Envols crépusculaires

   

@   Errances.

 

Traces 136   2005   JLMi

 

Rebuts de la nuit,

couteaux à creuser les yeux

du caillot humain !

Océans secrets

aux sombres eaux amères,

où se noient nos vies.

Du sable dans la tête,

j’ai vu le soleil des morts.

Lumières navrantes.

J’en mâche l’ombre

et sais quelle agonie

gèle l’écume.

 

Gangbang                                          Linda Zacks

 

@   L’Autre.

 

De mes yeux blancs, fatigués et aveugles,

j’écoute celui qui ne parle jamais.

Nous avons tant de choses à partager :

terres inconnus ou bien terrains connus.

Laissez nous saisir les couteaux de clarté,

grains de poussière prisonniers pour toujours

de la lumière glacée des vieux mondes.  

 

Sans Titre                         1967   JA Aguirre

 

@   Vrac

 

L’arbre de la mer,

au souffle amère de fleurs

des immobilités glacées,

est là, solitaire.

L’aridité des ronces,

les cailloux du bruit,

l’envol des pierres,

le reflets des mers

sont solitude bleue.

Nos yeux avides

de charlatans crépusculaires

sont

perle de verre

signe rouge sang

d’un sphinx sans secret.  

 

Série noire IV   2005   JLMi

 

@   Les rivières de lune.

 

Les louves de feu

ont l’univers pour domaine.

Lentes, obscures,

merveilleuses et folles,

elles errent, telles

des particules élémentaires,

dans la lumière aux yeux mordants.

Elles franchissent parfois

les rivières de lune

des espaces infinis.

Alors les tombes se noient

dans l’océan végétal

pour disparaître dans l’inconnu,

des eaux sombres de l’oubli.

 

la Femme Battue                                                  2004   JLMi

 

@   Les Linceuls immaculés.

 

Délires de feux,

images aveuglantes

au cœur des néants.

Mes os craquent en lunes cadavériques.

Mes entrailles grouillent de vermines abjectes

aux plaisirs immondes nourris de sanies.

Instants fugaces

lorsque l’esprit n’est plus là

et pas encore ailleurs.

 

La Boîte noire                                                                  2005   JLMi

 

@   Les restes morbides.

La peau de mon visage

dissimule mal les os

de mon crâne décharné.

Quelques rares cheveux gris

cerclent ma tête de mort

en piteuse couronne.

Mes orbites aveugles

pleurent des larmes de pus.

Mon nez, long, fin et busqué,

me donne l’air d’un oiseau.

Mes narines exsudent

une morve verdâtre.

De ma bouche s’exhalent

des puanteurs fétides.

Les chairs de mon cou plissent

et pendent, lamentables.

Mes membres tout amaigris

ressemblent à ceux

d’une marionnette balinaise.

De mon thorax défoncé

et de mon ventre ouvert

jaillissent des organes

grouillant d’une myriade

de vermines immondes. 

Orgueil de mon corps vivant,

mon sexe n’est plus qu’amas

purulent dérisoire.

 

Mort ! Là est ta victoire !  

 

Personnages                                      1997   Claire Kito  

@   Mirage.

 

A qui raconter la nuit nue,

le visage et l’horreur de la Mort ?

Au creux du soleil pâle

les tombes étaient fleuries.

Des yeux délavés pleuraient,

lave douce de l’oubli.

...et quelque part, passant,

le grand mirage blanc.  

 

Série Noire XI                                                   2005   JLMi

 

@   Le Nouveau Monde.

( i.m. Louis Calaferte)

A bord des chalutiers de brumes,

dans la lumière d’ambre et d’or mat,

ils glissent lentement vers la mort.

Évasion de leurs épouvantes,

abysses de la réalité,

leurs suppliques d’angoisse pleurent

un pauvre rêve déchiqueté.

Telle l’écharde vénéneuse

monte l’odeur d’un mort de trois jours.

Sous de tragiques regards d’oiseaux

ils s’évanouissent dans le néant,

lente digestion minérale

dans la funèbre torpeur rouge.

 

...à quelques encablures

du nouveau monde !

 

Voeux                                                     1995   Ephidia

 

@   Les Vents Fous

( i.m. Louis Calaferte)

Longtemps je fus vieux.

Depuis, je n’ai plus d’âge.

Filigranes limpides

décalqués au noir de nuit

mes cris cabossent l’obscurité

des plasmas infrarouges.

L’écume croustillante

des lunes cristallisées

en belles épures

encroûte le silence

des réalités.

Confluent spasmodique

des noces génitales,

la nuit s’écrase

sur l’horizon des limbes.

Le ciel pèle

en nuées pâles

la clarté de glaire molle

des globes oculaires

des navigateurs aveugles.

Icare ténébreux, Icare corrompu,

aux ailes fragiles et délicates,

je flotte sur la vase érotique

des poussières de tristesse engourdie.

Cloué au mur du Temps

dans le palais des Vents Fous

je viens m’asseoir sur le bord

du Grand Lit  Mortuaire

et je regarde tourner

la mécanique huilée

de la Vie.

 

Inexplicable volonté

de la Création.

 

 

Dirty Dishcloth I                                  2005   JLMi

 

@   Le temps spectateur.

 

Le blanc silence des sables

devint un mirage travesti en cauchemar,

le long cortège des pestilences

des pourritures ineffables

montait des abysses

de la tombe innombrable.

Tout se brouillait devant mes yeux

brûlés de soleil

et rongés de sel.

Le nerf optique de mon œil gauche

tendu à se rompre

pouvait se déchirer à tout instant.

Tout se mêlait dans mon cerveau

à la matière blanche déliquescente

sucée par des milliers de cloportes blêmes.

Tout mon corps lentement se desséchait

à l’abri du parchemin verdâtre de ma peau squameuse

couverte de plaies sordides

que des nuées vibrantes de diptères

harcelaient sans cesse.

Jusqu’à quand pourrais-je tenir ainsi

avant de devoir transformer

le temps en spectateur ?  

 

Sans Titre                René Caussanel

 

@   Le corps sans tête.

 

La douleur creusait en moi

un terrifiant puits sans fond

rempli de tourbillons nauséeux.

J’étais entraîné

dans la ronde infernale d’une immense foreuse,

soumis au délire d’un marteau-pilon gigantesque.

Soudain je débouchais

au cœur d’une fougère arborescente

par une nuit chaude et orageuse.

Chaque éclair bleu

me limait les nerfs

et relançait mon enfer.

Tel un astre pâle,

je me recroquevillais sur moi-même.

Une terre glacée me boucha soudain les narines

...

Des cauchemars grandioses

distillèrent dans mon cerveau enfiévré

une inspiration en cascade

répugnante et tragique

d’une irréfragable certitude.

J’étais une éponge d’infini

au cadavre acéphale.

 

***

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