chaque âme est créée individuellement par Dieu. Elle est unique. Les parents sont associés, coadjuteurs, en ce sens qu’ils apportent le support de l’âme. Ainsi, l’œuvre de procréation est bonne pour une large majorité des théologiens, car elle permet à une nouvelle âme d’arriver dans la voie d’accès à la vie éternelle, vie à laquelle elle ne peut en aucun cas accéder directement.

Le christianisme ne dit pas que toutes les âmes ont été créées au début du monde, ce qui est radicalement différent de l’approche judaïque.

Pour certains théologiens, l’âme arrive dès la conception. L’avortement est donc un crime.

Pour d’autres, l’âme arrive après car elle ne peut rien avoir à voir avec le sexuel. « On n’appellera pas homme l’embryon… »

Pour Saint Augustin, avortement est un crime dès lors qu’il y a une âme vivante dans un corps vivant, c’est à dire lorsque l’embryon bouge. Ce qui reprend le fond du droit romain. (L’Islam reprend d’ailleurs cette notion.). Les théologiens se gardent de dire quoique que ce soit sur ce qui précède ce mouvement !

Jusqu’à la fin du XIXème siècle, tant que l’embryon n’est pas animé, l’avortement n’est pas condamné si l’état de la mère le nécessite. En mil huit cent quatre vingt quinze, Rome revient là dessus : tout avortement est un crime.

L’homme à l’image de Dieu.

Pour Dieu « l’homme est à son image et il lui ressemble. »

Il y a donc non seulement copie d’un modèle mais relation de dépendance relativement à l’origine.

Ici, l’image est l’origine. La ressemblance viendra du travail de l’homme, pour certains de la procréation selon une traductioin possible du terme biblique selem .

Le pêché originel.

Cette idée a une forte importance sur la réflexion des théologiens.

La sexualité pour la procréation est bonne, mais Adam a fauté.

Pour Saint Paul, « tout homme est donné au mal. »

Saint Augustin a renforcé ceci afin de contrer son contemporain Pélage qui soutenait que l’homme pouvait s’en sortir sans la grâce divine !

A partir d’Augustin, cette notion de pêché originel va devenir un dogme. La vision de la vie devient plus pessimiste. Ceci influencera beaucoup Luther.

Le protestantisme aujourd’hui.

Il y a crise du christianisme au début du XVIème siècle.

Plusieurs pensées, protestantes, se font jour, de l’humanisme au fondamentalisme. Toutes touchent à la vie.

Le protestantisme est une individualisation de la pensée. Depuis Luther, il y a une façon protestante d’aborder la vie fondée sur trois principes (qui existent aussi dans le christianisme) :

.          Non disponibilité du corps humain (il apparteint à Dieu)

.          Inscription de l’identité dans une narration (la filiation)

.          Non définition de l’humain (toute définition est classifiante)

Le pluralisme vient s’ajouter à ceci. Il justifie les groupes fondamentalistes créationnistes qui refusent Darwin et l’évolution ? Ceci fut une réaction à la fin du XIXème siècle qui peut s’expliquer par les vancées rapides des sciences. Elle l’est moins aujourd’hui et on peut-être surpris que dans douze états américains au moins ces groupes aient réussi à faire interdire l’enseignement de cette théorie évolutionniste dans les écoles !

Doctrine actuelle de l’église catholique.

Caractéristique principale : le magistère, il n’y a qu’une seule voix !

Cette voix s’exprime par des encycliques, des lettres... Tousces textes vont dans le même sens.

.          Pie XII        (1950)’’Humanae generis’’« Dieu donne la vie »

.          Paul VI     (1968)‘’De la vie humaine’’« les parents sont coadjuteurs »

.          Jean-Paul II   (1987)‘’Don de la vie’’« l’âme est dans l’homme dès sa procréation »

(1993)‘’ Splendeur de la Vérité’’

(1995)‘’ Evangelium vitae’’

Enfin, Vatican II a affirmé que la tradition chrétienne possède autant de valeur que la révélation.

La relation de l’église à la génétique reste interrogative. Il n’y a pas de rejet (Mgr Lustiger dans Le Monde du 26/11/00).

Mais il faut deux à trois générations pour que les problèmatiques se clarifient se voient prises en compte par Rome. Aujourd’hui, ceci est en discordance avec la vitesse actuelle de l’avancée de la science.

 

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La conception musulmane de la vie

Fondamentaux.

La vision musulmane de la vie s’enracine dans celle de la Bible.

« Avant le Coran, il existait le livre de Moïse, donné pour être le guide des hommes et la preuve de la bonté de Dieu. Le Coran le confirme en langue arabe, afin que les méchants soient avertis et afin que les vertueux apprennent l’heureuse nouvelle. » Sourate XLVI,11.

Lorsque le Coran apparaît avec Mahomet, la situation géopolitique de cette région est très complexe.

En Arabie, les bédouins sont de tradition naturaliste. Pour eux, le divin est lié étroitement au Cosmos.

Mahomet produit une œuvre religieuse dans laquelle la transcendance est abordée, à l’image du tempérament de ces populations, c’est à dire radicale et abrupte.

Ce sont ces deux adjectifs qui caractérisent le mieux l’Islam.

Dieu dans le Coran.

Dieu est le vivant, celui qui subsiste. La vie divine est surabondante, (Avicenne). Dieu crée ce qu’il veut, quand il veut, comme il le veut.

Cette surabondance distingue Dieu des faux dieux.

Le thème de la création par un Dieu qui crée ex-nihilo est central dans le Coran, bien plus que dans la Bible.

Ceci vient du sentiment du nomade qui subit la nature, qui ne sent pas du tout cocréateur, qui ressent plutôt un sentiment de contingence.

Le Dieu du Coran est tout puissant, l’homme religieux doit ressentir de l’amour et de la dépendance.

Ce Dieu n’est pas dans l’Histoire. Tout commencement, tout développement est relié à l’origine divine.

Chaque être humain est créé. « Dieu crée chaque être dans la matrice. » et, Sourate XXV,2 : « Le royaume des cieux et de la terre lui appartient ;il n’a point de fils, il n’a point d’associé à l’empire ; il a créé toutes choses, et par un arrêt éternel a fixé leurs destinées. ».(on notera dans ce passage la critique de la conception chrétienne de la trinité…)

Création de l’être humain.

Dans la Bible, la création de l’homme a lieu au milieu du reste de la Création. C’est un aspect de l’histoire.

Dans le coran, le temps divin est éternel et le temps humain historique. Entre ces deux époques existe un temps angélique. Au début, l’homme coexiste avec les anges. Puis, Dieu demande aux anges de se prosterner devant sa créature. Tous s’y résolvent sauf un, Iblis.

Le dessein secret de Dieu (Avicenne) est que dans ce temps intermédiare, l’homme déclare la seigneurie de Dieu pour lui et sa descendance.

Ce fondement est le pacte primordial (fitra).

Fitra = signe de la créature

      = fatara = créer, fendre, ouvrir.

Dieu est le seigneur transcendant de l’homme. Le consentement à ce pacte primordial fait le musulman, bien avant les cinq piliers de l’Islam.

Chaque être demeure suspendu à Dieu, les autres causes sont secondes.

Le Coran indique trois niveaux successifs de création :

.          Création première = argile ---> homme

.          Création des descendants = semence humaine

.          Création ultime = vie éternelle après résurrection

Sourate XXIII,12-16 : « Nous avons créé l’homme de l’argile fine ;ensuite, nous l’avons fait goutte de sperme fixé dans un réceptacle solide. De sperme nous l’avons fait un grumeau de sang ; le grumeau de sang devint un morceau de chair, que nous avons formé en os, et nous revêtîmes les os de chair ; ensuite nous l’avons formé par une seconde création. Béni soit Dieu le plus habile des créateurs !Après avoir été créés, vous mourrez ; et ensuite vous serez ressuscité le jour de la résurrection. »

Cette vie demande à être respectée car c’est un don sur lequel l’homme n’a aucun pouvoir et par le secret de Dieu qui assure une action continuelle sur sa création.

Pour le Coran, la création est une action absolument continue. Dieu crée à chaque niveau. Tous les textes qui traitent de la vie humaine traitent de la vie éternelle. Ainsi, Sourate LXXV,37-40 : « N’était-il pas d’abord une goutte de sperme qui se répand aisément ? N’était-il pas ensuite un grumeau de sang dont Dieu le forma ? Il en a formé un couple, l’homme et la femme. Ce dieu n’est-il pas assez puissant pour faire revivre les morts ? ».

Conséquences éthiques.

L’Islam n’a pas de magistère, d’autorité centrale !!!

Certains centres de théologie ont tenu ce rôle pour un temps pour certaines parties du monde musulman.

L’université coranique d’al-Azar en Egypte, mais aussi celle de Déobandi, centre coranique nord indien qui a une audience majeure sur les musulmans d’Asie. C’est de cette dernière école que sortent les talibans...

La Sharia ( de fiqr = interprétation) qui établit la légitimité des coutumes humaines relativement aux textes fondateurs de la loi divine coranique et assure l’arbitrage historiques de ces coutumes, n’est donc pas uniforme.

Quelques principes encadrent ce qui concerne la transmission et la protection dela vie. Le plus important est la filiation.

Les pays islamiques reconnaissent la polygamie. La filiation patrilinéaire est la seule admise. (comme en occident depuis le droit romain !). Elle est même prescrite par le Coran. La filiation à partir du père donne sa légitimité à l’enfant.

Toutefois, le rôle de la femme y est reconnu alors que la civilisation bédouine la méprisait. Ainsi, Sourate XLVI,14 : « Nous avons recommandé à l’homme la bienfaisance envers ses père et mère. Sa mère le porte avec peine, et le temps qu’elle porte l’ enfant et l’allaitement jusqu’au sevrage dure trente mois... ». Ce respect envers les procréateurs est équivalent à celui que l’homme doit avoir pour la création de Dieu.

Au plan médicalla procréation assistée – insémination avec la semence du père – est acceptable, la notion de mère porteuse est repoussée. Enfin, il n’est pas possible d’orienter le choix du sexe de l’enfant qui est et reste œuvre de Dieu qui a prévu la répartition ! (interprétation de la sourate XVII,14)

Animation.

Jusqu’à la fin du XIXème siècle, l’Islam acceptait une interruption de grossesse si l’embryon n’avait pas d’âme. De » la Sourate XXIII,14 les écoles du VIIème siècle ont tiré trois étapes de chacune quarante jours dans la vie du fœtus :

.          Graine

.          Grumeau

.          Masse de chair

Cette dernière conduit au terme de cent vingt jours soit quatre mois, période à laquelle l’embryon commence normalement à bouger. A partir de ce mouvement, l’embryon est animé, il a une âme.

Avant les cent vingt jours, la vie est végétative, elle n’a pas plus de valeur que celle d’une plante ou d’un animal. Il est cependant bon de la protéger mais… la femme peut avorter même si çà reste blâmable.

Après cent vingt jours, il y a vie individuelle.

Nous sommes donc dans le cas d’une animation différée. Cette âme est nafs (cf. nefesh juif) le symptome est la respiration. Pour l’Islam, cette âme est la part naturelle de l’homme.

Pour le soufisme, il existe quatre âmes :

.          Naturelle, elle correspond à la conscience de soi, elle ne peut reconnaître le transcendant.Elle est égocentrique. Elle doit être contrôlée afin d’être orientée. ( du verbe djihad = orienter)

.          Censeur, qui a conscience de la présence divine. Elle a la capacité critique de discerner ce qui est Dieu de ce qui ne l’est pas.

.          Inspirée, cette inspiration est divine, elle distingue le bien du mal.

.          Esprit (rûh), elle vient de l’ordre du seigneur, c’est l’être authentique de l’homme. Ce rûh est le lieu de la fitra (le pacte primordial)

Ces cent vingt jours correspondent a peu près à ce que la science a découvert. Certains imans d’al-Azar en ont tiré la preuve de la nature  révélée du Coran.

De ceci on peut craidre à juste titre une dérive fondamentaliste (G.Friedmann).

Le Coran parle de l’origine de l’homme « Dieu crée l’homme. » alors que la science parle de son commencement.

Pour conclure,

Ce fond est aujourd’hui secondaire dans l’Islam moderne. Il permet toutefois de comprendre les différences de conception entre l’Islam et les autres religions du Proche et Moyen Orient.

 

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Mythes védiques d’origine

 

Selon la pensée indienne, plutôt qu'un acte de création, l'origine du monde est un acte d'organisation du chaos en un ordre universel - un aspect sur lequel s'accordent aussi bien les mythes cosmogoniques que les canons théologiques. Les divers mythes d'origine comprennent une variétés de métaphores pittoresques, suggérées par toutes sortes d'activités humaines.

Dès l'époque des hymnes védiques, il est fait allusion à l'Oeuf d'Or cosmique flottant sur les eaux du chaos originel, et d'où naquit la divinité première en tant que créatrice ou ordonnatrice du monde. Dans ce chaos d’eaux sans limite, tout est ténèbres indistinctes, il n’y a ni temps, ni être. Puis l’être est là – l’œuf – sans que l’on sache pourquoi ni comment. Vient un moment où l’œuf désire se multiplier (thème du désir, kama = érôs), ce désir l’échauffe (chaleur cosmique source de ‘’création’’) et l’œuf se brise. Les deux demi coquilles deviennent le Ciel et la Terre : l’être est devenu l’Un, le démiurge, Prajâpati, « Père de tous les êtres ».

Cette analogie avec la gestation est plus explicite encore dans plusieurs mythes dont le plus connu a trait également à Prajapati, seigneur des Créatures. Engendrant les êtres divins par le seul pouvoir de son ascèse, Prajapati éprouva cependant une attirance incestueuse envers l'Aurore, sa fille. Terrifiée, humiliée, l'Aurore se changea alors en biche, tandis que Prajapati, aussitôt transformé en cerf, laissa, dans sa poursuite, sa semence échapper sur la Terre, donnant ainsi naissance aux premiers hommes. Une autre version de ce mythe affirme que Prajapati, adoptant successivement chaque forme animale, s'unit charnellement, de fait, à l'Aurore, procréant ainsi "tous les couples, jusqu'aux fourmis".

Il arrive également que les parents divins soient le Ciel et la Terre. Dans certains hymnes, c'est la céleste déesse Aditi, "l'infinie", qui, fécondée par Daksha, " l'expert" (en rituels), donna le jour aux sept dieux principaux, les Aditya, ainsi qu'au Soleil, huitième dieu primitivement mort-né. Ces dieux auraient ensuite fait émerger le cosmos du chaos. Incarnant deux principes originels interdépendants, Daksha et Aditi forment un couple indissociable : Aditi n'existerait pas sans Daksha, tandis que Daksha lui-même procède d' Aditi.

Parfois c'est une divinité védique mineure, Tvashtri, artisan ou architecte divin souvent assimilé à Vishvakarman, qui est considéré comme le créateur du Ciel et de la Terre, voire de toutes les formes. Un hymne interroge : "De quel bois, de quelle essence tirèrent-ils le Ciel et la Terre ?", tandis qu'un autre, donnant Vishvakarman pour officiant du premier sacrifice, évoque le travail du potier et du forgeron. Pourtant le rôle cosmogonique de Tvashtri n'est parfois que secondaire, comme lorsqu'il façonne l'éclair Vajra avec lequel Indra tuera le démon Vritra pour stabiliser la terre et délivrer les eaux du ciel. Exemple de création née du conflit, le meurtre de Vritra se situe dans la perspective du grand antagonisme entre les Deva, dieux favorables à l'humanité, et les Asura et Danava "anti dieux" et titans.

Dans la littérature védique tardive en particulier, les images s'inspirent du sacrifice d'un animal. Ainsi un hymne dit-il que le premier sacrifice -celui de la création- fut accompli par Vishvakarman, "l'artisan de tout". Un autre affirme que l'objet du premier sacrifice fut Purusha – la forme immolable de Prajâpati, l'Homme cosmique primordial - dont les différentes parties du corps donnèrent naissance à toutes les entités de l'univers, des dieux védiques traditionnels à l'homme et aux animaux, en passant par l'Ether, le Ciel, la Terre.
Toutefois, seul un quart de sa personne est ainsi manifesté, les trois autres quarts constituant l'immortalité, au paradis. A l'image de ce concept de sacrifice primordial, les rites sacrificiels accomplis par les hommes sont considérés comme une réactivation de la création, et , à ce titre, essentiels à l'équilibre universel.

La divinité ne crée pas, elle organise.

Elle fait passer d’un état antérieur inagencé à un ‘’ordre des chose établi’’.

Ceci se traduit parfois par le combat entre les forces séparatrices et les forces du mélange, du désordre.

D’un mélange précosmique qui a toujours été là, qui sera toujours là, une divinité fait émerger d’une manière ou d’une autre, l’organisation stable et hiérarchisée des êtres.

Cette construction se fait autour d’un axe central, d’un pilier.

Ceci est d’une très grande différence avec les religions issues du Proche et du Moyen Orient.

La vie individuelle n’a de sens qu’intégrée dans un tout plus vaste, précis, cosmique, le Dharma.

Le Dharma demeure comme la condition originelle de tout existant. Ainsi, une naissance s’inscrit tout naturellement dans la continuité du cosmos. Il n’y a pas d’intervention d’un dieu créateur.

Pour respecter le Dharma, l’homme doit passer par les rites.

Dans la plupart des cas, ni temple ni clergé ne sont nécessaires. La demeure familiale reste l’espace sacré par excellence où brille le feu unique. Le chef de famille est le seul prêtre. Il sacrifie pour lui-même et pour les siens.

Pour les rituels compliqués, il est fait appel à des ‘’prêtres’’ simples techniciens rémunérés.

Par la pratique, l’âme humaine – qui intègre le corps lors de l’initiation pour les garçons ou lors du mariage pour les filles - est identifiée à l’Âme du monde. Dans ce sens, les dieux n’ont plus d’importance, ce sont des génies bienfaisants ou de simples illusions sans réalité vraie. Cette doctrine védique conduit au monothéisme ou au monisme.

 

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Croyances et rites hindous autour de la vie

 

Rites de passage.

Ils donnent un sens à la vie de l’homme.

Il en existe de douze à quarante selon de degré de fondamentalisme auquel on accède.

Ils sont applications du samskara,( de sam perfection et skara faire) du faire mieux, du perfectionnement non pas moral mais rituel.

Nous nous intéresserons uniquement à ceux qui traite de la transmission de la vie.

Mariage.

C’est une obligation dharmique. Il est très différent du lien affectif que cela soustend en occident.

Le jeune homme est initié par son gourou qui, par un rituel, le fait passer à l’âge adulte.

La jeune fille n’est pas initiée. Le mariage représente pour elle le passage à l’âge adulte. La femme en tant qu’être reste toujours la fille de l’un, la femme d’un autre, la mère d’un troisième, nécessairement un fils !

La meilleur forme de mariage consiste à tourner sept fois autour du feu en se tenant par la main. Ensuite, séparemment, il y a la prise d’un bain lustral et enfin la récitations de mantras.

Le couple a un rôle religieux qui fonde la société. Ainsi, un brahmane – dépositaire des rites - est toujours marié et son épouse joue un rôle très important.

Pour l’homme, c’est le deuxième âge de la vie. Il devient ‘’maître de maison’’. C’est une charge religieuse fondamentale dont le rituel consiste au maintien permanent du feu dans le foyer conjugal. Chaque matin, ce feu est salué par une offrande d’un peu de lait que l’on y jette.

Finalité du mariage.

La finalité du mariage est la procréation.

La notion de désir d’enfant est très différente de la nôtre. L’hindouisme propose aussi, hors mariage, une approche de glorification du plaisir comme voie de progression.

Le couple désire un fils, le mari s’en fait un devoir. Il paie ainsi une de ses trois dettes, celle ses ancêtres. (Reste la dette envers les dieux qui ont fondé le cosmos et celle envers le sages qui ont révélé le Véda.)

Ce fils assure également la protection de la mère en cas de veuvage.

Il est aussi très important parce qu’il effectue les rites funéraires de ses parents.

Stérilité.

Dans cette optique, les causes de stérilité ont été dès l’origine très étudiées. Elles sont toujours reliées à des fautes imputables à l’un ou l’autre des conjoints ou de ses ascendants. Ces fautes sont dharmiques, ce sont des fautes contre l’ordre cosmique. (Nous sommes ici très loin du pêché chrétien !). Pour lutter contre la stérilité, il faut se purifier, et l’on se purifie par l’abstinence, abstinence alimentaire et, bien sûr, abstinence sexuelle !

Première relation.

La première relation sexuelle des époux a lieu quatre jours après le mariage. Au préalable, l’homme pose la main sur le giron de sa femme et prononce deux phrases : « Prépare ta matrice. » et « Lune, dépose l’embryon. ». (ce dernier terme de déposer vient du verbe qui a donné karma.).

La symbolique des quatre jours se retrouve avant tout rituel pour les brahmanes qui doivent s’y préparer en se purifiant par quatre jours d’abstinence sexuelle.

Grossesse.

Les rites domestiques autour de la grossesse sont nombreux du fait des dangers encourus par la mère. (cf. de tous temps les conditions sanitaires et sociales.).

Stades embryonnaires.

L’Upanishab de l’embryon décrit les stades intermdiaires.

D’abord, une gelée. Ensuite, après deux à trois semaines, boulette – sanscrit Pinda -. Cette boulette va se retrouver lors du rituel funéraire.

Naissance.

Le rituel de l’acceuil de l’enfant – Jatakarman - est de toute première importance.

Le père souffle à l’oreille du nouveau né les noms des Védas et la substance de leurs contenus. Ensuite, il lui donne deux produits à goûter puis, c’est un bain rituel. Au terme de cette cérémonie, l’enfant pourra recevoir sa première têtée.

Ce rituel de naissance est exclusivement de purification. En effet, l’enfant est réputé impur car composé de matières organiques. ( dans la société hindou, ces matières ne sont manipulées que par les Intouchables.). Il est aussi impur du fait même de sa naissance car tout commencement est une fin et par là, il y a impureté.

Ce qui est pur n’a pas de commencement !

La naissance est donc un moment plein d’ambiguité. On vient d’ailleurs, on n’est pas encore tout à fait ici. C’est un entre-deux qu’il faut éliminer. C’est le rôle du Jatakarman.

Ces rites ne nous apprennent rien sur l’affectif. Toutefois,

.          La diade mère-fœtus est fondamentale. Il est reconnu que les émotions de la mère influent sur l’embryon. (ceci n’est arrivé en occident qu’au XIXème siècle !!!). Les sentiments du fœtus passent à sa mère. C’est ainsi que l’on explique les sautes d’humeur de la femme enceinte. Le foetus rêve ce qui joue sur les rêves de sa mère et réciproquement. ( c’est ici la première évocation de la relation de deux inconscients).Un tournant très important de cette relation se situe au quatrième mois de grossesse. C’est l’entrée dans le stade bicardiaque.

.          La relation entre le père et le fils est très particulière. Elle se donne comme une identité. En effet, lors de la procréation, le père dépose son Soi – Atman , ce qui suit dans les réincarnations – dans la matrice de son épouse. Le fils reproduit le père. A l’accouchement, en prenant soin de son fils, il prend soin de lui-même. C’est sa deuxième naissance.

Liens naissance-mort.

A la mort, on retrouve la période d’entre deux, d’impureté car le mort n’a plus de souffle, il a quitté la vie, mais ce n’est pas encore un ancêtre. Là aussi, l’impureté n’est que rituelle.

Les rites de la mort, comme ceux de la naisssance servent à l’intégration, du défunt parmi les ancêtres, du nouveau né parmi les vivants.

A la mort de son père, le fils lui rend les rituels.

.          Il redonne à son père son Soi déposé en lui, le fils, lors de la procréation. Le mort reprend ainsi son Atman – son aspect spirituel transmissible - ce qui lui permettra de se réincarné.

.          Il confectionne quatre boulettes de riz et de lait – des Pindas – telles celles offertes régulièrement aux ancêtres. Sur ces quatre boulettes, trois sont pour les ancêtres, une pour le défunt. Cette dernière est divisée en trois par le fils et chaque tiers est intégré aux trois autres. Il fait ainsi passer son père de défunt à ancêtre.

Il est intéressant de noter le parallèle entre le stade Pinda de l’embryon et la ‘’procréation’’ de l’ancêtre à partir du mort à l’aide de Pinda.

Rituels et éthique.

Dans l’hindouisme, la valeur de la vie est pensée dans le cadre du rite. Pour nous, l’éthique s’est fondée sur la philosophie. Or pour l’indien, cet espace philosophique n’existe pas ! la notion d’éthique non plus donc.

Seuls les ‘’renonçants’’, les hors castes ont pu être influencés par la pensée occidentale.

Aujourd’hui encore, l’homme hindou se sent né dans un ordre préexistant. Le Dharma lui dicte strictement sa partition.

Tradition et modernité.

Dans les cultures traditionnelles, la religion est centrale. L’Histoire se rattache toujours à l’origine. Les relations entre les hommes sont gouvernées par la dépendance envers l’ensemble et la dette envers l’autre. L’antériorité de la norme prime.

Dans la modernité, l’homme s’est positionné au centre de la création. L’Histoire n’est qu’une suite d’accidents. Les relations entre les hommes sont fondées sur l’autonomie sociale, politique et psychologique. Il y a individuation, c’est à dire conscience de faire partie d’un ensemble mais quête de sa propre réalisation.

Les Droits de l’Homme n’ont pu être établis que là où ils l’ont été. Ils sont la base de la modernité. En ce sens, ils ne peuvent être universels car la place de l’homme dans le cosmos et dans la société est différente selon les cultures.

Cette différence de perception se retrouve dans la bioéthique. Nos réflexions à ce sujet sont considérées par les intellectuels des cultures traditionnelles comme des réflexions de riches.

L’hindouisme ne va jamais jusqu’à donner des conseils dans ces domaines. Lorsque ces cultures traditionnellesconduiront ces réflexions, elles le feront nécessairement selon une tout autre approche que la nôtre.

 

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Le bouddhisme et la vie

 

Le bouddhisme est une religion sans dieu ni dogme !

C’est une philosophie avec un clergé, des temples, des couvents !!

Disons donc que le bouddhisme est une expérience de sagesse !!!

Historique.

Le Bouddha – l’Eveillé - est un personnage historique : Siddharta, Gautama Sakyamuni. Siddharta Gautama est son nom personnel, il était de la famille princière (muni) des Sakya.

Il vécut en Inde du nord-est cinq siècles avant notre ère, c’est à dire à la même époque que Confusius en Chine et Héraclite d’Ephèse en Grèce, tous deux également fils de familles princières.

Son père lui fit une vie de réclusion dorée, il fut marié et père de famille. Il abandonna sa famille et pris le chemin de la réflexion après avoir rencontré lors d’une sortie fortuite du palais paternel, la mort, la maladie, la pauvreté et la laideur, toutes choses qui lui étaient totalement inconnues.

Après avoir esssayé plusieurs voies de salut dont l’ascétisme dont il faillit mourir, il reconnu que ce n’étaient pas des démarches propres à le libérer de la souffrance.

La diffusion du bouddhisme.

Sa réflexion le conduisit à mettre en place les bases d’une doctrine sur les fonds culturel védique et hindouiste :

.          Renoncement car le monde qui nous est sensible n’a pas de valeur.

.          Ascétisme ou maîtrise de ses désirs.

Pour atteindre ces objectifs, la vie monacale est recommandée.

Après le Bouddha, pas de magister, seulement des transcription de sermonts. Il y a donc eu pluralité d’interprétation de cette tradition et la formation de nombreuses écoles ou courants, la transmission directe de maître à élèves étant privilégiée, et le maître est porteur de sa propre interprétation des moyens d’atteindre la Voie.

Cette pensée et son mode de transmission ont trouvé très rapidement un écho dans toute l’Asie du sud est. Ceylan, Birmanie, Thaïlande, Vietnam… vers le sud, puis vers le nord, Tibet puis    la Chine qui fut touchée dès le IIème siècle. Le bouddhisme y atteint son apogée sous les Tan’g c’est à dire du VIIèmè au Ixème siécles. De là, il est passé au Japon à partir du Xème siècle, puis récemment,au cours du Xxème siècle, poursuivant son développement vers l’est, il a touché l’Occident. Actuellement, le bouddhisme indien n’existe pratiquement plus !

La Voie et sa transmission.

Après le Bouddha, pas de magister, seulement des transcriptions de sermons. Il y a donc eu pluralité d’interprétation de cette tradition et la formation de nombreuses écoles ou courants, la transmission directe de maître à élèves étant privilégiée, et le maître est porteur de sa propre interprétation des moyens d’atteindre la Voie.

La transmission par la parole se fait par défaut, car elle devrait avoir lieu par le silence.

Les textes-paroles sont à imaginer comme des cercles concentriques au silence qui est le but. La progression se fait ainsi de cercle en cercle vers le centre.

Ce silence n’est pas celui auquel nous pensons lorsque nous utilisons ce vocable. Le silence bouddhique est plein, riche. C’est l’Eveil.

Ainsi, il n’y a pas de langue du bouddhisme ou alors toutes les langues le sont !

Quels sont les messages forts du Bouddha ?

Nous vivons dans l’illusion :

.          Perceptions erronés des sens.

.          Intelligence qui tisse des liens entre les choses et conduit à la découverte de la souffrance physique ou intellectuelle créée par les manques, la non satisfaction des désirs.

L’esprit qui supprime les désirs donc les souffrances est la seule Voie.

De là découlent les Quatre Vérités :

.          La vie est douleur.

.          La douleur vient du désir.

.          Le désir est maîtrisable.

.          La douleur peut être vaincue par la pensée pure.

La Vie est alors le fond pérenne et la vie ce qui se passe ici et maintenant.

Notre Moi – fruit de nos ambitions - est une illusion comme le reste de ce qui nous entoure et même si la vie est illusoire, il s’y passe des choses qui vont influer sur la Vie.

En effet, ce sont les actes qui sont rétribués mais pas la personne qui a commis ces actes. Les rétributions, positives ou négatives passent d’une existence à l’autre dans la succession des existences ou Samsara. Il y a enchainement de causalité.

Le bouddhisme dit donc que le Mal, les maux, que nous subissons dans notre existence sensible actuelle est le résultat d’actes commis dans les existences antérieures, mais pas seulement par soi, aussi par les autres car le Karma, que l’on peut traduire par destinée n’est pas individuel, il est collectif, sans Moi.

Le seul moyen d’échapper à la souffrance est d’échapper au Samsara. Pour cela, par des vies successives aux actes positifs on doit toucher au Nirvana via l’Eveil, c’est à dire à l’extinction pure et simple. On doit avoir la grande mort.

On voit ici que cette idée de Nirvana est très éloignée de celle du Paradis chrétien.

Atteindre l’Eveil.

C’est à ce niveau que les diverses écoles se distinguent. Elles proposent des moyens différents pour atteindre cet état ultime.

Hinayana ( Petit Véhicule )

C’est la forme initiale du bouddhisme, celle qui partie de l’Inde perdure à Ceylan, en Birmanie, en Thaïlande, au Vietnam.

C’est une voie de salut individuel qui a parfois été taxée d’égoïste par l’Occident.

Tantrayana ( Bouddhisme tantrique )

Cette discipline fait beaucoup intervenir le corps, ses mouvements, ses énergies jusque et y compris sexuelle.

Cette voie a été souvent assimilée à la débauche par les occidentaux, chose qu’elle n’est nullement, même dans les pratiques collectives.

( voir Vajrayana)

Mahayana  ( Grand Véhicule )

C’est la forme qui s’est développée dans la migration vers le nord. Le but est ici le salut de tous. Il doit concerner toutes les créatures. Chacun doit donc se soucier du salut des autres.

Lorsqu’un homme atteint l’Eveil, il devient Boddhisattva état intermédiaire dans lequel l’éveillé revient dans la vie pour aider les autres.

Souvent, cet être est assimilé à un dieu. Il rejoint la panthéon de ses prédécesseurs.

Ainsi, l’incarnation d’un Dieu n’est pas du tout nécessaire. On rejoint là le vieux fond védique.

Nous sommes très loin des conceptions issues des religioons des Proche et Moyen Orients.

Dans cette branche des écoles bouddhiques, deux sont à distinguer, le Vajrayana et le T’chan ou Zen.

Vajrayana (Voie du Diamant)

C’est la forme de bouddhisme qui s’est développée au Tibet où le message du Bouddha s’est vu adjoindre la religion magique existant sur place. C’est un bouddhisme tantrique. Ce syncrétisme a donné plusieurs écoles dont celle dirigée par la lignée des  Dalaï-Lamas.

T’chan ou Zen

Ce groupe d’écoles a vu le jour en Chine (T’chan ) puis s’est développé au Japon ( Zen ).

C’est dans cette tradition que le bouddhisme parle le moins. La transmission ne se fait pas par la doctrine, mais par la pratique du silence, de la méditation, Zazen – école Soto – et/ou la réflexion sur des énigmes données par le maître à ses éléves, les Koans – école Rinzaï -. D’autres écoles zen se sont développées au Japon.

Toutes recherchent l’Eveil brutal, subit, au contraire des autres traditions qui recherchent l’Eveil par la connaisssance et la pratique dans la durée.

Le Zen est aussi caractérisées par la création d’une esthétique d’une très grande sobriété.

Le bouddhisme et la vie.

Pour le bouddhiste, l’homme est un assemblage provisoire d’agrègats de rétributions d’actes passés. Donc, protéger la vie c’est assurer le respect de la progression collective vers le mieux.

Nous sommes très loin de la protection d’une parcelle divine dans la créature.  

 

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Conception chinoise de la vie

 

 

Traits généraux.

Le monde chinois est incréé et les forces qui y sont en jeu agissent spontanément. Wang-Fu le résume ainsi : « Dans les temps les plus reculés, à l’époque du grand flux, l’énergie primordiale se terrait dans les ténèbres. Il n’y avait aucune forme, aucun espace défini, les dix mille substrats se trouvaient rassemmblés et leur mélange formait une unité. Personne en commandait, personne ne guidait. Il en fut longtemps ainsi, jusqu’à ce qu’intervînt une autotransformation. Le pur et le trouble se séparèrent, et ce changement donna yin et yang. Ceux-ci s’incarnèrent, et la réalité naquit sous ces deux modalités. Le ciel et la terre unirent leurs émanations, les mille êtres prirent consistance, et un souffle donna naissance à l’homme afin de guider toutes choses suivant leur sens profond. ».

Le monde chinois est une continuité dans laquelle tout correspond avec tout. Le Monde forme un tout indissociable, contrairement au Monde occidental dans lequel il y a le monde et l’Autre Monde.

Pour les chinois, donc, tout a à voir avec tout. C’est une pensée de ‘’plein pied’’.

La vie est partout. Son pictogramme figure un arbre ramifié planté dans le sol, idée de mouvement, de circulation, de changement, de transformation, de passages successifs. C’est l’impermanence, principe général du mouvement.

Yin & Yang.

On retrouve partout les régles de passage, par correspondance, analogie. C’est la lecture chinoise du Monde, rien ne peut être isolé pour être étudié.

Tout se trouve en couple de pôles opposés, complémentaires, indissociables. Le plus connu de ces pôles est le Yin et le Yang.

En occident nous avons essayé de le traduire par Bien/Mal, Vrai/Faux, Masculin/Féminin, toutes représentations erronées. La meilleur image possible est Jour/Nuit qui par nature sont indissociables.

La Vie est alors la possibilité de passer en permanence d’un pôle à l’autre, selon un équilibre ‘’équitable’’, sans volontarisme.

L’Absolu occidental est incompréhensible pour les chinois car il correspond à une non circulation, à un système figé donc mort !

Le yin est différent d’un vide absolu qui ne pourrait être rempli.

Le yang est différent d’un plein absolu qui ne pourrait être vidé.

Le Tao est la Voie, mot clé chinois qui reprend l’idée de marche de mouvement dans la base de son pictogramme.

Les 5 étapes.

On qualifie d’étapes, les agents, les éléments, les familles dans lesquels chaque chose trouve une correspondance. Le pictogramme d’étape a pour base la marche…

Pourquoi cinq ? Car c’est le chiffre préféré des chinois comme nous nous préférons le quatre (points cardinaux, saveurs…) ou le sept.

Ces cinq étapes sont : Bois, Métal, Terre, Eau, Feu.

Chacune de ces cinq rubriques regroupe donc des ensembles d’éléments du monde : animaux, couleurs, sons… ce classement est une répartition. Tous les animaux ne sont pas dans la même rubrique, mais dans chacune on retrouvera des choses qui se correspondent au sens de la pensée chinoise.

L’harmonie du monde implique de faciliter les mises en correspondance. Ce qui est bon (bien) est ce qui va dans le sens de la circulation du monde. Cette notion est circonstancielle, contextuelle, ce n’est pas un absolu comme nos Dix Commandements, figés, à appliquer partout, tout le temps. Ceci signifie que ce qui est bien – moral selon la pensée occidentale - varie selon les circonstances dans la pensée chinoise, d’où des difficultés singulières de compréhension.

Qu’est-ce qui est vivant ?

Tout !

Ceci est lié à la connivence entre tous les éléments.

Tout ce qui est naturel, tout ce qui est élaboré dans le respect des règles de la nature ( par exemple, maison, peiture, calligraphie…). L’objet doit ‘’vibrer’’, comporter les circulations en jeu dans le monde.

Dans notre exemple, nous n’évoquons pas le peinture décorative, mais celle qui veut traduire l’énergie du monde au travers du corps, de l’épaule, du bras, du poignet – libre -, de la main, du pinceau et enfin de la soie.

Les souffles : Qi.

Le pictogramme utilise la base de la vapeur au dessus du riz.

Les souffles appartiennent au monde unique. Ils ne correspondent pas à l’âme. Ils sont caractérisés par leurs mouvements.

.          L’homme a intérêt à une circulation équilibrée tant physique qu’intellectuelle.

.          L’acupuncture est la mise en correspondance par la piqûre pour une remise en circulation des souffles.

.          La maîtrise de la connaissance des circulations poussée au paroxisme rend l’immortalité possible !

‘’Nourrir’’ les souffles vitaux. En ce sens, la médecine chinoise est préventive.

Le Taoïsme mène ce passage du médical au religieux.

Les divinités taoïstes sont de ce monde ci. On y trouve des hommes qui ont réussi selon la tradition, mais aussi des montagnes, des sources…

 Conception de la vie.

En occident, c’est le moi ! moi ! moi !

En Chine, c’est la non individualité. La vie est là afin que l’on puisse se débarasser de tout ce qui empêche ou perturbe les circulations générales, pour permettre d’atteindre à la fusion avec/ dans le monde. Pour cela, il faut arriver à être à l’équilibre, c’est à dire, sans sentiment, sans désir. « Je ne heurterai rien, rien ne me heurtera. »

Cette fusion est sensiblement différente, dans l’esprit, de l’extinction bouddhique.

 

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La vie dans les traditions polythéistes d’Afrique et d’Amérique

 

Il est devenu intéressant d’aborder les religions dites traditionnelles du fait de la mondialisation et de ses migrations qui conduisent à des mélanges culturels. Toutes les ‘’petites’’ ethnies sont d’un apport indéniable dans ce contexte. Qu’on en prennent pour preuve le vaudou dans les Caraïbes ou le new age aux Etats Unis...

Afrique.

Selon le grand ethnologue français Roger Bastide, en Afrique, « la personne est un nœud de participations, un lieu d’influences. ».

Ce trait général ne peut masquer cependant la grande diversité des conceptions que l’on trouve sur le continent africain. Il n’en reste pas moins que dans tous les cas, la personne est la somme de nombreux éléments : sept, huit, jusqu’à trente ‘’âmes’’ l’animent selon les groupes humains.

Les religions et leurs rites ne sont là que pour développer toutes ces ‘’âmes’’. Seul l’homme-sage ( le sorcier selon notre catégorisation) a pleinement développé toutes les siennes.

Au delà, la vie est très enracinée dans le concret.

Cameroun.

Les éléments constitutifs sont au nombre de quatre : le corps, le cœur, le souffle et l’ombre. Chacun possède une part matérielle et une partie subtile.

Nigéria.

Pour les Yorubas, la personne est composée de deux parties.

L’une matérielle, visible, qui se subdivise en : corps, ombre et intérieur (les organes ?).

L’autre, immatérielle, invisible, bipolaire selon ses caractères périssable et impérissable. Dans le premier on trouve l’esprit, périssable car on le perd – ou on se le fait voler – dans la folie et que sa perte est totale dans la mort. Dans le second on trouve d’un côté le cœur – souffle vital – qui appartient à l’être suprême, au créateur  et, de l’autre l’âme de la tête dont la fonction est de se réincarner dans un enfant petit, c’est à dire avec un saut d’une génération, ceci étant organisé de façon très précise.

Mali.

Chez les Dogons, dans chaque personne il y a huit parcelles, quatre masculines, quatres féminines. Elles sont héritées des huit ancêtres primordiaux.

Ainsi, chaque humain, outre sa part réincarnée d’un grand parent porte en lui une ‘’parcelle d’origine’’.

Deux métaphores sont ici à prendre en compte comme illustration de la pensée dogon.

La première concerne le fœtus qui est considéré comme un poisson, genre animal que les dogons situent comme intermédiaire entre les invertébrés et les vertébrés. Le fœtus n’est donc pas tout à fait un homme.

La seconde a trait au nouveau né qui est présenté comme un grenier à mil. Cette construction est par nature solide, bâtie autour d’un axe central et supporté par deux poutres faitières – la colonne vertébrale et la ligne des épaules - . Dans ce grenier, le côté droit conserve l’héritage paternel, le gauche celui de la mère. Quant au mil, il représente la richesse, le futur assuré. Ceci ne fait toutefois pas du nouveau né une personne à part entière. Il faut passer par les rites et le nomination – généralement le nom de l’ancêtre réincarné -. C’est le nom qui fait la personne.

Un autre concept intéressant est celui de nyama – « avoir le nyama. » -. Un mort n’a plus çà. Le nyama est le principe vita hérité des parentsl, un principe qui s’agite, qui s’échauffe par les émotions...La santé vient de l’équilibre, de la stabilité du nyama. C’est aussi une force qui fait se mouvoir au plan physique comme au plan moral. Suivre les rites fait croître le nyama.

Ainsi, un dogon se définit dans son mouvement. Son équilibre est donc instable, les interdits, les rites sont là pour le maintenir. Mais il est sensible aux esprits des lieux, à la malveillance des autres – d’ailleurs cette dernière peut-être mortelle ! -. L’individu doit donc se protéger pour conserver son intégrité d’où la magie.

Dans ce contexte, l’avortement est interdit car c’est une rupture grave de la chaîne des ancêtres et du lien aux origines primordiales.

A la mort, nous trouvons un temps intermédiaire dans lequel le cadavre n’est plus rien, il est devenu néant. Les rites funéraires sont là pour le renommer et le repositionner physiquement dans la chaîne.

Dahomey.

C’est à travers la naissance et surtout la mort que se sont constituées les croyances dont celle dans les zombies, êtres vivants vides de substance, des déjà morts dans la vie à la suite d’accidents, de rencontres... Ceci se retrouve dans les croyances liées au vaudou par exemple.

Dans cette variété existe-t-il des constantes ?

Dans la multiplicité des approches africaines certains traits communs se font jour :

.          La personne n’est jamais ‘’singulier’’ (multiplicité d’éléments).

.          Cette multiplicité produit des difficultés d’harmonie, des angoisses.

.          Les éléments en équilibre toujours instable sont sensibles aux forces extérieures.

.          Un individu peut ‘’devenir’’ animal du fait de la perméabilité des deux règnes. ( rappelons nous ici la croyance au loup garou de notre Moyen-Âge…)

.          Cette capacité de scission est un avantage surtout dans le rêve. C’est une base d’initiation.

Ainsi, simultanémént, l’individu est présent :

.          A plusieurs endroits de la chaîne ancestrale.

.          En plusieurs lieux de la Nature.

.          En plusieurs espèces de cette Nature.

 

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Régions arctique, altaïque et amérindienne

 

 

C’est dans ces zones géographiques que l’on trouve le chamanisme au sens où l’occident l’a compris, « croyance en la nature et aux esprits. ».

Un point commun, le souci d’équilibre qualitatif et quantitatif entre la vie humaine et le monde naturel. Les activités de l’homme ne doivent pas déstructurer l’équilibre du monde.

C’est pour cela que la chasse, activité de survie principale est très réglementée...au plan spirituel. Chasser c’est puiser dans le réservoir d’âmes du monde. Il va donc falloir rendre des âmes afin de maintenir l’équilibre.

Chasser déclenche donc une série de rites qui vont du don de nourriture à l’offrande d’une vie humaine.

Altaï.

Ainsi, dans l’Altaï, le vieux chaman partait et se donnait à la Nature. Ce n’était pas un suicide, mais un juste retour des choses. Du fait de sa qualité humaine exceptionnelle, sa mort suffisait à compenser toutes les âmes prélevées par son groupe sur la période de sa vie.

Chez les Tongouses, le chaman est par excellence le protecteur de la gestation et du nouveau né. Pour cela, il se rend dans le ‘’monde intermédiaire’’ où se trouve l’arbre invisible peuplé d’oiseaux – les âmes -, là, en psychopompe, il aide les âmes à y entrer et il vient ‘’voler’’ une âme pour le futur nouveau né.

Arctique.

Pour les Inuits, le chaman est celui qui prélève l’enfant-fœtus dans la terre ou dans le ventre d’une femme pour le déposer dans une autre. Il assure ainsi la fécondation de la femme stérile.

Dans ces traditions chamaniques, il n’y a pas de dieu suprême. La création des âmes concerne autant l’humain que l’animal que le végétal car tous possèdent un ‘’esprit’’.

C’est en se frottant tardivement aux monothéismes occidentaux que ces traditions ont repensé leur approche pour aller vers un dieu suprême et une valeur supérieure de l’âme humaine.

Amérique du Nord.

Chez les Indiens d’Amérique, le sentiment religieux est très diversifié. Tous les rites ont pour seule finalité la préservation de l’ordre cosmologique et de la création.

Ici, l’angoisse est très souvent sous jacente et la religion vient comme une thérapie.

L’attachement à la terre et aux lieux sacrés est très fort. Il y a là une idée de Terre-Mère. Ceci explique les nombreuses révoltes que l’on retrouve aussi de nos jours, lorsque la ‘’modernité’’ vient profaner un de ces lieux à des fins de profitabilité.

Chaque tribu a son propre lieu d’origine, qui une montagne (Sioux), qui un lac (Pueblos) etc... Une part de l’âme de chacun sort de ce lieu, c’est dire toute son importance.

Nous trouvons ici une conception holiste : la Nature parle à l’homme. L’Indien admet d’emblée sa subordination au monde.

Pacifique Sud.

Nouvelle-Guinée.

Ce pays est un puzzle. On y dénombre sept cent langues et autant de religions.

Pour certaines le fœtus est le résultat de la rencontre du sperme paternel et du sang maternel mais aussi du soleil. C’est cet ensemble qui permet la ‘’charpente’’ du fœtus.

Le dieu-soleil achève l’embryon dans le ventre de la femme. L’homme est ainsi fils du Soleil, même si ces ethnies connaissent la relation entre sexualité et naissance.

Le souffle investit le fœtus la veille de l’accouchement, c’est un phénomène déclencheur, le souffle est synonyme de séparation. On lui attribue le premier sourire, la première reconnaissance, le premier mot. Ce souffle est toujours en expansion.

Australie.

Pour les aborigènes le monde du rêve cohabite avec le monde de la réalité. La vie apparaît lorsque les deux mondes se touchent.

Le monde du rêve nourrit le monde la réalité pour y remplacer les éléments qui meurent.

Même s’ils connaissent bien la relation entre sexualité et naissance, ils pensent qu’il est indispensable qu’un bébé-esprit ait déjà investi le corps de la femme.

La future mère le ‘’récupère’’ en passant dans le trou d’eau d’où les ancêtres ont émergé.

Leur mise en réserve les a coupés de leurs voyages rituels de lieu sacré en lieu sacré, de trou d’eau en trou d’eau, ces passages entre les deux mondes, voies de sortie des bébés-esprits.

 

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Pour conclure...

 

« Si l’homme agit sur la nature, il agit dans la nature, et à vrai dire son action ne se distingue pas des processus communs des êtres et des choses. Ceux-ci se produisent et reproduisent dans l’immédiateté d’un temps fluide. A l’intérieur de la totalité concrète, la différenciation s’effectue dans une mobilité et une impermanence continues. Cependant, l’être humain peut agir sur les processus en invoquant des forces qui relèvent encore de l’univers du même. Le chaman ou le sorcier pour des fins bienveillantes ou pour des entreprises de malheurs manipulent les forces de la nature et les canalisent.

La naissance d’un enfant s’inscrit dans ces perspectives. Les positions des êtres ne sont pas fixées. Les êtres peuvent se transformer en d’autres êtres. Chacun des membre de la société assume dès lors plusieurs identités :homme, plante, animal... Un même individu reçoit différents noms et parcourt au long de son existence les états de multiples métamorphoses. L’enfant qui naît est lui-même et autre que lui-même. Il porte en lui la force de l’ancêtre...Vivre consiste alors à faire surgir au monde visible de l’ici et maintenant une énergie qui vient de l’au-delà, à concentrer dans l’instant des forces par ailleurs dispersées. Mais ces forces appartiennent au même monde, au « grand tout » à l’intérieur duquel circule les énergies et où les positions des êtres sont mobiles.

La nature, on le voit, n’est donc pas séparée de l’être humain. Celle-ci est pour lui à la fois familière et redoutée, proche et écrasante. Nature et humanité sont... vues comme indissociables. » (J.Audinet)

 

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