Variations n°18

 
Je suis un fan de l’écriture de Bruno Toméra. Alors quand j’ai su que quelques uns de ses textes allaient être publiés dans la revue suisse Variations, j’ai foncé.
Et pas n’importe laquelle cette revue, rien moins que celle du département de littérature de l’université de Zurich. Pour notre ouvrier poète de Gueugnon…
Avec la carte d’évazine en main, j’ai pu obtenir un exemplaire de la chose en service de presse* contre l’engagement d’une note de lecture, alors voici.
 

En ouvrant l’enveloppe, on a en main un beau gros livre, rien de commun avec une revue de poésie habituelle. Le rouge et blanc classe de la couverture sent bon la Suisse. Le thème de ce numéro dix huit : Rätsel /Enigmes / Riddles. Super, en trois langues va y avoir de la belle et bonne lecture. Un feuilleté « au doigt » comme l’on dit surprend. Il y a beaucoup d’allemand. Vraiment beaucoup… Et ma connaissance de cette langue flirte gravement avec zéro ! Et les textes semblent être en une seule langue. Zut ! Pas deux ou trois versions.

Bon, on ne va pas s’arrêter à ça. En fouillant un peu, je trouve mon Bruno « en français ». Je me le réserve pour la fin de toute façon. Comme une sucrerie. Acide sans aucun doute, mais sucrerie quand même.

Un examen plus avant de la table des matières confirme la première impression. Je fais les comptes, pour voir… cinquante pour cent des pages sont en allemand, vingt cinq autres en anglais et le reste en français. J’ai donc l’ouverture sur une cinquantaine de pages. Dans la partie Enigmes, un article de Gaëlle Burg ‘’Merlin virtuose de l’énigme /De la devinaille à la prédiction obscure’’. Pointu comme sujet. Enfin, j’aime bien le cycle de la Table Ronde… En partie Forum Ariane Lüthi propose ‘’l’Art de la variation / De la composition chez Milan Kundera’’. Bien, un auteur que j’apprécie ; je vais en apprendre des trucs. Dans la partie littérature ‘’la    solution n’est pas le sujet’’ affirme David Christoffel. En partie poésie, trois traductions en français de textes italiens, letton et de l’anglais et Bruno bien sûr.

Pour ne pas rester sans information sur le reste, j’ai demandé l’aide d’un mien ami germanophile, Jean-Marc C. un poète aussi. Il me fit donc la traduction de cette entrée en matières. Alors, je découvris toute l’étendue des titres. Voyez plutôt :

‘’  L'énigme considérée comme une forme de pensée en regard de l’œuvre de F. Bacon « Sagesse des anciens » ‘’ par Doren Wohlleben,

‘’ Des illusions d'optiques pour expliquer le Monde et autres extravagances : le rébus dans la philosophie d'Adorno’’ par Martin Mittelmeier,

‘’ « C'est une Phrase. En voici une autre. » Réflexions quant au terme "énigme" dans le champ littéraire de l'auto-narration’’ par Andrea Sakoparnig,

‘’ Quand une énigme n’est pas une énigme ? Lecture d’Enigme de Heinrich von Kleist’’ par Rachel MagMagShamhrain etc…etc… ( que les autres auteurs ne m’en veuillent pas de ne pas les citer aussi…)

Ma première impression trouvait confirmation. Que des sujets hyper pointus, façon éléments de thèse :

Variations est une revue ‘scientifique’’ de haut vol. Une affaire de spécialistes pour les spécialistes.

Même dans les textes en français. Prenez le Merlin par exemple. Et bien les citations en vieux français ne sont pas proposées en français moderne et pour un non spécialiste, incompréhensibles alors le texte tombe ensuite un peu à plat. Mais c’est certainement super intéressant. Idem pour le Kundera dans lequel un parallèle est fait entre écriture et composition musicale… encore faut-il être mélomane et je ne le suis qu’à la petite semaine. Manque de culture, c’est évident !

Finalement, j’ai trouvé le fil conducteur vers une explication dans ‘’Traduction’’ de Mark Trand, traduit en français par Thierry Gillyboeuf – un joke d’entrée ce texte sur la traduction traduit -, texte qui m’a par ailleurs enthousiasmé, un fond de goût de David Lodge :

« Partant, ne pensez-vous pas qu’il vaut mieux laisser la traduction de la poésie aux poètes qui sont en possession d’un anglais que chacun d’entre eux s’est approprié, et que les professeurs de langue, qui éprouvent une responsabilité à l’égard d’une langue non pas dans ses modifications mais dans son intégrité monolithique, font les pires traducteurs ? Ne vaudrait-il pas mieux penser à la traduction comme à une transaction entre des idiomes individuels…. Si nous faisions cela, nous pourrions mettre un terme aux discussions oiseuses pour savoir qui a fait et qui n’a pas fait une traduction correcte. »

Chouette, non ?

Il me restait à déguster les Toméra…

Entre Dijon et Nancy

la vraie vie !!!

 

 

 

 

* un grand merci à Ariane Lüthi qui a convaincu l’éditeur Peter Lang.