les chaises dorment debout
 
Insomnie.
Avant de plonger
dans les corridors étroits de l’avenir
la chambre se tait.
Dehors
l’éclat moisi d’un réverbère enlace la nuit
dans l’indifférence sceptique des murs.
De longues ombres à l’odeur violette
traînent sur le trottoir
suivant la pluie,
interminablement,
sans raison apparente pour personne
D’ailleurs, personne n’est plus là pour personne
La vie est le tombeau du rêve.
Cauchemar de détails dans le cauchemar plus vaste
de ce quotidien où plus rien ne fait sens
hors les formules complaisantes, minables, pitoyables
qui se métastasent à grande vitesse
dans les viscères chatoyantes des horloges
Et toi qui te crois bien à l’abri derrière ton cœur insoumis
tu colles les morceaux c’est tout
rien que ce que l’émotion vole à la mémoire
 
Une fois encore au bord du matin
la nuit au sourire corrodé s’est fatiguée la première
 
Sous les arbres, la statue de marbre te sourit
‘’avant que la mort te mortaise à la terre’’
 
Une idée affreuse, hein ?
En général ce sont les meilleurs
 
oOoOo
 
Le ramasseur d’ombres
 
Pose ton fardeau !
Pose tes morts au carrefour,
là, dans le jardin de ronces
des sombres faucheurs d’aube.
Pas un ne te suivra.
Au fil de leurs errances
ils virent souvent tomber la nuit
dans l’alchimie des éternités.
Laisse les à la lumière titubante
du cauchemar de leurs vies.
Ils ne t’ont donné que de la tristesse
dans la langue indéchiffrable de la nuit.
Et des remords attachés à chaque jour.
Dans une ébauche d’horloges,
grandes araignées débonnaires,
tu colles les morceaux. C’est tout.
Vient l’instant
à l’horizon de chaque regard
où la forme trop précise
aspire  à rentrer dans l’indistinction
à la poursuite hurlante de particules perdues
dans la substance des distances du vide.
Dans les plis de ta solitude
derrière le masque du visage commun,
les multiples facettes du visage secret. Mais.
Tu ‘’es’’ ce que tu dis être
car à tripoter les petits miroirs
du navire rêveur de la mémoire
tu transformes lentement les couleurs en nuances.
C’est comme ça :
comme une longue plaine blanche de simples pierres d’envie
posée dans l’opacité immatérielle
aux saveurs de cosmos des terres du sommeil.
Quand la nuit pose ses fesses sur la ville
tu ne sais plus rien de ce que tu croyais
dans ce présent futur passé depuis si longtemps.
Âme, trame drame, pique épique et colère drame.
Tout abandonner dans les vestiaires du ciel
dans l’écume des heures.
La ville déteste les tambours
tout ce que l’émotion vole à la mémoire
cette bête à fièvre de livres
qui volent dans le noir.
Détresse ? Métamorphose !
Pas être un robot
Ne plus être le ramasseur d’ombres
 
oOoOo
 
L’univers n’est jamais fini
 
Vivre sphérique
dans la mélodie de l’instant
d’ombre rongée du sein
d’une femme bleue surprise
dans l’entrebâillement d’une porte.
Lézarde de ténèbres ouverte au plein midi
de la ville-en-nuit.
Sanglots d’une source
Buée sonore
Flaques de musique
aux syncopes du silence
Truchement mystérieux des odeurs.
Que serait mes nuits sans tes jours ?          
Mes mots demandent leur chemin à la lune
dans ce regard concentré de femme qui va jouir
Pureté du lotus sur la boue des passions.
Jusqu’au vertige.
Faire tournoyer la tige
Caresser de doigts d’amour
Partager le même temps
Puiser dans les travaux du rêve
Fouiller les possibles de l’imaginable
Galoper l’apocalypse
S’énormer soluble dans l’air
Mordre la pluie dans le tumulte du vent
Japoniser bleu-vert les lointains du ciel
 
Et perdre son futur
dans l’ombre des corps recroquevillés,
l’univers n’est jamais fini.
 
 
OOoOo
 
all-Chimies
 
Chimies de ces réactions spontanées et étranges
entre rêves et Vie
accoucheuses de réalités subtiles,
veuillez noter :
 
les gazouillis de papillons mordorés dans les cages de béton des villes ;
les oiseaux promis à la pierre ;
la  connivence des lunes aux trains des nuits du monde ;
les intérieurs de lune dans un soir d’ostensoir blanc ;
l’ennui des étoiles filantes jeté dessus les choses ;
les voleurs de nuit avec du vent plein les bras ;
les signes de cris, signes de croix, signe d’effroi ;
la face d’iode rubicond de l’effet d’à force d’amiodarone ;
les battements du cœur pulsant sous l’ongle de l’annulaire gauche au cœur de la nuit ;
les rêvéveils matin-calins mêlés de Brahms et de sueur ;
les draps ornés des dessins fous de l’herbe de son corps ;
les caresses de sa pierre de chair brûlante et lente ;
la parole des oiseaux transparents affamés au jour de son ventre ;
le cri de pierre étouffé aux échos concassés  de l’accordeur de silence ;
l’enclume du silence que seul un rêve sait attendre jusqu’à l’ivresse ;
l’ombre du son unique où se reposer du silence ;
le silence horrifié des pierres d’une lapidation ordinaire originaire d’Iran ;
la poussière rouge du souvenir de la liberté d’une ville bleue ;
le ciel cessant soudain son incessant ballet de couleurs sur le doux d’un gris monochrome ;
les chevaux du vent aux échelles de pluie ;
le fleuve des amants de la vie ;
l’eau qui coule et ne revient pas ;
la patience de l’eau dans le sillage vertigineux du fabuleux filet d’absurde ;
la couleur vide des yeux des gens à l’écoute du bruit de l’eau ;
l’œil de la foule qui vous saisit à rebrousse-peur ;
les hommes polychromes du pays Terre ;
l’angoisse du réel d’un constructeur d’imaginaire conjureur de mots ;
l’éclat d’émaux mêlés de ces mots conjurés ;
le  démon  dément d’un démiurge démagogue ;
la luxure 4x4 de l’automate poudré à l’orée de la nuit libérale ;
la terre dévoreuse de morts ;
les quatre piliers mythiques marquants l’entrée d’un paradis des ombres ;
la recherche du message sous la pierre
la jungle familiale dans la jungle urbaine où tous les morts sont ensemble, n’importe où ;
l’ennui du deuil, comme un sépia sur le noir du néant ;
les lambeaux du rire cimetièresisé des années intactes ;
les ravages du vent ;
les hautes herbes des heures dont la chaleur tremble l’horizon ;
le ‘’Rien Quotidien’’ à l’œil-main de T. maintenu sur l’Un-différent infini des choses de la vie ;
la ‘’liberté libre’’ des ‘’voleurs de feu’’ d’Arthur R.
le ‘’dernier domicile connu : Fossé-Ville’’  de Jack K. ;
l’allégresse du rituel ‘’entrer dans un bar écouter rire les morts’’ de Charles B. ;
le ‘’j’ai en moi mille générations’’ de Jack L. ;
la gêne des gènes, arènes, arn, adn,
all-Chimies !
 
‘’…mais c’est comme ça qu’la vie est belle, mon Cœur !...’’
(saisi au vol d’une conversation d’un père et de sa très jeune fille, entre mer et granit. Ploumanac’h 23 février 2011)
 
OOoOo