Le vide était presque parfait

 

Les fées mères délétères nient T  

                                                                                            Jean-Marc Couvé)

Contre l’immensité des habitudes

tu optas pour l’immensitude des habités

ban-lieue de solitude aux dimensions élastiques

jardin de sable aux rides de désert

où dans le vide d’une rose des derniers jours

ton ombre existera sans toi

toujours à l’orée d’un monde,

toujours à l’orée d’un rêve

dans le clair obscur austère

d’une capsule de songe

à la fin d’une nuit par trop lunaire

passée à trier les reflets et les ombres.

Lors, sur un chemin lapidé des semences du temps

quand la caresse du vent deviendra morsure

jaillira pour toi le bel inespéré d’une eau sans surface

tandis qu’à l’entour les sons impitoyables foreront le silence

de cette terre inexorable

si prompte à dissoudre,

ce qui fut dès l’origine

l’éphémère de l’éternité.

 

***

Passe-moi tes étoiles

 

Dans le lent glissement du temps

sur les pentes plissées du présent,

chaque mot, soumis aux longues striures d’espace

d’un vent d’astres sol(it)aires, étreint ses voisins. 

Ces étoiles-mots puînées envahissent le ciel

n’attendant plus que le plus infime signal

pour crachiner leurs fines bruines de lettres

sur la lente caravane des pages errant

- comme le vide d’une rose des derniers jours -

dans le désert du questionnement sans fin

de la parole à la racine des voix,

à l’instar de l’instant où à l’instigation de l’instinct

s’instaure puis s’instruit l’instrument inspiré de l’écrit.

 

Amant des mots et merveilles de la langue

passe-moi tes étoiles pour converser avec mes nuits !

 

***

Nos cieux solitaires

 

Nos certitudes peureuses s’enlisent

dans nos bienheureuses et vitales contradictions,

comme notre art impie enkysté dans votre silence

contemple bon vivant l’inexistence sans limite

des bêtes funestes que vous êtes

et de votre confiance imbécile

en des formalismes étriqués et stériles.

Ainsi, lorsque le voile de l’absence recouvrira nos yeux,

satisfaits et comblés nous ne laisserons

d’autre message qu’un tremblement de musique.

Et nos soleils continueront leurs courses dans nos cieux solitaires.

 

***

Demain demeure

 

Rien ne coïncide avec rien.

Il pleut de la mort douce

sous les arbres.

 

Aux gréements de folie

vous dilapidez les heures

pensant les retenir.

 

Courrez courir à vos enfers

dans la maigreur du temps.

Demain demeure.

 

***

Tout s’est tu

 

Le ciel glissait

dans le métal hurlant d’un silence dur et froid

troublé parfois par les tambours délétères

de gigantesques essaims de mouches vertes et bleues.

Les pieds pris dans une soupe grasse de feuilles

et de boue glaiseuse

j’allais au rythme lent des algues de mon sang

aveins dans des vrilles de conscience douceâtre

à la rencontre d’un clair de dune trouble

adorable ruse

des salves vénéneuses de mes pierres d’angoisse…

 

Plus tard au bar d’Albert, l’ange pleurerait dans son verre

une lave de larmes incandescente puis il bredouillerait :

« Dans le vacarme immense

de votre long silence

j’entends l’impertinence

de ma folle impatience… »

 

et

dans le même instant

entre colonne de feu et colonne de nuée

tout serait perdu, tout serait retrouvé…

 

***

Sur un œil de verre

 

Enigme du vide,

tremblements du temps

lors de l’intersection de parallèles

dans les voies et les vagues du silence.

Angoisse lunaire de ces canaux de lumière

polymorpho(lino)chrom(at)ique.

Effacement séquentiel progressif

par secousses s(ch)ismiques

du conte de fées aux ailes rognées

d’effets acrosoniques

et de suintances perverses et desquamées

où l’on se prend à écouter la neige

au vagissement dément

et d’où l’on espère s’insérer

entre les dimensions de l’espace

de cette fée des neiges

au goût de solitude d’un cimetière

de vieilles mécaniques aux rêves trafiqués

d’enfants de personne,

ces vieillards pensionnaires d’asiles

où il n’y a plus d’horloge qui déloge

les gens heureux d’un demain qui s’égare dans l’hier

des couloirs d’éternité de l’homme aux mains nues

rêveur au sommeil-neige lourd et vaporeux

d’un temps jamais tué

dans le souffle des pierres aux frénésies éoliennes

face aux portes de l’ennui

là où la brume consume la transparence

comme ces reflets tremblants à peine entrevus

sur un œil de verre.

***

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