Autopsie d’un Vivant

 

 

Rêve en Vrac

                                                                                                ’' J 'écris pour me taire’’  Ph. Léotard

 

A la fenêtre ce matin

elle se dessine sous la dentelle

et mes yeux sont sur elle.

 

Tendresse épidermique.

« Mets ta main où sont mes doigts ! »

Parfum de fille troublée

dans la musique du silence.

 

Là où commence la grande faille,

je vais, fouille et trouve...

Calligraphie de jambes et de bras

Idéogrammes des corps.

 

Torque de son cou étoilé de sueur

Arc luisant de son torse contorsionné

Pectoral sacré de ses seins

Orgues de calcite de ses jambes à mon cou

 

Coupe d’ombre d’entre les cuisses

Pinceau souple de ma langue

Feu de sel sous le délicieux velours

Filage des soies de sucs

 

Parfums mouillés de pré brouté entre sueur et rosée

Religion de cris et de supplications.

Moiteurs d’orgasme de son gémissement enfin lisse

«  Cà a toujours été mieux avec toi... »

 

Toutes ces excuses inutiles de nos retrouvailles...

 

Musique antalgique.

Et maintenant ?

 

Odeur d’une ombre rousse.

Bruine de bruits d’eau.

 

Frottements des voix.

Mots étoiles mortes.

Courbure du silence

au lent étirement des sons.

 

Cendres bleues de l’air

peignées d’un soleil dispersé.

Ombre d’une odeur.

Battements de cils.

Silence immobile.

 

Photo de hasard au fond d’un tiroir :

Ut ultime des corps en noces blanches

Loques chaudes du sommeil. Encens des couleurs...

 

Testament trouble des traces.

Regard dissous d’une voix transparente.

Coup de grâce d’un silence.

 

Le sexe cicatrise mal...

 

Ne plus y penser.

Mort du silence. Rester de glace.

Voix crucifiées dos à dos

 

« D’où qu’elles viennent les nouvelles sont mauvaises...

tu as vu ?...

l’homme est pire qu’un animal ! Non ? »

Rester sourd. Cœur transi.

 

Signes épars de l’espace

dans les plaies à vif du vent d’avant.

 

Nez écrasé sur la vitre.

Buée.

Vertige des contours flous.

Trait d’un doigt.

Sillages lacrymaux...

 

Effacer les miroirs d’angoisse du vitrail.

 

Je ne suis pas ce qu’on attend de moi

et partout çà fait mal.

Mal...

 

... mais pas d’autre vide en moi que moi.

 

 

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Addiction

 

Alcools        

outrepassés           Outrages du corps

Trogne pochetrone

Nez rutile    bourgeonnant

Outre outrancière

 

Outrecuidance d’entre cuisses

dense la lance,                danse le gonfanon rubis

fouisseur de l’écume des femmes

vite aspiré par le vide sous vair voisin

 

Etat second

         Plongée féconde au tréfonds

Visions adiabatiques

 

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Je règne à genoux

 

Je règne à genoux

dans les cuisses du temple

interdit de dentelles

la tête auréolée

du vair d’un ventre blanc de femme

 

L’encens des heures      tantrique

coule entre mes mains

suis la flèche du doigt

sans souci de naguère

 

Un parfum paresseux sourd

à fleur d’une pupille de rutile.

Deux doigts de plus

découvrent une source

dans la moiteur d’une soie lascive.

 

Loin au dessus de moi

le rauque fredon d’un râle suave :

« Laisse moi mourir ainsi... »

 

Et des larmes plein les mains

 

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Où a fui le vent ?

 

Cerveau naufragé à l’apex du néant,

ailleurs équivoque et lointain,

flou,

lumineux chaos de lueurs bleutées

au sanctuaire de rochers obscurs du désert,

dans le brouillard épais du silence.

Extase froide.

 

Anciens signes au matin bleu des branches fracassées,

au-delà de l’ignorance aux mots aveugles et sourds.

Voix d’un sous vêtement arraché.

Frémissements d’un ventre,

palpitation de la braise des pierres de vérité.

 

Pierres en feu,

terre en travail,

lumière d’austérité d’un ciel écru.

Nuit             Obscurité hargneuse

Etoiles oxydées,

lune corrodée

au firmament glacé d’une ultime nudité.

 

 Murmure de la pluie        Sens de l’absence

 

Où a fui le vent ?

 

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Une Solitude de Gel mauve

 

Acide insupportable des astres

aux spermes fastueux.

Partout l’ancienne blessure de l’espace

dans les plaies à vif du vent d’avant.

Hauteurs vantées du vide.

 

La vie sans rien dire.

 

Foule des morts.

Catacombes pavées de crânes.

Lumière semblant venir de ce vaste entassement d’os.

Orgues de cippes de marbre cipolin et de cyprès.  

Silences de fétiches.

 

Calligraphies du vent comme sexe des parfums.

Fébrilité frileuse fragile factice.

 

Nudité de l’eau aux nénuphars secrets.

Bruines de bruits au ras des grès tendres.

Pierre liquide.

Jardin de gravier blanc ratissé.

Seule la vrille d’une feuille safran

entonne les psaumes de la pénétration,

musique vertige, musique vestige à la couleur de rites.

Pas de face à face qui fasse obstacle.

Impasse de soleil, impassible curare.

  

La toile se déchire

sur ses successives profondeurs cunéiformes.

 

Nous restons seuls,

territoires désertiques et blancs,

poussière jusqu’au bout,

et personne ne sait s’il naîtra enfin une beauté.

 

Gel mauve de la solitude

Aspirations spirales...

S’évanouir dans la transparence du coup de feu...

 

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Musique des Ombres

 

Dedans...

 

Cristal de l’instant du choc  

au bord du bol tibétain.

Stridence du bronze

trempé aux entrailles de l’air.

Cendres grises et légères

de l’encens d’une flûte de roseau.

Premier pas d’un amour boomerang.

Fougue fugace    sagace.

Houle des corps

à la douceur du rut.

Paresse de parfum

à l’épaisseur impalpable.

Suffocation de dire

les larmes de résine

sans savoir ce que déplace

les hauteurs ventées du vide.

Chien fauve des mots

dévoreur de sommeil.

Tout temps finit par être révolu.

 

Dehors...

 

Espace vide sans totem.

Alignements de pluie.

Notes hachées d’un air de flûte.

Cristal de l’instant du choc

des gouttes au carreau.

 

******

Renoncement de la fenêtre embuée

 

Soupir vampire du pire s’inspire :

Avoir vu dans l’avenante avenue des Avanies Advenues

toute pavée d’aventurine verte

l’avènement avili de l’aventureux Avenir.

 

Dans le blanc, le silence, le désert, une voix peine.

Lambeaux obscures de la tendresse.

Nuit choyée de perles bleues, prospérité de choses futiles.

 

Forêt souveraine de la solitude

où se clore comme une fontaine vacante et froide

puis dormir chaque rêve.

 

D’une voix sans rides, imperceptiblement,

la mort vient se poser sur la vie

mais ses plumes sont si fines...

 

Tu sais bien qu’au-delà              il n’y a rien.

 

******

Nuit cauchemardine 

 

Mémoire de l’eau.

 

Eau de métal, sans limite,

sans émotion,

tout imprégnée d’elle même,

sauvage et grandiose,

altière ego    centrique.

Monde où rien ne reste secret.

Forêt en marche des roseaux des rives

sous le vent du soir.

Temps laissé à l’herbe où les morts indociles

corps errants par cohortes entières

chassent les nuages.

Cieux  odeur de fusion translucide.

Incendie passiflore pas si triste d’outre corps.

Corps           sans émoi caressés d’eau

molécules tactiles            agrippés, imprégnés, délayés,

fission fusionnelle            liquide         des noyaux

mémorisés sans formes              recristallisés,

égouttés, essorés             cor(ps e)aux

cor(ps d’)eaux pour voyager en tous lieux

une simple pente...           ailes déployées...

s’évanouir

 

A cet instant donner et prendre ne font qu’un

 

Subsiste une certitude substantielle

faisant autant de bruit ailleurs que dans le néant,

il y aura un jour autre chose que le jour.

 

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Vacance(s) de Source

 

Azur indescriptible

Lente approche flexueuse de l’eau

dans la gravité d’une simple pente

Suintements          Chatoiements

Ecoulements           Scintillements

Jaillissements        Eblouissements

Déversements        Estencellements

Serpentements      Flamboiements

Gravoiements        Resplendissements

Sédiments              Miroitements

 

Eau mouvement     Eau autrement       Eau séminale

 

Arpentage, partage, alliage,                 Paysages

                   

         Sauvage alliance              Morbidesses délicieuses

  

Le vent des montagnes n’engendre pas l’oubli

 

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Silence du Vent

 

Souffles rythmiques des pierres de rêve

Brumes mauves et gris de perle

des réalités cachées de l’Univers

sphères diaphanes teintées de bleu

Calèches aériennes des nuages,

miraculeuses         éphémères

Continu des choses

         Apparence             Réalité

fêlures,

interstices,

failles

en noirs glyphes d’herbe

au parfum de santal mouillé

d’une laxité précieuse       

 

Transparente légèreté                

du silence du vent.

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Portés disparus

                                                       à E.J.

Images venues d’Elfriede

   comme d’ailleurs d’ailleurs

Visages en offrande aux pylônes

où les morts indociles

corps errants par cohortes entières

gorges lacérées de quintes,

thorax tout tordus de toux

nus d’une terreur vératrine exorbitée

avec au cœur la longue douleur

du temps des cerises et              des vers moqueurs

rempliront bientôt le devoir de disparition.

 

Suffit que la colle vieillisse

         pluies et vents le reste               papier délavé

couleurs lacérées             Villeglé

         comme d‘autres entre autre.  

 

texte publié dans la revue Traction Brabant n° 30/31 juin 2009

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Perroz Goañvezh

 

Ciel sombre

         Plafond bas

Vent fort

Mer agitée

 

Port à flot

         Eaux miroirs

Mâts bambous

Drisses clarines

 

Cormoran perdu

Aigrette frileuse

         Casquettes délavées

Cirés pensifs  

 

... Plus tard

          Lumière écrue

                   Grains violents

                            Volets battants

 

Ciel mosaïque

         Atmosphère dorée

                   Bourrasques molles

Couchant violine

 

Bonsoir

                   Zone

                                      Heureuse

 

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