Installation ''Dans les Plis Secrets / des Montagnes liquides, /la Source de Vie.''   2004   jlmi

 

Moments d’ailleurs

 

@ Méditation

 

Est-ce caresse

ce délit extatique

dans mes os dissous?

Le sel de mon sol

pubère, infertile,

craque sous tes pas.

L’Asiate noir

qui y pratique za-zen

découvre son mur,

porte du Néant,

de dissolution du Temps,

d’Esprit disloqué.

Exit Sam Sara,

adieu Femmes de Cendre.

Collyre d’Eveil.  

Zen                          Maxine Hall   

@ Karma

 

Ma tête tourne.

J’erre en divagations.

Je cherche la Voix.

Devant moi le mur

d’un karma crépusculaire

infranchissable.

Pour vite me fuir,

j’essaie le contournement.

Acte dérisoire.

--- (voix off)

Acte sans espoir

de ta lâcheté d’homme.

Rien n’est au dehors.

Va dans tes égouts,

là est la Vraie Voie.

En son cœur est le Tout.  

 

Le Vide & la Quiétude   1999  Xiao Min Feng

@ Vacuité

 

A l’époque où

la mort était le seul

endroit pour vivre,

tu courais les chemins boueux

du bout du monde pour la trouver.

Tes désirs bavaient à l’avenir des soleils.

Ils t’ont jeté les aiguilles de granits,

et ton rêve s’est figé.

Tu exhortas les Ténèbres

aux tourbillons vertigineux.

Tous y furent engloutis

dans le grand éclair bleu

de la chaleur primordiale.

Tu repris là ta quête

et, dans ton esprit libéré,

au plus profond de Toi

tu la trouvas enfin.

 

The Trees of Eden   1987   Evelyn Ellwood 

 

@ Seppuku

 

Je vis, pantelant,

sans espoir, au jour le jour.

La peur de la mort

ne me fait plus peur.

Un besoin profond

de fermer les yeux,

au tragique

inhérent à la vie.

Cette angoisse

avait sa douceur,

tel un harakiri

voluptueux.

 

Ikebana Drawing         Chihuly Boathouse

 

@  Impermanence

 

Au confluent de sources

claires et obscures,

le vide

entre le soleil et l’ombre

possède

une expression de douleur

car,

de la boue de nos instincts,

jaillit la précarité

de la Beauté.

Dans les instants de félicité

la sphère cristalline rythme

la mélodie de l’éternité

des puissances suprêmes

qui n’ont point de nom !

 

SansTitre             1982  KwanNam

@ Satori

                                                                                          (i.m. Hermann Hesse)

Dans les fjords

des blancs massifs de brume

tu plonges dans l’infini

des profondeurs des mondes.

Au bord des grands fonds

et de tous les abîmes,

au cœur des ombres bleues,

de tes jungles de bambous,

tu trouves,

à travers le néant des temps éphémères,

la profonde nostalgie

de pureté et d’harmonie

des gouttes de lumière dorée.

 

     East & West   2002  KhoSante   

 

@ Samsara

 

La calvitie des mondes

envahissait la terre.

Monolithes végétaux,

de vieux ormes phalliques,

paraissaient porter les cieux.

Sous le sol, la vie rampait,

hésitant à paraître

aux grands jours de lumière.

Dans l’œil du cul des mondes,

au carnaval merdique,

un dégoût aux goûts d’égouts

me dissolvait les tripes.

Au sortir de la terre,

un monstrueux sourire

me fit couler la bave

au coin des lèvres,

sans fin .

La mort douce et lisse

gagna délicatement,

un à un, mes organes.

Dans l’ultime sensation,

une belle et pure

vision ectoplasmique

m’emmena au doux néant.

Enfin, mon cerveau s’évanouit.

 

Aujourd’hui est nulle part,

demain vient de s’achever

tout arrivera hier.

De cycle en cycle, tout,

toujours,  recommence.  

 

    Atlas Procession    2000  W Kentridge

 

@ Rosée de lune.

 

Tel un Sisyphe mélancolique

j’approchais des volcans blêmissants.

Des lignes séismales aux simagrées sinistres

égratignaient la surface des choses.

J’avais des sangsues dans la tête,

les aisselles pourrissantes

et des bubons aux aines.

La douleur tailladait mes nerfs.

Le feu de la terre

serait mon refuge

et ma délivrance.

D’une tranche de lune de mars,

une hydre sauvageonne des équinoxes rutilants

viola mes instincts morbides.

J’entrevis alors la lune

dans une goutte de rosée

posée sur une herbe folle.  

Greek Lesbos                                Nancy Spero

 

@ Fausse piste

 

Au commencement était le Sexe

et le Sexe était ...

dieu.

Pines et cons,

en majesté lubrique au règne obscur et tyrannique,

dominent les confins des mondes.

L’humus humain

y cherche son évasion des réalités sordides,

Les ondes sexophages impulsées,

aux fragrances aminées inoubliables

le poussent vers ces croyances baroques.

En vain.

Les boursouflures membranaires

des désillusions orgasmiques

enflent dans les temps nauséeux.

Au  désert gelé des terreurs utérines,

les flammes froides des bûchers glacés

n’y peuvent rien changer :

il faut toujours

revenir sur terre

pour mourir !

Comme tout ce qu’il nomme vivant,

suprême crachat à sa pauvre face

aux croûtes fissurées

de roi autoproclamé de la création.

Où se trouve donc sa Voie ?

sa dissolution dans la vacuité ?

   

Sans Titre                               2005  Anita Keilani

@ Le calice jusqu’à la lie

                                                                                                                                    (i.m. Louis Calaferte)  

Le soleil aveuglé d’or

s’écrase en larmes brûlantes.

La nuit met longtemps à se poser.

A ses couchants translucides,

nous nous travestissons

au travers du miroir.

Ensemble,

nous dépassons alors

la température vitrifiante

de l’exaspération.

Le calice de ton ventre

nous conduit hors des labyrinthes

des enfers maussades

de la vingt cinquième heure,

avant de nous engloutir

dans la toccata

des passions vénériennes impalpables,

contrepoint à nos fugues schizophrènes.

Au matin,

nos bouches amères nous réveillent

au cul de notre fétide basse fosse.

Hallucination d’un cri roucoulé,

d’un sanglot étranglé,

sur les eaux nauséabondes du déluge

de la détresse ardente.

Mille fois nous avons tenté l’évasion,

mille fois nous avons échoué

sur la grève du désespoir cosmogonique

de fin du monde.

Il nous faudra chercher ailleurs,

Autrement.

 

Event                   2004   J Allmaier

 

@ Raga

 

(à Ravi Shankar)

 

Lorsque la mare gluante

des joies gothiques

fouaille nos corps en feu

aux quarantièmes rugissants

de la planète spirituelle,

je pars en quête

des univers impliés

berceaux

des prochaines origines.

Je sais

qu’ils se mettront à vivre

de leurs nuits impénétrables

lorsque leur vie sera terminée

et qu’alors mes oreilles bourdonneront

des mélopées lentes des ragas

échappés du sitar et du tabla

de la sagesse éternelle.

A cet instant,

jailliront dans mon cerveau,

dispersées dans les sept directions,

les galaxies de milliards d’univers

où je retrouverai tous les éveillés

des temps sans début et sans fin.

 

La Montagne de l'Âme                       2000   Gao Xingjiang

 

@ Le Jardin des délices

 

Au carnaval boschien de mes rêves,

l’étalon noir de mes désirs charnels

piétine ta neige immaculée.

Dans l’obscur des sous bois sentimentaux,

mes plaisirs morbifiques infectieux

souillent ta pure beauté d’ébène.

Ta munificence pudique

aux noires arabesques accroît

le flux et de reflux de mon désarroi.

A ton cou, les diamants bleus du Népal

égrènent leur céleste musique

au corps vivant de métal en fusion.

Cet air de pureté me révèle

ce qui était avant qu’il n’y ait rien.

   

Chok Guzel la Lune                                  1998  Eric Liot

@ Mais où va leur parfum ?

 

La tête de mort

aux arcades sourcilières marquées de feutre bleu

est là,

à côté de moi,

posée au fond du vieux vinaigrier.

Dave B. visé à son piano

égrène ‘’Blue rondo a la turk’’.

Le Ti’punch m’aide

à gravir les marches

de l’évasion.

Fugace.

Mais c’est toujours çà !

Fort peu Boyard, la soirée.

Merci.

Je préfère aller

au ‘’Septentrion’’ de Calaferte.

‘’Take five’’ arrive.

Voix de velours du sax.

Vas-y Paul.

Grave la basse d’Eugene.

Je suis Gaubert.

Les pages de Louis

viennent de me mettre une terrible branlée.

Retour sur image.

A chacun son Dali.

A chacun sa veulerie.

Désenchantement.

’Take five’’ est omniprésent.

Les drums de Joe,

la ‘’basse continue’’ de Dave au clavier.

Enchantement. Fin.

Choisir une vie, quiète et stérile,

laisser passer ses chances,

laisser s’échapper ses rêves

pour rien.

Si, pour la chambre capitonnée

d’une vie rangée,

triste, si triste.

Si sans surprise...

dans la camisole du « comme tout le monde »

Requiem. Merci Wolfgang.

Ton ‘’Dies irae’’ m’escapade.

ton ‘’Tuba mirum’’ m’envole.

Un grain s’abat sur la maison.

Ciel mauve aux reflets jaunes.

Eclairs bleus.

Le tonnerre ajoute au ‘’Rex tremendae majestis’’.

Fantastique.

‘’Lacrimosa’’. Les cieux sont noirs.

Rideau !

En coulisses,

Litz ‘’Rêve d’amour’’...

 

« Des fleurs meurent chaque jour.

Mais où va leur parfum ? ».

 

 

 

Anathème                             2004  Mélusine

 

@ Les sentiers du doute

 

Chaussé de lourdes certitudes,

j’arpentais les sentiers du doute.

Plus j’avançais,

plus la douleur de mes pieds grandissait.

J’en vins à marcher les pieds nus.

Les cailloux me blessèrent.

Curieusement, je n’en souffris pas.

Mes pieds s’endurcirent

et sur mon chemin de pecten,

j’errais plus de trente ans.

J’y marche encore aujourd’hui.

Avec plaisir.

 

J’y ai perdu toute certitude,

même celle de n’être sûr de rien !

J’essaie simplement de vivre.

Pourquoi ?

Fermer les yeux pour tout voir

et mourir les yeux ouverts.

 

Black Circle                                           1933   Albers

 

@ Au cœur du Tout

  (i.m. Dogen)

Dans ce monde coagulé

du musée de cire de mes rêves,

un feu de mercure me brûle les veines.

Tout est en place pour l’éternité.

Aux perspectives interdites

d’un néant de sable livide,

le passé commence tous les jours,

demain n’a de sens que vécu.

Carambolage inextinguible.

Ici et maintenant contient l’éternité,

ici et maintenant seul existe.

 

5                         Yoshiwara Michio

 

@ Pour être sans Moi

 

J’aurais marché

à travers les étoiles

de tous les secrets du monde.

Irrésistible

rétrospective du temps.

Perfusion trophique

des espaces infinis.

Mes yeux adamantins

saisiraient la lumière intégrale

des sphères tournantes.

Je réussirais à défaire

un à un les nœuds gordiens

du désir.

Ma pensée libérée

se diluerait lentement

dans la vacuité de l’esprit

qui n’eut pas de début

et n’aura pas de fin.

Alors,

toutes les choses

étant à leur place,

il n’y aurait plus de Moi.

   

Sans Titre         Yoshida Toshio

@ Vers avant

 

Étreindre le néant

du lac bleu solitaire.

Être l’univers en gestation

de tous les secrets du monde.

Disperser les espaces

en structures solides.

Par la moindre fissure

laisser entrer les galaxies

en grappes empourprées, narcotiques.

Métamorphoser les confins

en contrées atmosphériques.

Donner souffle aux vents.

Séparer les eaux en étendues dociles.

Laisser la lave percer et se déverser

en labyrinthes d’arabesques

et de tresses vertes un peu lasses.

Libérer les cohortes fanatiques

de la vie endormie.

Pousser à l’évolution

vers un être étrange

dépositaire d’une parcelle de l’esprit,

puis partir...

 

au large du grand large,

là où toute sortie est une entrée

quelque part ailleurs,

au cœur de la vacuité

qui, à jamais, excèdera le cosmos.

 

 

    Sabi-Take                 2002   J Sughuara

 

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