Tara Quantum
 
 
Le pauvre chantre immortel
Sculpture poétique sur les dialogues des Ailes du désir de Wim Wenders
 
 
 
Pour abolir l’éternité
tu butes sur tes couleurs.
Mettre à part les couleurs.
Dans une aquarelle de Paul Klee ?
 
Quand commence le temps ?
Au lieu de savoir, deviner, simplement.
Laisser survenir le lever du bord du monde avec ses propres mots.
Ne plus penser à rien, voir les visages.
Juste voir les visages ; saisir peu de chose.
A l’intérieur des yeux fermés, fermer encore les yeux.
Alors même les pierres se mettent à vivre
dans les taches des premières gouttes de pluie.
 
La belle inconnue d’Albert Camus,
comme le monde, paraît se noyer dans le crépuscule.
des troubles du présent.
C’en est fini du Grand Souffle,
du Va et Vient
de l’épopée de la Paix.
L’Humanité perd son enfance.
Où sont les miens, les obtus ?
Ceux des origines ?
 
Le pauvre chantre immortel
sur le seuil du no man’s land
se serait occupé de moi
mouche enfermée dans l’ambre
sans exiger de droit de passage
entre les lignes du terrain vague
C’est débile d’accord
mais ça aussi c’est débile…
«  Viens, je vais te montrer autre chose »
Pourquoi tes pensées s’égarent-elles ?
Le soir tombe dans ma tête. La peur…
Arrêter ce rêve pas encore rêvé
 
Les rondes, les signes et l’écriture jaillie du cercle…
Seules les flaques du présent frémissent
Seules les traces les plus anciennes mènent plus loin
 
Tu dois trouver seul,
c’est ce qu’il y a de beau !
Marcher et voir. Lever les yeux et devenir le monde.
 
Il était une fois… et donc il sera
pauvre chantre immortel…
car ils auront toujours besoin de toi plus que rien au monde
 
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Dans un puits de cicatrices
Sculpture poétique sur des poèmes de Joyce Mansour
 
Au-delà des limites de la lumière
De la froide incandescence lunaire
Des ombres gantées de fumées
Passent sous la pendule qui baille. 
Je pense à toi comme je respire.
 
A l’étal du couchant
Aux arômes d’inexprimable
Le pas pesant du silence
Sur le crâne chauve de l’ennui
D’un archipel d’insomnie
 
Dans l’impalpable de la nuit
L’œil malade d’images
Attendant l’arrivée de l’incertain
Cloître des rêves
Dans les étages du passé
 
Collée aux cloisons de l’attente
La porte de la nuit est fermée à clef
Horloge parlante de la vieillesse
Ma bouche se veut tombe mais ne sait pas mentir.
Je t’abandonnerai mon corps et tu le dévoreras
 
Comme un spasme dans l’émonctoire d’une femme
Un remous s’est produit dans la végétation
Et l’homme s’est noyé dans la liqueur
Aux fleurs brunies de mon ventre
Tyrannique folie des timides
 
***
 
Ivre, il faut vivre ivre !
Sculpture poétique sur des poèmes de Joyce Mansour
 
 
Je rame dans l’affreux tintamarre des ivrognes
 
Sur les eaux basses du pur ennui
- Celui qui inventa l’ombre avant la lumière -
Je sème les yeux à tous les vents
Au trou de la serrure de la porte qui n’existe pas
Minuit à perte de vue
Oeillade de la lune sur la soie d’un paysage blanc
 
Entre le cœur et l’éclair
Pénétrer l’avenir par le toit…
Sur des protons épileptiques
Ma chanson roule vers l’exil
La matière informe d’une petite insomnie
Cancer mythique du temps passé
 
Le jour blafard fait les cent pas sur le mur.
Un long doigt de brouillard
Gouaché de parfum
Viens prendre possession de mon suicide
Connaître l’offense de la mort agitée de vers ?
Si les morts pouvaient contempler leurs têtes
                                                                après quarante jours de silence…
 
Ivre, il faut vivre ivre !
 
***
 
l’œil aux gouttes d’ombre
                                                                    à la Louve Unique
Des mots.
Des mots tressés.
Depuis ton corps,
c’est le plus beau cadeau que j’ai reçu
 
On ne peut pas effacer ce qui a été dit.
Je ne sais même pas ce qui fut le plus cruel ni comment en parler.
Encore maintenant.
 
Mélancolie de cette  musique poussiéreuse
du vide de la tendresse
toujours prête à sourdre au dialogue de nos ombres mortes
sous une caresse de frissons acides
furieuse et douce, endolorie d’odeurs chatoyantes,
parfums piquants d’orage au goût bleuté
dans l’éclatement d’un sourire
Puisse le puissant désir
au rouge profond enceint de ciel chaud
horrible charade des couronnes d’extase
foutre le camp au-delà de la déception
dans l’en deçà de nos deux vies ou
aux avenirs ébouriffés de nos chimères
Que les vents de solitude te soient très longtemps favorables
car les étoiles exténuées s'abreuvent toujours à la sève des pierres
dans un silence à troubler l’eau claire
des percussions étouffées d’un tambour déchiré
Energies telluriques radicales
majestueuses
des orgues flottantes de nos cathédrales aériennes
immobiles dans le courant lent
et long du temps des pierres.
Nécessité des migrations
plus rien que la lumière de l’œil aux gouttes d’ombre
 
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