Alléluias aléatoires

 

 

 

@ Les adieux véritables.

( à Maurane )

Au cours du bal maudit,

la meute aux yeux fous

de mes pensées sordides

harcèle mes synapses

et dissout mes neurones.

Sur la décharge de mes rêves en vrac

les nuages rouges s’amoncellent.

Des éclairs de jade

déclenchent les cataractes célestes

Mes déjections se délavent

en dérisions lobulaires.

Je reste là vaincu,

j’ai le blues du blanc.

Les adieux véritables

ne se font pas au moment du départ.

 

La Conviction                               1946   Lapicque

 

@ Les cycles du Désert.

Quand le désert avance

jusqu’au sépulcre du seigneur de la guerre,

monte le bruit déchirant des tambours de pierre.

Lors, les danses anachorétiques commencent.

Personne n’y échappe.

Tous se fondent dans le rythme,

les solitudes s’évanouissent.

Les femmes, drapées d’étendards lumineux,

caressent l’air de leurs bras métalliques.

Les hommes s’abandonnent aux transes

en ingurgitant le breuvage des fous.

Ces énergies distendues

libèrent les foudres du Temps.

De tous les astres de tous les firmaments

s’abat une fine pluie sans fin.

Le sépulcre se délite lentement.

Le seigneur de la guerre sorti de son éternel repos

repousse les sables aux confins des mondes.

Les cataractes du ciel cessent.

Des soleils sauvages s’écoulent les torrents torrides.

La vie se terre au plus profond des abysses minéraux.

Les solitudes cristallisent au cœur des limbes,

le sépulcre se recompose emprisonnant son hôte.

Tout se fige en attendant que,

de nouveau,

le désert avance...

 

Algas                                           1943   Maruja Mallo

 

@ Nuit côtière.

Le fleuve de granit se jette,

chaotique,

dans l’océan dont les eaux noires

se referment sur cet originel secret.

Le vent tait enfin son titanesque vacarme.

Un silence d’après cataclysme

enserre les entours de sa sévère camisole.

La vie n’est plus que minérale.

L’heure est venue,

la lune lasse se glisse

dans ce lit de mer étale

aux draps de firmament.

 

Kungkay & Yiipay                      Rosella Namok

 

@ Les temps n’ont pas changé.

                                                                    (i.m. Léoplod Sédar Senghor)

Du divin ficus

pendent les lianes perfides

d’une princesse pitoyable

à la peau d’orage tatouée d’éclairs.

Ces suaves guenilles

aux parfums subtils d’aigreurs marines

attirent tous les mâles déchus.

Ils goûtent auprès d’elle

la fugace mort blanche.

Ils repartent déçus,

plus accablés encore,

leurs fardeaux alourdis

de ce diaphane mirage.

Plus tard, leurs pauvres corps

porteront les stigmates kaposiaques

que les sots bien-mal-pensants

qualifient d’infamants.

Ils comprendront alors,

dans la solitude de l’approche de leur mort,

que le monde et les temps

n’ont pas changé.

 

Kipus V                                        H Frones

 

@ Pleurs de lune.  

                                                                                            (i.m. Léoplod Sédar Senghor)

Depuis la plage de galets noirs,

les cris aphones

des errants des mondes ancestraux

partent vers le disque lunaire.

Le festin des prémices

embrase leurs lèvres de sang

et exsude leurs angoisses.

Des profondeurs de la peur pourpre

monte un appel au meurtre

extravagant, systolique et vengeur.

Dans leurs rêves chimériques

ils vivent ce sacrifice honteux,

qu’ils veulent expiatoire,

dans l’espoir dérisoire

de polir à jamais

l’ardoise de leur karma

rayée de débauches exutoires

perpétrées depuis

bien avant

la nuit des temps.

Longtemps encore

ils pleureront à la lune

dans l’obscurité sépulcrale.

les Rythmes anciens / refermeront la Mer et / les vieux Horizons    2004   jlmi

 

@ Coucher de soleil.  

                                                                                        (i.m. Léoplod Sédar Senghor)

Dans la lumière laiteuse du jour premier,

la vie recouverte de cendres

chante le silence

de la procession des héros solitaires.

Présences sensibles aux yeux de foudre,

à l’odeur houleuse de néant,

ils suivent dans l’inextricable panique

la voie tracée

au coeur des gémissements désolés

des tornades de sable vert

et des crissements terrifiants

des termites avides de leurs os,

par des théories de vers luisants

jusqu’à glisser sans fin

le long des parois

du précipice de la mort.

Alors le soleil se couche

et mes yeux se colorent d’un sommeil léger ...

 

Backward                               Olga Kaydanou

 

@ Le temps corrodé.

(à Kate Millett & Marlène Dumas)

 

La dérive

de l’amour à l’ennui

et de l’ennui à l’indifférence

me lance les mains vides

à la poursuite du néant.

Finies,

après l’amour,

sa voix liquide comme une caresse,

la tendresse lasse de son épuisement,

la beauté spectrale de ses déplacements.

Le ciel

se fend comme un fruit mûr

corrodé par le segment du temps qui manque.

 

Carrable                                    2000   B Raguet

 

@ Chimères.

J’assemble les instants

en images d’un sépia suranné.

J’assemble les rêves

en coupe cristalline de réalité.

J’assemble les silences

en molles draperies de vacuité.

J’assemble les paroles

en lente et inaudible mélopée.

J’assemble les mouvements

en perceptible immobilité

J’assemble les futurs

en fenêtres sur l’éternité.

J’assemble les chimères.

 

***

retour accueil rubrique