Mots pour Maux

                         jlmi 2004

Mots pour maux. (I)    

 

Mots affolés. Mots brûlés

bien avant l’invention du moindre son.

Silence déchirant,

froissements soyeux des peaux.

Combat des corps

sans peur, sans pudeur,

entre ruines et loques,

tels enjôleurs engoêlés.

Corps amers, saoulés de nostalgie,

dans la nouure des impostures

des postures impures.

mimant des sentiments,

Là, las, lents, languides.

D’une langueur tout en longueur.

Corps solidaires,

solitaires aussi.

Âmes froides.

Médire. Mentir. Maudire.

Trille macabre à crever les tympans.

Envols frénétiques des bris de la vie

vers l’ailleurs d’un autre temps.

Hier, aujourd’hui, demain confondus.

Vieillir.

Jouir sans rougir !

Vieux corps du même jadis

suant les vieilles lamentations

aux cris rauques du vent salé.

Rires usés empoisonnés d’injures.

Mots mâchés, ensalivés, crachés

en flots miasmatiques.

Mots blêmes à blasphémer.

Mots crus trempés d’absolu,

infinie richesse des mensonges.

 

Vies remplies de clôtures.

 

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                            jlmi 2004     

      

Mots pour maux. (II)    

 

Matin qui rit, soir qui gémit.

Lente pulsation des heures.

Chemin de croix des jours.

Battements erratiques des semaines.

Envolée dérisoire des mois.

Décomposition monotone des années.

Temps jadis en déroute

face aux méduses violacées

des synapses altérés.

 

Espaces-temps incommensurables.

 

Liquide amniotique des sons.

Rires usés éclissés d’injures.

Ghetto des mots bavés

en logorrhée logarithmique.

Racontars mâchurés.

Rodomontades abracadabrantes.

Bribes de mièvrerie sénile.

Langues soudain alanguies.

Moisissures des commissures.

 

Glissement progressif dans l’infini du néant.

 

Zoo du désir secret

d’éjaculats baveux,

exhalaisons nauséabondes

de testicules cireuses

aux lèvres distendues

de vulves aux vagins croûteux.

Désolation. Dérision. Dissolution.

Moussons intérieures.

Espaces déserts.

 

Ecran noir de l’assemblée des morts.

 

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                            jlmi 2005

Mots pour maux. (III)     

 

Misères profondes de notre condition.

Fragments d’effluves nauséeuses

aux lèvres molles ouvertes

sur des bouches aux caries verdâtres.

Aisselles crasseuses

à l’odeur de vieilles sueurs sordides

témoins de cauchemars morbides.  

Entrecuisses puants le pissat,

les pertes glauques de malaises oiseux

et les maculats de gluances suspectes

aux fonds de calbuts cirés.

Flatulences subreptices

aux fragrances nauséabondes.

Pestilence d’éructations alliacées et vineuses

 

A « Qui m’aime me suive ! » mon ombre seule...

 

 

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                           jlmi 2004

Mots pour maux. (IV)     

 

Falaises du Temps.

Temps décomposé en épure funèbre et hypnotique.

Effondrements mous des cités opaques

aux effigies effilochées.

Ruée des effluves mouvantes

de tas d’immondices d’indifférence.

 

Murmure des nénies anciennes, des vieux contes,

des flûtes tristes et des secrets intimes.

Antiques chansons pétrifiées et puériles,

humble sagesse du simple quotidien

d’avant les siècles de la hâte et du mépris,

d’avant les ricanements venimeux

de l’artificialité et de l’envie,

de la tristesse suffocante des Trois Impostures...

 

Trébucher soudain

sur l’infini brutal

d’une seconde.

 

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                                  jlmi 2005

 

Mots pour maux. (V)     

 

Vie fantôme bien avant la ménopause des cœurs,

pulsion scoptique des corruptions intimes.

Tissage d’ennui en diathèse morbide

prémisse d’un infini au parfum cynique.

Triste à fête dans la léproserie des sentiments.

Oppression de l’horizon du silence,

un silence immobile… Quelquefois si tendre…

Miettes de vie, têtes et corps en accord

mais toujours dans le regard

quelque chose  qui fait mal.

 

 

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                                   jlmi 2004

Mots pour maux. (VI)    

 

Tresser ensemble le vivre et le mourir,

fusion du vent aux coutures de la nuit et du jour.

Leçon cataclysmique du doute,

au fur de sa cristallisation aux barricades de l’absurde.

 

Ancrée dans la tête,

une angoisse fétide, âcre et humide,

à l’odeur froide et cassante

d’ombre faite d’obscurité.

Analogies équivoques, clés des sombres chemins des états informels

 

Divertir la Mort au regard assyrien d’une éternité de pierre

dans l’espace liquide d’un miroir au rebord du Temps

empli de vagues mystérieuses, lourdes et noires

brassant l’abysse des Anciens Jours.

 

Accueillir la Mort aux yeux inquisiteurs,

félonne féline aux fêlures de félicité sensuelle.

Passer le reste de son âge

sans gourmandise de vivre, sans feintise du désir,

sans hantise du plaisir, sans couardise de partir.

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jlmi 2005

Entremots

 

Ombre blanche aux yeux bleus

dont le jus s’éparpille sur mes papilles.

 

Température absolue d’une l’obscurité

au son liquide et collant.

 

Etoile labyrinthique ;

autodidaxie sensorielle.

 

Amertume quelquefois si douce des entremots.

 

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