Suite Quantique

 

 

Photogénie des graffitis de glace

 

Vivre.

Une surréalité aux senteurs de goudron frais

arrachée au ciel.

Une impuissance,

une lâcheté,

une peste sentimentale

aux délices d’abysses boschiennes

 

Éclaboussures d’usure des immensités bleues

Mousse cuivrique grouillante de rouille

Intemporelle monotonie des mouvements de couleurs

Rafales de blancheurs

sur émotions incolores au voile liquide des ténèbres

 

Tous les chemins mènent ici…

où tout est

faux

Et réel en même temps

Sensualité de se sentir libre tout au fond de rien

de voyager sans jamais arriver

de ratisser les vagues

à l’épicentre des ondes de silence

Quand tout aura disparu, seul le froid restera.

Photogénie des graffitis de glace.

 

oOo

Clin d’œil nyctalope

 

Rythme nébuleux.

Heurts de dialectes grandioses

Désespoir des signes.

 

La mort on la fuit

et on la cherche tout à la fois.

 

D’un clin d’œil nyctalope

la pointe de diamant d’un vent bleu

lit le noir vinyle des pâles plaies de la vie.

Tout est faux

et réel en même temps

Cette musique

enveloppante

me pousse à tout mettre dans un verre

de vin rouge

âcre et amer

pour vaincre les solitudes verticales

car ne faut-il pas

que je finisse

comme tout le monde

par m’évanouir

sans l’ombre d’une réponse

dans ce jardin sans souvenir

où l’âge perd son chemin ? …

 

… là-bas

sous l’astre intime du perpétuel

astre mouillé

aux sens gourds et morcelés

dont la face invisible est striée de signes,

haut lieu de ce néant

brûlant et visionnaire,

subtil rêve de pierre

des étoiles poudrées de vacuité

dans un large mouvement d’obscurité,

pur pays des marées disparues

où seul persiste le parfum des fleurs.

 

oOo

La vie n’arrive jamais plus tard

 

Ce soir le bleu est noir. Hors saison.

Dans ce large mouvement d’obscurité

les étoiles exténuées

s’abreuvent à la sève des pierres.

Là-bas où naît la rumeur,

des visages de cuir et d’os

aux sourires de méduses stupéfiées

surgissent d’une brume minérale

portés par la lumière glacée

de l’insupportable du réel.

Leurs vies-routines marketées

consuméristes de A à Z se lisent

telle une fresque faïencée

aux désallures de Sixtine profane profanée

dans les tons essentiels du temps solide.

 

Tout tenter pour faire moins de bruit que le silence,

jusqu’aux errances

de troquets en bistrots

au cœur des odeurs rances de vinasse et

de fermentation de vieilles sueurs aigres 

et de calbutes cirés,

perdu, seul,

dans une lumière blette et grasse

parmi cette multitude

de ruines écorchées vives de la vie

faces cachées

compagnes et compagnons miroirs

porteurs d’orgueil

qui au temps du viol

ont refusé d’ouvrir les jambes

et de jouir de l’inéluctable

Spectres en suspens,

d’une subliminale beauté

gravée dans la chair.

Cueillir là la lueur aveuglante

de l’explosion du vide

du monde invisible

lors du passage à l’âge.

Rien n’est plus réel qu’un mirage

 

La vie n’arrive jamais plus tard

seule la mort décide de notre avenir

 

oOo

les marées endormies

                                                                à Katy Perry*

 

Au tourbillon

de stupeur et de rêve d’une étoile de chair

un triangle rubis se fige

champ sensuel et magnétique

de désir.

 

Regard suspendu

à l’arche de buée trouble de ces ténèbres limpides

raffinées par l’abstraction

l’autre, l’amie, l’amante

avance la soie de ses doigts

lève le voile liquide

dénoue l’ombre dénudée

et réveille les marées endormies

 

Au pied d’une stèle de chair

elle chante a capella

 

‘’j’ai embrassé une fille et j’aime ça !’’*

 

oOoOo